Intelligence sociétale

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Voici 70 ans, le scientifique Alan Turing se demandait en philosophe si les machines possédaient ou non la faculté de penser. Forgé en 1956, le terme d’intelligence artificielle, et son acronyme IA, se rencontrent aujourd’hui partout. Les percées réalisées depuis 2011 par les techniques d’apprentissage automatique–une forme d’IA régie par une approche statistique–ont considérablement accru les capacités prédictives des machines. C’est à l’une de ces techniques, appelée « réseaux neuronaux », ainsi qu’à l’existence de bases de données colossales et à la puissance de calcul disponible, que l’IA doit son développement fulgurant.

L’essor de l’IA donne lieu à toutes sortes d’interprétations–parfois erronées, d’espoirs et de craintes. L’IA peut-elle être bénéfique pour le bien-être, la productivité ou encore l’environnement, entre autres ? Sera-t-elle au contraire le vecteur d’inégalités et l’instrument des luttes de pouvoir de demain ?

Ce nouveau rapport de l’OCDE (qui sera également disponible en français) s’emploie à faire mieux comprendre la relation entre l’IA et la société, que ce soit aujourd’hui ou dans un avenir proche.

Il précise en premier lieu ce qu’est l’intelligence artificielle et propose une taxonomie propre à aider les responsables publics dans l’appréciation des tendances et des enjeux en la matière. Il examine ensuite le paysage dans lequel cette technologie s’insère pour illustrer l’action transformative exercée sur les sociétés et les économies. Pour la seule année 2016, entre 26 et 39 milliards USD ont été investis dans l’IA à l’échelle mondiale.

Les auteurs du rapport étudient tour à tour dix domaines dans lesquels les applications de l’IA sont florissantes : les transports, l’agriculture, les services financiers, le marketing et la publicité, les sciences, la santé, la justice pénale, la sécurité, l’administration publique, sans oublier la réalité augmentée et la réalité virtuelle. Dans le domaine agricole, par exemple, l’IA aide à surveiller l’état des cultures et des sols de manière à obtenir de meilleurs rendements.

Cela étant, les applications de l’IA ayant une diffusion mondiale, leur utilisation soulève divers problèmes liés au respect des valeurs humaines, à l’équité, à la prise de décisions par l’homme, à la vie privée, à la sécurité et à la transparence. Nul ne peut prétendre avoir la solution à chacun de ces problèmes. C’est par la coopération internationale et la mobilisation de toutes les sphères de la société qu’il sera possible de tirer le meilleur parti de l’IA et de garantir son utilisation au service de l’intérêt général.

Le rapport s’appuie sur les travaux d’un groupe d’experts de l’IA formé en 2018 pour dégager des principes propres à favoriser l’innovation, l’adoption des technologies et la confiance en l’IA. Les débats de ces experts ont inspiré à l’OCDE ses Principes sur l’intelligence artificielle, adoptés en mai 2019 (voir la Recommandation du Conseil sur l’intelligence artificielle).

Ce rapport vient à point nommé pour éclairer l’action des pouvoirs publics et la rendre plus efficace à l’heure où l’IA se diffuse au sein de nos sociétés sous des formes toujours plus diverses, multipliant promesses et inquiétudes.

OCDE (2019), Artificial Intelligence in Society, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/eedfee77-en (version française à paraître).

© Juillet 2019

Version anglaise: 

http://oecdobserver.org/news/fullstory.php/aid/6208/Societal_intelligence.html

 

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