IA : L’importance de fondations solides

L’intelligence artificielle (IA) est parfois considérée comme une discipline absconse, une chimère qui pourrait se concrétiser dans un avenir plus ou moins lointain. En réalité, bien que progressant de par le monde à des rythmes disparates, elle participe d’ores et déjà au fonctionnement des administrations, des entreprises, ou encore de la société civile.

L’IA est utilisée aujourd’hui pour de nombreux types de tâches, tous secteurs confondus. En finance, on y fait appel pour réaliser des travaux de recherche complexes, comme l’analyse des habitudes de dépenses des détenteurs de cartes de crédit. Dans le secteur de la santé, elle aide à interpréter les images à des fins de diagnostic précoce des cancers. Du côté des pouvoirs publics, on recourt par exemple aux applications de l’IA, comme l’identification biométrique, pour vérifier l’identité des voyageurs dans les aéroports. Enfin, il est probable que les systèmes et les technologies d’IA interviennent déjà de multiples façons dans le quotidien de la plupart des individus – et ce n’est qu’un début.

À de nombreux égards, le déploiement de l’IA s’apparente pour l’heure à la mise en place de fondations : l’IA s’impose comme une composante fondamentale et essentielle des écosystèmes numériques que nous utilisons et dont nous dépendons. Parce qu’elle est au cœur de l’économie numérique qui se met progressivement en place, elle fait l’objet de débats nourris. Les avis divergent sur l’orientation et la forme que doivent prendre les politiques en la matière, mais une chose est sûre : il est impératif, bien que particulièrement ardu, de définir des politiques à même de protéger équitablement les intérêts des parties prenantes. 

Si de nombreux principes d’action valent pour l’IA, trois d’entre eux méritent une attention particulière à l’orée d’un monde envahi par l’IA :

Principe n° 1 : aborder l’IA selon une approche systémique. L’IA doit être appréhendée comme un système qu’il importe d’analyser dans son intégralité, avec ses interactions complexes. Le défi consiste dès lors à examiner l’ensemble des points de tension qui existent au sein des systèmes d’IA et la façon dont ils interagissent, plutôt que de se concentrer sur des aspects particuliers. Par exemple, certains débats ont mis en avant l’importance de la transparence du fonctionnement de la « boîte noire », composée essentiellement de l’algorithme (ou de l’ensemble d’algorithmes) qui effectue l’analyse mathématique dont dépendent les systèmes d’IA. Aussi valable soit-elle, cette approche n’en est pas moins parcellaire. La « boîte noire » ne constitue en effet qu’une partie d’un système d’IA qui en comporte bien d’autres, dont chacune mérite l’attention des pouvoirs publics à la fois en tant que sujet à part entière et dans le contexte du système pris dans son intégralité.

Autre exemple : la problématique des intrants de l’IA. L’analyse fondée sur l’IA est une discipline à forte intensité de données qui nécessite d’abondantes ressources – des ensembles de données brutes aux algorithmes, en passant par les scores. Divers facteurs entrent alors en ligne de compte : la disponibilité des ensembles de données, leur caractère plus ou moins sensible et confidentiel, l’exactitude des données et l’utilisation à laquelle elles sont destinées. Veiller à la disponibilité adéquate des données est tout aussi important que d’évaluer les risques associés à l’utilisation de données sensibles ou confidentielles, ou de données susceptibles de comporter des biais. Pour autant, ces ressources ne sont qu’un des aspects des systèmes d’IA auxquels il convient de prêter attention. Sans compter qu’elles interagissent avec l’ensemble du système : de quelle manière influent-elles sur les algorithmes et les analyses ? Quelles sont leurs incidences sur les usages qui sont faits du résultat final de l’analyse produite par le système d’IA ? Autant de questions essentielles qui émergent lorsque l’on opte pour une approche systémique.

Principe n° 2 : privilégier les valeurs centrées sur l’humain dans les systèmes d’IA. Lorsque l’on évoque les « valeurs centrées sur l’humain », on pense équité, dignité, respect de la vie privée, ou encore utilisation éthique des systèmes d’IA. Par exemple, le système bénéficie-t-il aux parties prenantes ? Une approche centrée sur l’humain suppose de jauger les risques tels que les conséquences néfastes sur la vie privée des individus ou les retombées économiques disparates. Il importe donc d’évaluer les possibilités et les défis éthiques tout au long du développement, du déploiement et de l’utilisation des systèmes d’IA.

La mise en pratique des valeurs centrées sur l’humain consiste entre autres à garantir une transition juste et équitable à tous les individus impactés par l’IA dans le monde du travail. Les systèmes d’IA peuvent être porteurs d’avantages (en termes de créations d’emplois) et de risques (la disparition de certains métiers contribuant à entretenir le chômage). C’est pourquoi les pouvoirs publics et autres parties prenantes devront non seulement encourager l’émergence de nouveaux emplois, mais aussi préparer les travailleurs menacés de perdre leurs moyens de subsistance, en misant sur l’éducation, la formation et l’acquisition de nouvelles compétences. En appliquant aux systèmes d’IA une analyse continue des valeurs centrées sur l’humain, les pouvoirs publics, les entreprises et les autres parties prenantes seront à même d’évaluer les risques et les avantages du déploiement de l’IA et de prendre des mesures correctives en temps utile, lorsque nécessaire.

Principe n° 3 : favoriser la coopération internationale en matière de développement et d’utilisation de systèmes d’IA éthiques. Les parties prenantes ont tout intérêt à faciliter la coopération mondiale en matière de systèmes d’IA. Le partage d’informations sur l’expertise technique et stratégique est essentiel si l’on veut tendre vers des systèmes d’IA robustes et dignes de confiance, qui profitent aux parties prenantes sans engendrer d’effets dommageables. La coopération entre les acteurs est une condition indispensable pour veiller à ce que le déploiement mondial des systèmes d’IA se fasse dans le respect de normes techniques et éthiques strictes.

Alors que le « socle » de l’IA se met en place de par le monde, l’heure est venue de concevoir des politiques bien pensées. Comme pour la construction d’un bâtiment, il est essentiel que les fondations soient saines, car il est difficile d’intervenir a posteriori. D’où l’importance de partir du bon pied.

Pour plus d’informations, voir www.worldprivacyforum.org.

Twitter : @PamDixon_.

©OECD Observer No 317 Q1 2019




Données économiques

PIB -9.8% T3 2020
Échanges exp -17.7% ; imp -16,7% T2/T1 2020
Inflation annuelle 1,2% août 2020
Chômage 7,4% août 2020
Mise à jour: 13 octobre 2020

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