Qui fait vraiment les frais du protectionnisme ?

« Le commerce qui, sans être forcé ni contraint, s’établit naturellement et régulièrement entre deux places, est toujours avantageux », écrit Adam Smith dans La richesse des nations.

Au 21siècle, alors que le débat sur le protectionnisme économique bat son plein, cette réflexion est plus que jamais d’actualité. Mais qui sont les véritables gagnants et perdants de la mise en place de mesures protectionnistes ?

Les accords, comme ceux conclus entre la Suisse et l’Union européenne ou entre Singapour et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), facilitent la coopération transfrontalière. En tant que tels, ils ont permis de réduire les délais d’attente des consommateurs, de simplifier les procédures internes dans les entreprises et de normaliser les documents commerciaux. En effet, les auteurs du rapport de l’OCDE intitulé Trade Facilitation and the Global Economy constatent que les barrières commerciales, telles que les droits de douane, réduisent considérablement la coopération internationale et nuisent aux pays en développement, aux petites entreprises et au quotidien des consommateurs.

Il est important de noter que le coût réel des droits de douane ne se limite pas au pourcentage affiché. Ainsi, les auteurs du rapport relèvent que plus les frontières à franchir pour que les biens parviennent à destination sont nombreuses, plus le coût réel des droits de douane augmente. Il en résulte une moindre efficacité des chaînes d’approvisionnement des entreprises et un allongement des délais de livraison pour des consommateurs habitués à une livraison gratuite en deux jours.

De plus, une augmentation des droits de douane hypothèque le bien-être futur et la hausse des revenus dans les pays en développement. La libéralisation des échanges accroît le bien-être des individus en rendant l’acte d’achat moins cher et plus rapide. Les ménages modestes vivant dans les pays qui adoptent des mesures de facilitation des échanges consomment plus souvent des produits de qualité, en outre moins chers, d’où un gain pour la qualité de vie des plus pauvres dans le monde.

Les pays développés profitent eux aussi de la facilitation des échanges. Selon le rapport, l’ouverture aux échanges incite les pays développés à tirer parti de leurs avantages comparatifs. En augmentant la production dans les secteurs où ils sont les plus forts, les pays développés voient le coût des facteurs de production baisser et optimisent l’affectation des ressources. Ils peuvent ainsi soutenir la concurrence internationale sans avoir à subventionner artificiellement certaines activités. En Amérique du Nord et en Europe, l’importance donnée aux avantages comparatifs devrait permettre d’augmenter la production dans les secteurs de services auparavant négligés.

Qui sont, alors, les grands gagnants de l’adoption de politiques protectionnistes ? Personne, ou presque. En fait, les acteurs à tous les échelons – des exportateurs et importateurs aux pays riches et pauvres et aux consommateurs sur le terrain – ont tout à gagner de la facilitation des échanges, à court terme comme à long terme.

OCDE (2018), Trade Facilitation and the Global Economy, Éditions OCDE, Paris, https://www.oecd-ilibrary.org/fr/trade/trade-facilitation-and-the-global-economy_9789264277571-en

©L’Observateur de l’OCDE, n° 314, T2 2018




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