L’expérimentation sociale en Finlande

Manifestation sur les start-up, Helsinki, Finlande ©Jmohammad-saifullah

Si la plupart d’entre nous passons nos soirées à nous adonner à la lecture ou à visionner la dernière série Netflix, les Finlandais, eux, se forment à l’intelligence artificielle (IA). À l’été 2017, Teemu Roos, professeur d’informatique à l’université, apprend que le gouvernement recherche de nouveaux moyens d’enseigner aux néophytes les rudiments de l’intelligence artificielle, dans le cadre d’une initiative de formation continue. L’objectif n’est pas de former des ingénieurs dans le domaine de l’apprentissage automatique, mais d’expliquer aux citoyens le fonctionnement des réseaux neuronaux, et la façon dont l’IA modifie notre façon d’accomplir certaines tâches

Roos s’est associé à Reaktor, une entreprise de haute technologie, pour concevoir un cours en ligne massif facile à suivre qui a été lancé en mai 2018, et auquel quelque 90 000 personnes se sont inscrites. Au mois de septembre suivant, 7 500 personnes avaient suivi la formation d’une durée de trente heures et sanctionnée par un diplôme. L’objectif du gouvernement finlandais est de former 1 % de sa population à l’apprentissage automatique.

« Elements of AI » n’est que l’un des nombreux projets pilotes et expériences sociales, de petite ou de grande ampleur, menés par la Finlande. C’est un domaine dans lequel le pays excelle : la conception rigoureuse d’expériences sociales de longue durée associant l’ensemble des citoyens et s’appuyant sur une vaste participation locale, destinées à tester des idées visant à améliorer le fonctionnement de la société. L’objectif fondamental était de transformer ce penchant en une culture de l’expérience sociale à l’échelle nationale.

Le projet, baptisé « Experimental Finland » par le gouvernement, a vu le jour en 2015 au sein du Cabinet du Premier ministre. Son objectif est de créer des projets collectifs « bac à sable » de petite taille, parallèlement à des expérimentations de plus grande ampleur et plus encadrées dans les domaines de l’économie circulaire, des compétences de la main-d’œuvre dans le secteur du numérique, et de l’intelligence artificielle au cours des dix prochaines années. Une équipe de taille restreinte a été constituée et chargée de recueillir les nouvelles idées et de superviser les expériences à tous les échelons de l’administration, du municipal au national, et dans l’ensemble du pays. Les projets et les expérimentations qui passent la barrière de la sélection sont alors financés par le gouvernement ou cofinancés par les secteurs public et privé. La Finlande a ainsi inscrit son action publique dans une démarche de conception de systèmes. Elle encourage en outre ses fonctionnaires à oser tester de nouvelles idées.

Le système finlandais de sécurité sociale est un système compliqué qui pourrait bénéficier d’idées nouvelles.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Finlande a lancé un programme de pensions de petite envergure et fondé sur la résidence, et instauré le versement d’allocations familiales universelles. Aujourd’hui, les familles avec enfants en bas âge bénéficient des services obligatoires de halte-garderie, et des allocations pour soins à domicile sont versées aux personnes qui s’occupent d’un membre de leur famille malade ou âgé. L’État-providence finlandais n’en doit pas moins être rationalisé. Le système en vigueur consistant à lier la protection sociale des citoyens à leur emploi devient rapidement obsolète : le nombre de personnes occupant un emploi temporaire, ayant un statut de fournisseur indépendant, voire, et ce, peut-être sous l’effet de l’automatisation, ne trouvant pas d’emploi, ne cesse de croître. À l’instar de nombreux autres pays du monde, la Finlande s’intéresse à l’idée du revenu de base universel.

Les préparatifs en vue d’une expérimentation officielle du revenu de base universel ont débuté en 2015. Le gouvernement a eu recours à des modalités innovantes pour stimuler les recherches sur les différents modèles de revenu de base, et a notamment organisé une manifestation de deux jours consacrée au revenu de base. Pendant 32 heures d’affilée, 10 équipes composées de codeurs, chercheurs, responsables politiques, spécialistes de la communication, concepteurs graphiques, d’activistes et de concepteurs informatiques ont échangé leurs idées sur le revenu universel. Certaines de ces idées, notamment celle d’un jeu sur le revenu universel qui simule la façon dont certains choix de vie influent sur les finances publiques, ont orienté la conception de l’expérimentation qui a suivi.

Le 1er janvier 2017, l’essai, prévu pour durer deux ans, a débuté. L’organisme finlandais de sécurité sociale, Kela, a versé à un groupe de chômeurs sélectionnés au hasard et non volontaires, âgés de 25 à 58 ans, un revenu de base mensuel de 560 EUR, sans contrepartie, et sans conditions de ressources. Le groupe témoin était lui aussi constitué de chômeurs, mais a perçu ses allocations habituelles.

L’expérience s’est terminée comme prévu le 31 décembre 2018. En février suivant, Kela a publié ses premières conclusions : l’expérience du revenu de base n’a pas entrainé de hausse du niveau d’emploi des participants au cours de la première année. Toutefois, à la fin de l’expérience, les bénéficiaires du revenu de base ont estimé leur bien-être à un niveau supérieur à celui du groupe témoin. Sur la base des données de la seule première année, on ne constate aucune différence entre le groupe des bénéficiaires du revenu de base et le groupe témoin pour ce qui est des taux d’insertion professionnelle. Les deux groupes ont également travaillé en moyenne 49 jours au cours de cette année, et le groupe ayant bénéficié du revenu de base universel a gagné 21 EUR de moins que le groupe témoin. Les conclusions de la deuxième année de l’expérimentation seront publiées en 2020.

Afin d’encourager la réalisation d’expériences de ce type, le gouvernement a ouvert une plateforme numérique baptisée kokeilun paikka, ce qui signifie « espace d’expérimentation ». Les visiteurs peuvent y consulter les résultats et les analyses d’expérimentations antérieures, se tenir au courant des types de projet recherchés par le gouvernement, et soumettre leur propre proposition d’expérimentation via un processus par étape. Ainsi, dans le secteur de l’innovation des soins de santé, un groupe d’infirmières a entrepris de tester des gilets robotiques, qui pourraient les aider à soulever les patients plus facilement. Un autre projet teste un jeu qui aide les patients à se préparer préalablement à un test diagnostique. Ces expériences peuvent parfois se heurter à des écueils en raison d’obstacles d’ordre législatif. Le gouvernement espère venir à bout de ces derniers en publiant un guide formulant des orientations sur les moyens de les contourner.

La Finlande est un pays ouvert à la nouveauté. Dans quel autre pays une entreprise de pâte à papier aurait-elle pu concevoir le téléphone portable qui fut à une époque le plus prisé au monde ? L’innovation s’y limite toutefois essentiellement au secteur privé. L’expérimentation ultime consisterait à en faire un atout également pour le secteur public.

Pour en savoir plus

Apprenez-en davantage sur l’expérimentation relative au revenu de base universel menée par la Finlande : www.kela.fi/web/en/basic-income-experiment-2017-2018

Renseignez-vous sur la plateforme numérique finlandaise kokeilun paikka à l’adresse suivante : www.kokeilunpaikka.fi/en/

Ilkka Taipale (ed), 100 Social Innovations from Finland, Finnish Literature Society, 2018

OCDE (2017), OECD Reviews of Innovation Policy: Finland 2017, Examens de l’OCDE des politiques d’innovation, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/9789264276369-en.

Cet article fait partie d’une série célébrant le cinquantième anniversaire de l’adhésion de la Finlande à l’OCDE en tant que pays Membre : www.oecdobserver.org/finland50oecd




Données économiques

PIB -9.8% T3 2020
Échanges exp -17.7% ; imp -16,7% T2/T1 2020
Inflation annuelle 1,2% août 2020
Chômage 7,4% août 2020
Mise à jour: 13 octobre 2020

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