Santé mentale : le défi de la Finlande

©Serprix

Nous pouvons tous connaître un problème d’ordre mental à un moment donné dans notre vie. Dans l’Union européenne, les maladies mentales concerneraient une personne sur six. En Finlande, où leur fréquence est la plus élevée d’Europe, près d’une personne sur cinq serait touchée. Les troubles de la santé mentale engendrent un coût important : prise en charge, régimes de sécurité sociale, baisse de l’emploi et perte de productivité s’élèvent à près de 4 % en moyenne du PIB des pays de l’UE. En Finlande, le coût estimé est encore plus élevé, atteignant 5.3 % du PIB en 2016.

Qu’est-ce que la santé mentale ?

Une personne jouissant d’une bonne santé mentale peut gérer les aléas de la vie, être productive au travail et apporter sa contribution à la société. Une mauvaise santé mentale est, quant à elle, caractérisée par une moindre capacité à affronter les événements. En Finlande, comme dans d’autres pays de l’UE, les troubles mentaux les plus courants sont les troubles anxieux et dépressifs, qui touchent respectivement 4 % et 6 % des Finlandais. Les troubles liés à la consommation d’alcool et de drogues concernent également 4 % de la population finlandaise, un chiffre bien plus élevé que la moyenne de l’UE-28 de 2.4 %. Ces maladies, si elles ne durent parfois que quelques semaines ou quelques mois, peuvent persister toute la vie. Il en va de même pour la schizophrénie et les troubles bipolaires, qui touchent généralement moins de personnes, environ 1.2 % de la population.

Les troubles de la santé mentale concernent tout le monde, indépendamment des ressources, du sexe et de l’âge. Toutefois, certains groupes sont particulièrement vulnérables. Par exemple, les femmes sont plus touchées par les deux troubles mentaux les plus répandus, l’anxiété et la dépression, qui concernent 5.4 % et 4.5 % de la population de l’UE. À l’inverse, les hommes sont deux fois plus susceptibles de connaître des troubles liés à la consommation d’alcool ou de drogues, troisième pathologie mentale la plus répandue dans l’UE, avec 11 millions de personnes concernées. La situation socioéconomique exerce également une influence. En Finlande, en effet, les hommes aux revenus les plus faibles sont près de cinq fois plus susceptibles de souffrir d’une dépression chronique que les hommes aux revenus les plus élevés.

En 2015, dans les pays de l’UE, on comptait un décès toutes les six minutes par suicide ou par accident lié à une maladie mentale. Cette même année, chaque jour, environ neuf jeunes de 15–24 ans mettaient fin à leurs jours. Le fait est que la Finlande, grâce à une action concertée ces trente dernières années, a largement fait reculer le taux de suicide. À partir des années 80, la Finlande a élaboré une série de stratégies nationales pour lutter contre ce fléau. Le gouvernement a mis en place un numéro d’urgence et a donné aux médias des recommandations, précisant notamment que la méthode de suicide ne devait pas figurer dans les informations. Les pouvoirs publics ont récemment porté leurs efforts sur l’amélioration de la prise en charge des maladies mentales, faisait tomber le taux de suicide en Finlande de plus de la moitié.

Prévenir et traiter les troubles mentaux

Le choix de la Finlande de développer plus largement l’offre de services en santé mentale, sans cibler uniquement la prévention du suicide, explique cette réussite. Le gouvernement s’est concentré sur les facteurs de risque du suicide : dépression, manque d’accès aux soins, consommation abusive de drogues et d’alcool et facilité d’accès aux moyens létaux. La Finlande a également créé une plateforme en ligne dédiée à la santé mentale qui propose, par exemple, des thérapies comportementales et cognitives pour les troubles mineurs partout dans le pays.

Le taux de suicide étant particulièrement élevé chez la population masculine, les actions menées ont ciblé les jeunes hommes vulnérables au moyen de campagnes telles que « Temps écoulé ! Il faut avancer » (Aikalisä! Elämä raitelleen). Cette stratégie a-t-elle porté ses fruits ? Curieusement, entre 1986 et 2016, la consommation d’antidépresseurs, qui est un indicateur approximatif, il faut le reconnaître, de la prise en charge des troubles mentaux, a été multipliée par 13 et a beaucoup augmenté pendant les vingt premières années, avant de se stabiliser ces dix dernières années environ.

En dépit de ces progrès, 750 Finlandais environ se donnent la mort chaque année. L’écart qui sépare le taux de mortalité de la population générale et celui des personnes présentant un trouble mental, facteur de risque du suicide, est considérable. La Finlande a mis en place une nouvelle Stratégie nationale de santé mentale et alloué un budget de 300 000 EUR à la prévention du suicide. Mais il serait opportun d’investir davantage dans la santé mentale, ne serait-ce que pour réduire le coût élevé de ces pathologies.

Bonne nouvelle : dans les pays de l’OCDE, la parole sur la santé mentale se libère peu à peu. Il s’agit d’une avancée majeure pour vaincre les clichés sur les troubles mentaux et aider les malades à bénéficier du soutien et de la prise en charge dont ils ont besoin. En Finlande et dans le reste de l’OCDE, il faut néanmoins faire plus encore pour prévenir l’apparition des troubles mentaux, améliorer le quotidien des malades et réduire la mortalité précoce.

Références et lectures complémentaires

OCDE (2015), Santé mentale et insertion professionnelle : De la théorie à la pratique, Santé mentale et emploi, Éditions OCDE, Paris. https://www.oecd-ilibrary.org/employment/sante-mentale-et-insertion-professionnelle_9789264242074-fr.

OCDE (2014), Making Mental Health Count: The Social and Economic Costs of Neglecting Mental Health Care, Études de l'OCDE sur les politiques de santé, Éditions OCDE, Paris. https://www.oecd-ilibrary.org/fr/social-issues-migration-health/etudes-de-l-ocde-sur-les-politiques-de-sante_20743211.

OCDE/UE (2018), Health at a Glance: Europe 2018: State of Health in the EU Cycle, Éditions OCDE, Paris/UE, Bruxelles, https://www.oecd-ilibrary.org/fr/social-issues-migration-health/health-at-a-glance-europe-2018_health_glance_eur-2018-en

Patana, P. (2014), "Mental Health Analysis Profiles (MhAPs): Finland", Documents de travail de l’OCDE sur la santé, n° 72, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/5jz1591p91vg-en.

Patel V Saxena S Lund C Thornicroft G Baingana F et. al. (2018), “The Lancet Commission on global mental health and sustainable development”, The Lancet, 2018 vol. 392 (10157) pp. 1553-1598. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(18)31612-X

Cet article fait partie d’une série consacrée à la célébration du 50e anniversaire de l’adhésion de la Finlande à l’OCDE www.oecdobserver.org/finland50oecd

©L’Observateur de l’OCDE, avril 2019




Données économiques

PIB +0,2% T4 2019
Échanges exp -0,7% ; imp -0,9% T3 2019
Inflation annuelle 2,1% décembre 2019
Chômage 5,1% décembre 2019
Mise à jour: 20 février 2020

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

<b>Abbonez-vous!</b>

Pour votre edition
de l’Observateur de l’OCDE livré en anglais chez vous



Edition Q2 2019

Editions précédentes

Ne manquez pas

  • "D’ordinaire, il faut des livres ou des discours pour changer notre regard. Cette fois, c’est un site Internet qui vient révolutionner notre vision de l’Afrique urbaine. Lancé jeudi 22 novembre dans le cadre du huitième sommet Africités, à Marrackech, Africapolis.org arrive comme un outil majeur pour comprendre la ville africaine de 2018 et anticiper celle de 2050." Lisez l'entretien du journal "Le Monde" avec Laurent Bossard, Directeur du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest de l’OCDE, ici.
  • Le Secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurría, avec le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, à la 73ème session de l'Assemblée générale des Nations Unies, à New York.
  • Star des mathématiques, le français Cédric Villani a remis son rapport sur l’intelligence artificielle au Président Macron le 28 mars. Retour sur ce qu’il expliquait à propos des problèmes de biais d’algorithmes de l’IA à l'OCDE en octobre 2017. Cliquez ici pour regarder le vidéo.
  • Le 24 janvier, la Barbade, la République de Côte d’Ivoire, la Jamaïque, la Malaisie, le Panama et la Tunisie ont signé la Convention multilatérale BEPS, portant à 78 le nombre de signataires. Cette Convention renforce les conventions fiscales existantes et restreint les possibilités d’évasion fiscale par des entreprises multinationales.
  • Suite aux révélations des Paradise Papers, Pascal Saint-Amans, Directeur du Centre de politique et d'administration fiscales de l'OCDE, s’exprime sur France Inter. Un éclairage essentiel sur ce « scandale de la légalité », l’ampleur de l’optimisation fiscale, et le travail très concret de l’OCDE. A ne pas manquer.
  • Bien que la pauvreté relative n'ait cessé de reculer depuis trente ans, il y a beaucoup plus d'inégalités entre les riches et les moins riches. Ana Llena Nozal, OCDE, participe à la discussion sur la question (RFI).
  • Le logement abordable, un defi pour l'Europe : un article du Monde sur la hausse des inégalités liée au renchérissement de l'immobilier.

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2019