La géographie compte : une approche territoriale de la sécurité alimentaire et nutritionnelle

Club du Sahel

©Finbarr O'Reilly/Reuters

Chaque année, des millions de personnes sont confrontées à la faim au Sahel et en Afrique de l’Ouest, alors que l’insécurité alimentaire et nutritionnelle atteint un niveau critique. C’est un problème bien connu, qui est habituellement traité dans un cadre national, avec une approche descendante. Or, des analyses uniquement nationales plutôt que territoriales ou locales peuvent masquer des poches de pauvreté, de famine et de malnutrition concentrées dans certaines zones géographiques. 

Le taux national d’enfants de moins de cinq ans souffrant d’un retard de croissance résultant d’un état de dénutrition chronique est par exemple de 34 % au Bénin. Mais les analyses territoriales nous en disent davantage. Dans le Borgou, cette proportion est de 41 % et, dans l’Alibori, département le plus étendu au Nord-Ouest du pays, de 40 %. Elle s’élève à 39 % dans le Plateau, de même que dans l’Atacora, dans le Nord-Ouest. Au Ghana, la moyenne est de 23 % à l’échelle nationale, mais elle atteint 37 % et 32 % respectivement dans les régions du Nord et du Haut Ghana oriental. Pour élaborer et mettre en œuvre des mesures visant à remédier à des problèmes comme le retard de croissance, il convient d’adopter une approche tenant compte de la dynamique territoriale propre à certaines zones.

Il est utile de cartographier les disparités territoriales. Le Cadre harmonisé permet de repérer, grâce à un code couleur, les zones géographiques et les phases d’insécurité alimentaire dans lesquelles se trouvent leurs populations : minimale, sous pression, crise, urgence et famine. La carte ainsi établie montre des écarts notables en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle d’un pays à l’autre et au sein des pays. Le Nord-Est du Nigeria, le Mali et plus largement le bassin du lac Tchad, qui comprend notamment le Tchad, le Niger et le Nigeria, enregistrent des concentrations spatiales élevées de populations en situation d’insécurité alimentaire grave.

Disparités spatiales en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle

Les disparités spatiales s’expliquent par la spécificité de chaque territoire : ses profils démographique et socio-économique, ses normes sociales et culturelles, ses ressources naturelles, son organisation, ses différents niveaux de décision et son exposition aux conflits. Ces caractéristiques sont propres à chaque contexte et varient d’un territoire à l’autre. Les approches nationales descendantes de la sécurité alimentaire et nutritionnelle ne tiennent pas suffisamment compte des besoins de la population locale ou ne l’associent pas assez aux processus d’élaboration de l’action publique. En revanche, une approche territoriale favorise la participation des acteurs locaux et leur donne voix au chapitre. Elle reconnaît également que toutes les régions – et pas seulement les zones urbaines – ont un potentiel de développement.

Faire de l’approche territoriale une réalité sur le terrain

Le mode de gestion des territoires ruraux et urbains a une grande influence sur les politiques de sécurité alimentaire et nutritionnelle. La population et les territoires doivent être placés au cœur de stratégies de développement qui créent des emplois, en particulier dans les zones reculées où les synergies entre zones rurales et urbaines doivent être mobilisées. Ils doivent également être au centre des investissements dans les services sociaux de base en matière de santé, d’éducation, d’eau, d’assainissement, d’hygiène, de financement rural et de planification familiale.

Plusieurs conditions doivent être remplies pour que l’approche territoriale devienne une réalité : Premièrement, il faut comprendre comment les caractéristiques d’une région donnée influent sur son potentiel de développement. Deuxièmement, il est nécessaire de mettre en place un système de gouvernance à plusieurs niveaux pour permettre une coordination horizontale et verticale de l’action publique entre les différents secteurs, et entre les administrations nationales et infranationales. Troisièmement, il convient d’inscrire l’approche territoriale dans une perspective multisectorielle et multipartite qui réponde aux attentes et aux besoins divers mais interdépendants de la population locale. Cela implique de mettre en relation les acteurs des zones urbaines et rurales, de stimuler les échanges, de diversifier les économies rurales et de faciliter la croissance de l’emploi. Quatrièmement, il importe de donner à ces acteurs locaux suffisamment de pouvoir de décision, ainsi que des capacités techniques et de planification qui leur permettent d’élaborer les politiques locales et de les mettre en œuvre. Cinquièmement, il faut fournir des données et des outils de meilleure qualité au niveau infranational afin que les responsables de l’action publique adoptent des approches locales et repèrent les obstacles qui compromettent la sécurité alimentaire. Enfin, et surtout, pour porter ses fruits, l’approche territoriale nécessite une volonté politique et des dirigeants capables de prendre des initiatives.

Le moyen le plus pérenne d’élaborer des politiques territoriales adaptées est de le faire avec ceux qui en bénéficieront. L’appropriation et la direction locales des processus d’action publique englobant tous les acteurs occupent une place centrale dans l’approche territoriale. Il s’agit aussi d’offrir de meilleures possibilités à tous, notamment aux femmes et aux jeunes, et de cibler les dépenses pour qu’elles atteignent les territoires et les populations les plus vulnérables, comme le préconise l’Alliance globale pour la résilience (AGIR) – Sahel et Afrique de l'Ouest.

Références

Pour en savoir plus : www.oecd.org/swac-week/documents/RPCA-territorial-approaches-draft_EN.pdf.

Consultez nos sites : http://www.oecd.org/fr/sites/rpca et www.oecd.org/fr/csao.

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©L'Observateur de l'OCDE, T1 2018

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