Vers des emplois plus nombreux et meilleurs

Après 10 années marquées par une progression de l’emploi, l’apparition des start-ups et une euphorie générale dans le monde des affaires, le chômage repart à la hausse dans la zone OCDE. Certes, cette remontée semble moins prononcée que lors des précédents ralentissements de l’économie, et cela reflète des améliorations encourageantes de l’emploi sur un plan structurel. Cependant, cela nous rappelle clairement que la lutte pour améliorer l’emploi doit rester une priorité pour les gouvernements.

La détérioration du marché du travail depuis deux ans pourrait affecter certaines catégories plus que d’autres, en particulier les travailleurs âgés, les femmes, les parents seuls, les personnes handicapées, les immigrants et les jeunes défavorisés. Or, ces catégories sont déjà sous-représentées dans le monde du travail. En faisant appel à ces populations, on doperait pourtant l’emploi, tout en contribuant à lutter contre l’exclusion et la pauvreté. Plusieurs pays ont en effet montré qu’il était possible de faire progresser l’emploi en augmentant le taux d’activité de ces catégories sous-représentées.Pendant des années, les gouvernements se sont attachés à lutter contre le chômage. Or, si cette bataille doit être poursuivie, elle doit s’accompagner de mesures destinées à attirer dans l’activité un plus grand nombre de personnes actuellement dans le non-emploi. Après tout, le principal vecteur de la création d’emplois n’est pas la baisse du chômage mais une plus large participation de la population au marché du travail. C’est là un fait que nos sociétés vieillissantes ne peuvent ignorer. Le vieillissement de la population pèse sur les dépenses sociales ; des mesures urgentes seront donc nécessaires pour stimuler l’activité. Si les taux d’activité n’augmentent pas, le vieillissement de la population freinera l’expansion de la main-d’œuvre, sapant la croissance et la productivité. Les bénéfices d’une plus grande participation à l’activité sont donc nombreux.Faire reculer le non-emploi – et pas simplement le chômage – sert des objectifs sociaux tout autant que des objectifs économiques. De nombreuses politiques mal conçues qui ont cherché à réduire le chômage en subventionnant le retrait des actifs du marché du travail se sont révélées contre-productives. Pourtant, s’ils y étaient convenablement encouragés et aidés, de nombreux bénéficiaires de prestations sociales, parmi ceux qui sont d’âge actif, pourraient reprendre le travail. Les intéressés, comme la collectivité, auraient tout à y gagner.Le non-emploi est souvent le résultat de décisions individuelles. Certains parents font par exemple le choix de s’occuper de leurs enfants. La retraite peut aussi être le fruit d’une décision du ménage : il est fréquent que, lorsque l’un des membres du couple prend sa retraite, l’autre cesse de travailler, même au prix d’une perte de revenu. Ces choix doivent être respectés et soutenus.Mais il y a aussi des obstacles à la participation à l’activité. Un salaire minimum élevé et des réglementations imposant des normes de qualité minimales pour les emplois peuvent restreindre les possibilités d’embauche, en particulier pour les femmes et les travailleurs âgés. Le système fiscal peut aussi décourager l’activité, en créant des niches d’inactivité ou de pauvreté. Enfin, souvent, les systèmes publics de retraite et les plans de départs anticipés n’incitent pas, financièrement, à poursuivre une activité jusqu’à l’âge officiel de la retraite. Autrement dit, loin de faire un choix, de nombreuses catégories ont le sentiment que le marché du travail est hors d’atteinte pour elles. Et ce sentiment persiste même lorsqu’elles ont réussi à trouver un emploi. Les femmes, par exemple, ne bénéficient pas du même accès que les hommes à la formation dans l’emploi. Nombre d’entre elles ont également du mal à gravir les échelons une fois en poste.On ne saurait trop insister sur l’importance de la formation liée à l’emploi pour améliorer les parcours professionnels. L’éducation réduit le risque pour les travailleurs de tomber dans le piège des bas salaires. Elle les aide aussi à améliorer leur productivité et leur rémunération. Pourtant, les catégories sous-représentées ne bénéficient pas suffisamment de formation, loin de là. C’est un problème dont il faut se préoccuper, et les politiques destinées à aider les travailleurs à avoir une progression professionnelle devraient faire partie de toute stratégie à moyen terme en faveur de l’emploi.En un mot, ramener vers le travail les bénéficiaires de prestations de non-emploi doit être le maître mot de toute stratégie d’activation. Les services de l’emploi doivent rester proches des demandeurs d’emploi et maintenir avec eux des contacts constructifs, leur apportant le soutien et le conseil dont ils ont besoin et mettant tout en œuvre pour éviter qu’ils ne s’éloignent complètement du marché du travail. Certains gouvernements pourraient valoriser le travail par des compléments de revenus d’activité et des crédits d’impôt. Ils devraient réduire les charges qui pèsent sur les employeurs chaque fois que c’est possible. L’accès à l’emploi devrait aussi aller de pair avec tout un éventail de services et des modalités de travail souples pour faciliter l’articulation entre le travail et la vie de famille. La réorganisation du lieu de travail devrait aussi tenir compte des contraintes propres aux personnes handicapées. On pourrait mettre en place des systèmes de retraite plus souples, et veiller à en éliminer toute disposition qui joue contre l’embauche ou le maintien en activité des travailleurs âgés.Les Ministres de l’emploi et du travail des pays de l’OCDE qui se sont réunis les 29 et 30 septembre 2003, ont eu de quoi faire pour mettre en œuvre l’objectif proclamé : « Vers des emplois plus nombreux et meilleurs ». L’action des gouvernements doit-elle viser essentiellement les catégories qui sont les plus défavorisées au regard du marché du travail, comme les personnes handicapées, ou celles qui représentent le plus grand potentiel sur un plan économique, en l’occurrence les femmes et les travailleurs âgés ? Il est difficile de se prononcer. Aucune de ces approches ne peut être négligée, car, comme les ministres de l’emploi le savent fort bien, une meilleure intégration sociale passe aussi par plus de prospérité.© L’Observateur de l’OCDE, Nº239, Septembre 2003


Données économiques

PIB +0,2% T4 2019
Échanges exp -0,1% ; imp -1,3% T4 2019
Inflation annuelle 2,3% janvier 2020
Chômage 5,1% janvier 2020
Mise à jour: 11 mars 2020

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