Protéger nos ressources en eau

L'Observateur de l'OCDE

Pour reprendre le célèbre océanographe Jacques-Yves Cousteau, « [t]oute vie fait partie d’une relation complexe dans laquelle chacun dépend des autres, prenant, donnant à et vivant avec tous les autres. » L’image est on ne peut plus vraie dans le cas de l’eau. La gestion de l’eau douce, des mers et des écosystèmes marins est intimement liée à la quasi-totalité des autres questions environnementales et humanitaires.

Imaginons une ville côtière en développement, un centre urbain dynamique et animé tels ceux qui abriteront une grande partie de la population mondiale de demain. La plupart des habitants de notre ville vivent de la pêche ou travaillent au port, un grand pôle commercial où le va-et-vient des navires perturbe les écosystèmes sous-marins. Les vacanciers affluent sur les plus belles plages du littoral, et il est primordial que l’eau soit gérée de façon à satisfaire les besoins des touristes mais aussi et surtout des habitants de la ville. La gestion efficiente de l’eau se trouve à la croisée de plusieurs secteurs essentiels dans la vie quotidienne comme la construction, l’énergie et l’assainissement. Elle est aussi l’un des ingrédients phares de la justice sociale et d’une gouvernance stable de la ville elle-même.

Pour résumer, les questions liées à l’eau imprègnent l’ensemble de l’action publique, et les problèmes dont pâtissent actuellement les systèmes hydriques et les milieux marins auront de graves répercussions dans des domaines allant des échanges à l’agriculture en passant par la croissance inclusive. Si la gestion des ressources en eau, des mers et des écosystèmes est sinistrée, c’est aussi le développement humain qui est entravé.

L’humanité est extrêmement dépendante du milieu marin. Elle en tire 61 % du produit national brut (PNB) mondial, et quelque 500 millions d’êtres humains vivent d’activités liées à la mer. En retrait des rivages, sur la terre ferme, il est aussi absolument indispensable de gérer l’eau efficacement si l’on souhaite avoir des sociétés stables, équitables et résilientes. Pourtant, pas moins de 2,1 milliards de personnes dans le monde n’ont toujours pas accès à une eau potable propre et sûre dans leur foyer.

Les pressions exercées sur les systèmes hydriques et les milieux marins dont nous dépendons ne cessent de croître. Les activités pétrolières et gazières, l’extraction minière en eaux profondes et la pollution engendrée par l’accumulation de matières plastiques ont provoqué de véritables ravages sur ces milieux et dégradé plus de 60 % des principaux écosystèmes de la planète. Les infrastructures de l’eau sont mises à rude épreuve par une croissance démographique vertigineuse et des ouvrages peu respectueux de l’environnement ou des principes de durabilité. À l’heure où le changement climatique vient jeter de l’huile sur le feu, comment les pouvoirs publics peuvent-ils agir pour répondre à ces enjeux étroitement liés et nous guider vers un équilibre plus durable avec le milieu marin ?

La première étape pour les mers et océans serait de préserver les écosystèmes auparavant florissants. Les aires marines protégées sont un moyen d’enrayer la dégradation des écosystèmes et de favoriser leur régénération. La question de la biodiversité devrait quant à elle être systématiquement prise en compte dans d’autres pans de l’action publique, et être régie par un cadre juridique plus solide. Il faudrait aussi des règles strictes pour limiter la pollution et restreindre la consommation de matières plastiques non recyclables de manière générale.

Au-delà de la lutte contre la pollution, il faudrait investir lourdement dans la construction et l’amélioration des infrastructures de distribution et d’assainissement d’eau, en se tournant vers des solutions fondées sur la nature. Les nouvelles technologies peuvent être mises à profit pour construire des infrastructures plus propres et durables, et améliorer les processus de traitement de l’eau.

Dans leur quête d’amélioration, les responsables publics ne doivent pas oublier les répercussions qu’ont de telles avancées sur la vie quotidienne dans le monde entier. Une bonne gestion de l’eau est indispensable pour façonner des sociétés stables et résilientes et moins sujettes aux conflits. Elle joue aussi énormément sur la justice sociale en raison de ses imbrications avec la pauvreté et l’égalité hommes-femmes. Par exemple, les femmes africaines et asiatiques parcourent en moyenne 6 kilomètres chaque jour pour s’approvisionner en eau—et perdent ainsi un temps précieux qu’elles auraient pu consacrer aux études, au travail ou à une autre activité.

Pour assurer une gouvernance efficace dans ces domaines interconnectés, une coordination entre les acteurs des secteurs public et privé et des ONG est indispensable. Comme on l’a entendu lors de la Semaine mondiale de l’eau 2018, les responsables publics peuvent inciter les entreprises à s’entendre sur des normes communes. Il est d’autant plus nécessaire d’agir à tous les niveaux que l’eau et les écosystèmes ne s’arrêtent pas aux frontières politiques et administratives. C’est en travaillant à trouver des solutions concertées que les parties prenantes pourront résoudre les problèmes liés à l’eau, en tenant compte de leur caractère d’urgence et en y consacrant le soin et les efforts de coordination nécessaires.

Étant donné leur immense portée, les questions liées à l’eau et aux écosystèmes sont plus qu’une goutte dans l’océan de l’action publique. Comme l’a fait remarquer la Secrétaire générale adjointe des Nations Unies Amina J. Mohammed lors de la Semaine mondiale de l’eau, le sixième objectif de développement durable (ODD), consacré à l’eau, est en réalité « la station d’accueil » sur laquelle reposent tous les autres ODD—le pilier du développement humain.

Références

Nations Unies, Objectif de développement durable no 6, www.un.org/sustainabledevelopment/fr/water-and-sanitation/

Conférence des Nations Unies sur le développement durable (2012), Déclaration de Rio sur les mers et océans, www.unesco.org/new/fileadmin/MULTIMEDIA/HQ/SC/pdf/pdf_Rio_Ocean_Declaration_2012.pdf

OCDE (2018), Implementing the OECD Principles on Water Governance, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/9789264292659-en

OCDE (2018), Mainstreaming Biodiversity for Sustainable Development, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/9789264303201-en

OCDE (2017), Marine Protected Areas: Economics, Management and Effective Policy Mixes, Éditions OCDE, Paris, https://dx.doi.org/10.1787/9789264276208-en

Fondation We Are Water (2018), « Water and sanitation for gender equality », www.wearewater.org/en/water-and-sanitation-for-gender-equality_290351

Organisation mondiale de la santé (2017), Communiqué de presse, 12 juillet, www.who.int/fr/news-room/detail/12-07-2017-2-1-billion-people-lack-safe-drinking-water-at-home-more-than-twice-as-many-lack-safe-sanitation

Semaine mondiale de l’eau : www.worldwaterweek.org/tag/2018/

©OCDE Observateur n°315, T3 2018




Données économiques

PIB +0.5% T2 2019
Échanges exp +0.4% ; imp -1.2% T1 2019
Inflation annuelle 1.9% août 2019
Chômage 5.1% août 2019
Mise à jour: 9 septembre 2019

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