Agriculture, sécurité alimentaire et eau

En marche vers une révolution bleue

Produire suffisamment pour nourrir le monde dépend des ressources en eau. Le défi peut être relevé, mais sous certaines conditions.

L’eau est une ressource précieuse, mais limitée. Or, la population mondiale ne cesse de croître. L’agriculture pluviale et l’agriculture irriguée jouent un rôle important au plan de la sécurité alimentaire mondiale. Actuellement, 840 millions de personnes dans le monde continuent de souffrir de sous-alimentation chronique. Sera-t-il possible de nourrir deux milliards de bouches supplémentaires tout en gérant les ressources en eau de manière durable ? À l’évidence, le défi est de taille car il faudra que partout dans le monde, et notamment dans les régions ou pays dans lesquels l’eau manque déjà, les ressources soient suffisantes pour la production alimentaire mondiale.La FAO estime qu’avec l’accroissement démographique prévu, la production alimentaire mondiale devra augmenter d’environ 60 %. Les comportements alimentaires commencent par ailleurs à se ressembler d’un bout à l’autre de la planète, et un plus grand nombre d’individus disposera d’une nourriture de qualité, comme la viande et les produits laitiers, dont la production nécessite encore plus d’eau.Toutefois, tout le monde ne profitera pas de ces progrès. La faim et la sous-alimentation demeureront largement répandues, mais dans une moindre mesure. À moins que des évolutions majeures ne se produisent, plus de 440 millions de personnes continueront de souffrir de la faim en 2030. Si la tendance actuelle se poursuit, l’objectif fixé lors du Sommet mondial de l’alimentation de 1996 – à savoir réduire de moitié le nombre de sous-alimentés d’ici 2015 – pourrait même ne pas être atteint en 2030. Il est donc urgent d’intensifier la lutte contre la faim en protégeant et en renforçant le secteur agricole des pays en développement défavorisés.Actuellement, environ 20 % de la superficie agricole des pays en développement (soit 205 millions d’hectares) sont irrigués et fournissent quelque 40 % de leur production agricole. D’après les prévisions, le périmètre irrigué de ces pays devrait s’accroître de 40 millions d’hectares d’ici 2030.Une pénurie de terres ou d’eau d’irrigation n’est pas à craindre à l’échelle mondiale, mais de graves problèmes d’eau persisteront dans certains pays ou régions en développement. D’ores et déjà, les prélèvements effectués par plusieurs pays du Proche-Orient, d’Afrique du Nord et de l’Asie du Sud et de l’Est dépassent les capacités actuelles de recharge des nappes. Certains pays vont même jusqu’à pomper les précieuses eaux fossiles des aquifères pour irriguer les cultures, alors que leur valeur pour l’alimentation en eau potable est bien connue.Le secteur agricole est fortement incité à utiliser les ressources en eau de manière plus efficace. Il faut qu’il se préoccupe plus activement de maîtriser ses propres besoins et d’améliorer les rendements des cultures irriguées comme des cultures pluviales. Il faut donc impérativement investir dans l’innovation technologique et l’amélioration de la gestion de cette ressource, afin de mieux valoriser l’eau consommée par l’agriculture.La FAO appelle les pays à adopter une stratégie plus volontariste de mise en valeur des ressources disponibles en terres et en eau pour satisfaire la demande réelle de produits alimentaires et de denrées agricoles. Il faudrait que les pays créent des systèmes d’irrigation plus souples et davantage au service des usagers, et que les institutions chargées de la gestion de l’eau fassent preuve de plus de transparence.Il faut par ailleurs privilégier les projets à petite échelle, peu coûteux pour la collecte de l’eau, l’irrigation et le drainage. C’est ainsi que les ouvrages de collecte de l’eau, depuis les petites rigoles jusqu’aux barrages, permettent aux agriculteurs de conserver l’eau de pluie et de l’amener jusqu’aux champs. Les méthodes d’irrigation localisée, comme le goutte à goutte – qui apportent l’eau uniquement là où elle est nécessaire – sont quant à elles plus efficaces que la submersion des champs ou l’arrosage par aspersion.Si l’on veut que ces approches donnent une impulsion au développement économique local et protègent l’intérêt public dans ce domaine, il faudra naturellement y associer les usagers que sont les agriculteurs et les groupements d’agriculteurs. Des réformes législatives et réglementaires seront probablement nécessaires pour assurer l’accès équitable de tous les groupes d’usagers aux terres et à l’eau. Autrement dit, pour révolutionner la gestion de l’eau à usage agricole, il nous faudra aller au-delà des solutions purement techniques. L’agriculture doit prendre en compte les aspects plus vastes qu’implique sa consommation d’eau, en particulier la protection de la santé publique et de l’environnement.Des actions lancées à l’échelle internationale et soutenues par des mécanismes de financement appropriés devraient permettre de faire coïncider les objectifs mondiaux avec les initiatives et les besoins locaux, notamment dans le cas des petits agriculteurs et des groupes de population plus exposés. D’une part, il faudrait encourager les partenariats internationaux et l’implication du secteur privé par le biais du soutien financier, de l’assistance technique et du renforcement des capacités. D’autre part, les pays manquant d’eau pourraient importer de régions excédentaires en eau des denrées alimentaires de base telles que les céréales (concept d’« eau virtuelle ») et utiliser leurs maigres ressources en eau pour cultiver des produits à forte valeur ajoutée, comme les fruits, les légumes et les fleurs. Avec les devises ainsi obtenues, ils pourraient ensuite importer des céréales.Naturellement, il est indispensable que les pays confrontés à une situation d’insécurité alimentaire, à la pénurie d’eau et à la sécheresse soient assurés de pouvoir commercer de façon loyale et sûre avec les nations possédant d’abondantes ressources en eau. Veiller à ce que ces conditions soient remplies devrait devenir une des priorités de l’Organisation mondiale du commerce.De la même manière, les pays les plus pauvres, qui ne peuvent acheter des produits alimentaires importés, ont absolument besoin de programmes de développement rural agricole afin de pouvoir accroître la productivité, réduire la pauvreté et faire évoluer l’équité entre les sexes – trois éléments indispensables à l’amélioration de leur sécurité alimentaire.La maîtrise de l’eau est l’une des principales composantes du Programme spécial de la FAO pour la sécurité alimentaire, qui a pour objectif d’intensifier la production agricole et de diversifier les revenus des agriculteurs. Ce programme, qui est aujourd’hui appliqué dans plus de 70 pays, encourage les petits agriculteurs à recourir à des techniques simples et bon marché de maîtrise de l’eau. Ce qu’il faut désormais, c’est une volonté politique et des investissements aux niveaux local, national et international pour améliorer la gestion de l’eau dans de nombreux pays pauvres.Je suis convaincu que si la communauté internationale et les pays concernés faisaient de l’amélioration de la gestion de l’eau à usage agricole une de leurs priorités aux plans politique et financier, nous verrions diminuer les catastrophes comme la crise alimentaire qui sévit actuellement en Afrique australe. Nous pourrions alors davantage concentrer nos efforts sur la valorisation et la gestion des eaux agricoles, ce qui permettrait de répondre à la demande croissante de produits alimentaires, de réduire la pauvreté et de soutenir la croissance économique. © L’Observateur de l’OCDE, Nº236, Mars 2003


Données économiques

PIB +0,2% T4 2019
Échanges exp -0,1% ; imp -1,3% T4 2019
Inflation annuelle 2,3% janvier 2020
Chômage 5,1% janvier 2020
Mise à jour: 11 mars 2020

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

<b>Abbonez-vous!</b>

Pour votre edition
de l’Observateur de l’OCDE livré en anglais chez vous



Edition Q2 2019

Editions précédentes sur Issuu

Ne manquez pas

  • "D’ordinaire, il faut des livres ou des discours pour changer notre regard. Cette fois, c’est un site Internet qui vient révolutionner notre vision de l’Afrique urbaine. Lancé jeudi 22 novembre dans le cadre du huitième sommet Africités, à Marrackech, Africapolis.org arrive comme un outil majeur pour comprendre la ville africaine de 2018 et anticiper celle de 2050." Lisez l'entretien du journal "Le Monde" avec Laurent Bossard, Directeur du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest de l’OCDE, ici.
  • Le Secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurría, avec le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, à la 73ème session de l'Assemblée générale des Nations Unies, à New York.
  • Star des mathématiques, le français Cédric Villani a remis son rapport sur l’intelligence artificielle au Président Macron le 28 mars. Retour sur ce qu’il expliquait à propos des problèmes de biais d’algorithmes de l’IA à l'OCDE en octobre 2017. Cliquez ici pour regarder le vidéo.
  • Le 24 janvier, la Barbade, la République de Côte d’Ivoire, la Jamaïque, la Malaisie, le Panama et la Tunisie ont signé la Convention multilatérale BEPS, portant à 78 le nombre de signataires. Cette Convention renforce les conventions fiscales existantes et restreint les possibilités d’évasion fiscale par des entreprises multinationales.
  • Suite aux révélations des Paradise Papers, Pascal Saint-Amans, Directeur du Centre de politique et d'administration fiscales de l'OCDE, s’exprime sur France Inter. Un éclairage essentiel sur ce « scandale de la légalité », l’ampleur de l’optimisation fiscale, et le travail très concret de l’OCDE. A ne pas manquer.
  • Bien que la pauvreté relative n'ait cessé de reculer depuis trente ans, il y a beaucoup plus d'inégalités entre les riches et les moins riches. Ana Llena Nozal, OCDE, participe à la discussion sur la question (RFI).
  • Le logement abordable, un defi pour l'Europe : un article du Monde sur la hausse des inégalités liée au renchérissement de l'immobilier.

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2019