Petite enfance : de l’importance des interactions avec les accueillants

« Les enfants ne sont pas très doués pour écouter leurs ainés, mais ils ne manquent jamais de les imiter », faisait jadis observer James Baldwin. Et de fait, les jeunes enfants puisent la plupart de leurs repères sociaux et éducatifs chez les adultes qui s’occupent d’eux, comme le montre une méta-analyse sans précédent de 44 études sur l’accueil des jeunes enfants publiée récemment par l’OCDE. Ces études confirment collectivement que la qualité des interactions avec les accueillants est le principal déterminant du développement des enfants dans les structures d’accueil.

Les enfants pour qui ces interactions sont positives affichent à l’âge de l’adolescence de meilleures compétences scolaires, et aussi parfois de meilleures compétences comportementales et sociales, que ceux pour qui elles sont moyennes ou négatives. Les interactions positives sont bienveillantes sur le plan affectif, stimulantes sur le plan éducatif et s’inscrivent dans le cadre de routines de groupe cohérentes et organisées. À l’inverse, les interactions négatives se caractérisent par la froideur et l’indifférence aux besoins du développement, et interviennent dans le cadre de routines de groupe incohérentes et chaotiques. C’est sur les tout-petits que des interactions positives ont le plus d’effet. Chez les très jeunes enfants, la sensibilité cérébrale culmine avant l’âge de trois ans. Les zones du cerveau qui contrôlent les émotions, les compétences sociales et le langage se développent alors à un rythme effréné, et c’est pourquoi l’existence d’interactions positives et cohérentes avec les accueillants dès le plus jeune âge est primordiale.  

Même si ces constatations peuvent paraître logiques, elles sont surprenantes dans un contexte où l’accent est largement mis sur des réformes plus structurelles dans le cadre des programmes d’accueil des jeunes enfants. Les rapports prônent un relèvement des critères en ce qui concerne la formation des accueillants, une réduction du nombre d’enfants dont s’occupe chacun d’eux et le choix de lieux plus sûrs pour l’implantation des structures d’accueil.

Si certaines réformes structurelles comme la réduction du nombre d’enfants par accueillant améliorent les résultats sur le plan du développement, elles le font en créant des conditions propices à des interactions positives entre accueillants et enfants. Des groupes restreints donnent lieu à des interactions interpersonnelles plus chaleureuses et permettent d’apporter aux enfants plus d’attention et de soutien affectif. En revanche, d’autres réformes souvent tenues pour bénéfiques n’améliorent pas les résultats. Par exemple, exiger des accueillants un diplôme obtenu en quatre ans plutôt qu’en deux n’améliore pas notablement leur aptitude à apporter un soutien affectif aux enfants. Les réformes devraient au contraire privilégier des initiatives comme les ateliers de formation organisés dans le cadre des programmes, qui renforcent indéniablement les interactions positives entre accueillants et enfants.

Référence

OCDE (2018), Engaging Young Children: Lessons from Research about Quality in Early Childhood Education and Care, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/9789264085145-en




NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2019