Portrait des migrations familiales

©Stringer, Italy/Reuters

Les migrants sont partout dans l’actualité en Europe, en Amérique du Nord, en Australie. Quand on pense « migrants », on s’imagine des réfugiés, contraints d’entreprendre des périples dangereux pour échapper à une menace, ou des personnes arrivant dans un nouveau pays pour y étudier ou travailler. 

Or, il existe un vaste groupe de migrants trop souvent ignoré : les migrants familiaux. Représentant 40 % de l’immigration vers la zone OCDE en 2015, ils constituent généralement 25-50 % de la population née à l’étranger dans les pays de l’OCDE, et même 70 % aux États-Unis.

Pourquoi s’intéresse-t-on si peu aux migrations familiales ? En partie parce qu’elles sont souvent vues comme une conséquence naturelle d’autres types de migrations, comme un phénomène automatique résultant des conventions internationales et des droits de l’homme. En raison aussi, peut-être, de la diversité propre au groupe des migrants familiaux, dont les motifs d’émigration et profils démographiques diffèrent. Il peut s’agir d’enfants, partant avec leurs parents ou les rejoignant dans le cadre de l’adoption internationale, mais aussi de parents ou grands-parents, partant retrouver un adulte émigré de longue date dans le pays de destination. Il y a enfin ceux qui partent pour des raisons affectives, pour fonder une famille avec un partenaire né dans le pays d’accueil (dans de nombreux pays de l’OCDE, 10 % au moins des mariages sont conclus entre un ressortissant national et un étranger), ou retrouver leur partenaire ayant déjà émigré, ou encore accompagner un conjoint travailleur migrant.

À y regarder de plus près toutefois, les migrants familiaux présentent des points communs. Il s’agit principalement de femmes, les hommes n’en représentent généralement que 40 %. Ils tendent aussi à être plus jeunes que les travailleurs migrants et sont plus susceptibles de s’installer définitivement dans leur nouveau pays. Leur niveau d’instruction correspond souvent à celui de leur conjoint, les migrants rejoignant un ressortissant du pays d’accueil ou accompagnant un travailleur migrant étant plus instruits, en moyenne, que ceux admis au titre du regroupement familial ou épousant ultérieurement un migrant. Cela étant, le niveau d’instruction des migrants familiaux a augmenté depuis peu. Une fois arrivés, ils doivent généralement batailler pour trouver du travail et il leur faut entre 15 et 20 ans, notamment en Europe, pour atteindre le même taux d’emploi que la population locale. La raison en est, peut-être, qu’ils n’arrivent pas avec un contrat de travail en main, mais aussi que leur maîtrise de la langue du pays d’accueil est souvent insuffisante.

Quelles conséquences pour les autorités comme pour les migrants ? Les enjeux sont d’autant plus importants que les liens familiaux sont étroits. Il est vrai que le niveau des migrations familiales, plus que toute autre forme de migration, peut, dans une certaine mesure, être anticipé ; les autorités peuvent donc s’y préparer. Sans compter que les liens familiaux ne sont pas automatiquement un motif d’émigration, des restrictions et des conditions étant applicables, en pratique, aux migrations familiales. Il est toutefois délicat de bien doser les différents critères et les pouvoirs publics doivent faire des arbitrages entre les priorités et les contraintes. Combien de temps les migrants doivent-ils attendre pour un regroupement familial ? D’un côté, une courte attente accélère l’intégration scolaire des enfants et permet aux familles de se rassembler ; de l’autre, un délai plus long peut être nécessaire pour satisfaire aux critères de ressources et de logement. Or, des restrictions peuvent faire perdre tout attrait pour un pays aux yeux de migrants ayant des attaches, désireux de faire venir leur famille. Et, si des critères de langues et autres peuvent effectivement accélérer l’intégration des migrants familiaux, ils peuvent aussi la retarder ou l’empêcher. Enfin, les mêmes conditions doivent-elles s’appliquer aux migrants venus rejoindre un ressortissant du pays d’accueil pour fonder une famille ?

Qui dit « migration » dit « famille » ! La vie est ainsi, et il est temps de s’intéresser davantage aux migrations familiales. Si le sujet est délicat pour les pouvoirs publics, il ne peut cependant être ignoré. De nouvelles analyses sur les arbitrages et les obstacles, et des informations de meilleure qualité aideront à constituer une base solide pour l’action publique future en matière de migration familiale.

Initialement publié (en anglais) sur Les Essentiels de l'OCDE, août 2017.

Références et liens

Réseau européen des migrations (2017), Synthesis Report – Family Reunification of TCNs in the EU plus Norway : National Practices, Commission européenne. Voir le site du Forum international sur les statistiques des migrations 2018 : www.oecd.org/migration/forum-migration-statistics/

OCDE (2017), « Portrait des migrations familiales dans les pays de l’OCDE », in Perspectives des migrations internationales 2017, Éditions OCDE, Paris.
http://dx.doi.org/10.1787/migr_outlook-2017-fr

©L'Observateur de l'OCDE n°311 T3 2017




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