Changement climatique

Le problème reste entier

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Le problème du changement climatique reste d’actualité et il ne disparaîtra pas tout seul. Les gouvernements doivent agir.

Dix années ont passé depuis l’entrée en vigueur, le 21 mars 1994, de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). L’heure est venue de faire un bilan des événements intervenus dans ce contexte dont on connaît l’extrême complexité. Une chose est déjà très claire, c’est que le changement climatique touche pratiquement tous les aspects de notre vie, et que la plupart des activités humaines, soit contribuent à ce phénomène climatique, soit en subissent les conséquences.Certains effets du changement climatique sont déjà observables et bien d’autres sont à attendre si l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre n’est pas maîtrisée. La multiplication depuis quelques années des phénomènes météorologiques extrêmes donne une idée des conséquences que nous réserve l’avenir.Selon les estimations de l’Initiative financière du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), le coût économique annuel mondial des catastrophes naturelles est passé de US$40 milliards dans les années 1990, à US$60 milliards en 2003. De nombreuses catastrophes liées aux conditions météorologiques et au climat, dont certaines d’une ampleur sans précédent, ont marqué l’année 2003. En Europe et en Amérique du Nord, les vagues de chaleur ont fait des milliers de victimes et les feux de forêts ont été particulièrement dévastateurs. Le passage d’un typhon en Corée a fait plus de 100 morts, laissé plus de 25 000 personnes sans abri et causé des dégâts matériels évalués à US$4,1 millions. Les pays en développement ont payé un lourd tribut. Au Pakistan, les inondations ont fait 162 victimes, déplacé 900 000 personnes et détruit près de 48 000 foyers. En Afrique de l’Est et du Sud, la sécheresse a compromis les moyens d’existence de 23 millions de personnes.D’une façon générale, les pays en développement sont plus vulnérables que les autres car ils dépendent fortement de secteurs sensibles au climat, comme l’agriculture ou la foresterie. Le manque de ressources, d’infrastructures et de systèmes de santé les rend plus vulnérables au changement climatique. Plus particulièrement exposés sont les terres basses et les deltas, les grands villes côtières, les campements situés dans des plaines inondables et sur les versants escarpés, les populations des zones forestières où les feux de friches saisonniers risquent de s’étendre, ainsi que les zones à forte croissance démographique frappées par la pauvreté et la dégradation de l’environnement. Aider les pays à s’adapter au changement climatique est aujourd’hui une composante clé de la politique climatique mais concrètement beaucoup reste à faire, notamment pour développer les infrastructures et améliorer la gestion des terres.L’un des principaux objectifs de la Convention était de démontrer que les pays développés pouvaient, en une dizaine d’années, ramener leurs émissions aux niveaux de 1990. De fait, les pays industrialisés, dits Parties de l’Annexe I, ont réduit leurs émissions de gaz à effet de serre de près de 7 % entre 1990 et 2001. Mais ce résultat s’explique surtout par le recul de 40 % des émissions des pays en transition économique ; les émissions de gaz à effet de serre des pays les plus industrialisés (Parties de l’Annexe II) ont augmenté d’environ 7,5 % au cours de cette période.Beaucoup de pays devront faire beaucoup plus pour réduire leurs émissions. Pour atteindre les objectifs de réduction du protocole de Kyoto, certaines Parties de l’Annexe I devront prendre des mesures draconiennes de lutte contre les émissions de dioxyde de carbone. Bien que la réduction globale de 5 % visée par le Protocole puisse sembler assez peu ambitieuse, l’instrument, même s’il n’est pas encore appliqué, a déjà amorcé l’indispensable processus de découplage de l’augmentation des émissions de CO2 de la croissance économique.L’intensité de carbone, qui exprime la relation entre les émissions de carbone et la production économique mondiale, n’a pas cessé de diminuer depuis la révolution industrielle et cette tendance s’est même accélérée au cours des années 1990. Il semble toutefois que les intensités de carbone des différents pays convergent vers un même niveau. Dans les 30 dernières années, l’intensité énergétique de la Chine a chuté jusqu’au niveau des États-Unis, qui de leur côté se sont rapprochés des chiffres des pays en développement et de l’Europe. L’enjeu est aujourd’hui de baisser davantage ce point de convergence, et les efforts des pays pour respecter les engagements de Kyoto marquent un pas important dans cette direction.Nous savons tous néanmoins que le Protocole de Kyoto, aussi important soit-il, n’est que la première étape vers l’objectif à long terme de la Convention qui est de « stabiliser […] les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique. […] » (Article 2 de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques). Je dois reconnaître que j’ai été surprise d’entendre certains experts et dirigeants – y compris à l’OCDE – déclarer qu’il fallait plutôt miser sur l’adaptation parce que le Protocole de Kyoto ne réglerait pas le problème du changement climatique. Rappelons que personne n’a jamais prétendu que le Protocole de Kyoto résoudrait ce problème.Il est important néanmoins que les activités de recherche et développement s’orientent vers des technologies qui réduiront l’intensité de carbone de l’économie et contribueront à ramener les concentrations atmosphériques de gaz à effet de serre à des niveaux pouvant être considérés « sans danger ». Ces efforts sont déjà bien en route, et accompagnent la mise en œuvre des dispositions du Protocole de Kyoto.Les sources d’énergie renouvelable, les combustibles hydrogénés et la séquestration du carbone offrent aujourd’hui des solutions dont tout le monde parle, mais il ne faut pas oublier que les pouvoirs publics devront prendre des décisions majeures pour assurer la pénétration sur le marché de ces technologies et d’éventuelles autres innovations. À en juger par la situation actuelle, cela reste encore une gageure pour de nombreux gouvernements.Le Protocole de Kyoto a instauré de nouveaux moyens d’action permettant d’allier efficience économique et efficacité pour l’environnement. Il existe désormais un marché des droits d’émission. En 2004 seront lancés les premiers projets dans le cadre du Mécanisme de développement propre du Protocole, qui suscite un intérêt croissant dans le monde en développement. Ce mécanisme financier innovateur contribue au développement durable dans les pays en développement en mobilisant des investissements privés pour financer les projets de réduction des émissions et offre aux pays industrialisés des crédits qui les aideront à réaliser leurs objectifs de Kyoto. La mise en œuvre conjointe prévue par le Protocole est également en préparation.L’Union européenne est en train de mettre en place un système communautaire d’échange de droits d’émission et les difficultés rencontrées dans cette entreprise témoignent de l’effort qu’elle demande aux industries concernées. Ce système est conçu pour être compatible avec les mécanismes de Kyoto. Il existe de nombreux autres systèmes d’échange de droits d’émission de CO2 au niveau des pays et des entreprises, dont un exemple est le Chicago Climate Exchange aux États-Unis, qui offre un outil prometteur pour le développement d’un nouveau marché.Les 10 premières années de la Convention sur les changements climatiques ont permis de préparer le terrain pour un grand changement de politiques. Il est clair aujourd’hui qu’il n’existe pas de solution miracle. L’action devra intervenir sur tous les fronts et beaucoup reste à faire pour que les sociétés les plus vulnérables soient en mesure de faire face aux changements climatiques imminents. Il importe dans le même temps d’intensifier les efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, notamment celles des combustibles fossiles. Les systèmes d’échange de droits d’émission mis en place en liaison avec les mécanismes de flexibilité du Protocole de Kyoto favoriseront l’adoption des mesures d’un meilleur rapport coût-efficacité et encourageront les innovations indispensables. On a de bonnes raisons de penser que la deuxième décennie de la Convention sera marquée par des avancées déterminantes face à ce défi mondial.© L’Observateur de l’OCDE, N°242, Mars 2004


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