Des prix du carbone beaucoup trop bas pour empêcher le changement climatique

Russell R Scott/Citizenside/AFP

Donner un prix au carbone est un des moyens les plus sûrs que nous connaissions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) et atteindre les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat adopté en 2015. Sa mise en œuvre a-t-elle progressé depuis lors ? Pas suffisamment, selon certains des principaux experts mondiaux.

Environ 85 % des émissions mondiales n’ont actuellement pas de prix, selon un rapport diffusé en mai 2017 par la Commission de haut niveau sur les prix du carbone, coprésidée par Joseph Stiglitz et Lord Nicholas Stern, deux figures respectées de la lutte contre le changement climatique. En outre, environ trois quarts des émissions assujetties à une tarification du carbone ont un prix inférieur à 10 USD par tonne de CO2 (tCO2).

Ce prix est beaucoup trop bas puisque, selon le rapport, il faudrait que le prix explicite du carbone soit au moins de 40-80 USD/tCO2 d’ici à 2020, et de 50-100 USD/tCO2 d’ici à 2030 pour que l’objectif de température fixé à Paris soit atteint.

Une des lacunes de ces chiffres, c’est qu’ils ne tiennent pas compte des droits d’accise sur les carburants, le chauffage et la consommation d’énergie de manière plus générale, qui ont pratiquement les mêmes effets comportementaux que les taxes sur le carbone au sens plus étroit, et devraient donc également faire baisser les émissions.

En incluant ces droits d’accise relativement courants sur la consommation d’énergie, nous pouvons avoir une vision plus large de la façon dont les émissions de carbone sont actuellement tarifées. À cette fin, nous avons élaboré des « taux effectifs sur le carbone », qui se composent de toutes les taxes spécifiques sur la consommation d’énergie, des taxes sur le carbone et des prix des permis d’émission négociables. La base de données correspondante, présentée dans le rapport de 2016 de l’OCDE intitulé Effective Carbon Rates, contient les taux effectifs sur le carbone calculés pour 41 pays de l’OCDE et du G20, couvrant 80 % de la consommation mondiale d’énergie et les émissions de carbone connexes.

Dans un sens, le tableau qui ressort de ces taux effectifs sur le carbone est un peu moins sombre que celui dépeint par MM. Stiglitz et Stern, dans la mesure où il recouvre un plus large éventail de taxes, ce qui se traduit par des tarifs plus élevés. Dans un autre sens, plus fondamental, ce tableau est en fait un peu plus sombre, étant donné que les taux effectifs sur le carbone montrent l’ampleur de la tâche que représente la réduction des émissions de GES, même lorsqu’on adopte une vision plus large de la tarification du carbone.

De fait, d’après notre base de données, 60 % des émissions résultant de la consommation d’énergie dans les 41 pays considérés n’ont actuellement pas de prix (contre 85 % dans le rapport de la Commission). Néanmoins, environ 78 % des émissions ont un prix inférieur à 10 EUR/tCO2, ce qui est tout aussi décourageant. Donc, si nos estimations plus exhaustives indiquent que la tarification du carbone est plus répandue que ne le laisse à penser le rapport de la Commission de haut niveau, elles confortent néanmoins sa principale conclusion : la tarification du carbone joue encore un rôle très limité, et nous sommes très loin de ce qui est nécessaire pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.

La Commission de haut niveau estime que les prix du carbone devraient s’établir entre 40 EUR et 80 EUR/tCO2 en 2020 pour que les objectifs de l’Accord de Paris aient une chance d’être atteints. Actuellement, les taux effectifs sur le carbone sont inférieurs à 40 EUR/tCO2 pour 93 % des émissions, et inférieurs à 80 EUR/tCO2 pour 95 % des émissions. En excluant de ce calcul le transport routier (caractérisé par des droits d’accise relativement élevés), on fait remonter ces proportions à 99 %.

En résumé, rares sont les émissions résultant de la consommation d’énergie à être tarifées aux niveaux requis pour que la hausse mondiale des températures reste inférieure au seuil de 2 °C, au-delà duquel le changement climatique pourrait devenir incontrôlable. Les dirigeants mondiaux ont compris la gravité de cette perspective en signant l’Accord de Paris sur le climat. Il est maintenant crucial qu’ils prennent les mesures nécessaires pour atteindre ces objectifs, ce qui implique de relever les prix du carbone maintenant.

Manifestation connexe

Manifestation parallèle à la COP23 : « Donner un prix au carbone pour la transition bas carbone », 15 novembre 2017, Bonn, Allemagne : www.oecd.org/fr/fiscalite/tax-and-environment.htm#COP23-tax-env-event.

En savoir plus sur l’OCDE et la COP23 : www.oecd.org/fr/environnement/cc/cop23.htm.

Références et liens

Commission de haut niveau sur les prix du carbone (2017), Report of the High-Level Commission on Carbon Prices, Banque mondiale, Washington, DC., https://static1.squarespace.com/static/54ff9c5ce4b0a53decccfb4c/t/59b7f2409f8dce5316811916/1505227332748/CarbonPricing_FullReport.pdf.

Voir : www.carbonpricingleadership.org/report-of-the-highlevel-commission-on-carbon-prices.

OCDE (2016), Effective Carbon Rates : Pricing CO2 through Taxes and Emissions Trading Systems, Éditions OCDE, Paris, http://dx.doi.org/10.1787/9789264260115-en.

OCDE (2017), Investing in Climate, Investing in Growth, Éditions OCDE, Paris, http://dx.doi.org/10.1787/9789264273528-en.

©L'Observateur de l'OCDE n°312 T4 2017




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