Pensons jeunes ! L’engagement de la jeunesse dans la région MENA

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Plus de sept ans après le « Printemps arabe », largement mené par la jeunesse de la région MENA, où en sont les jeunes ?

Ils se heurtent toujours à d’importants obstacles qui les empêchent de devenir des forces motrices du développement économique et social de leurs pays.

Le taux de chômage des jeunes est plus élevé dans la région MENA que dans toute autre région du monde : bon nombre d’entre eux n’ont toujours pas accès à des formations leur permettant d’accéder au marché du travail. Si 15% des jeunes de 15 à 29 ans dans les pays membres de l’OCDE ne sont ni scolarisés, ni employés, ni en formation (NEET), ce taux frise les 28 % dans 5 pays de la région MENA (Égypte, Jordanie, Liban, Tunisie et Autorité Palestinienne).  

Le taux de confiance des jeunes de la région MENA envers leurs gouvernements respectifs est nettement plus bas que celui de leurs parents. En Jordanie, au Maroc et en Tunisie, seulement 35% des jeunes participent aux élections, contre 53% dans les pays de l’OCDE.

N’en concluons cependant pas que les jeunes ne s’intéressent pas à la vie publique. Ils cherchent pour la plupart à s’impliquer par d’autres moyens, comme le montre le rapport de l’OCDE, Les jeunes dans la région MENA : Comment les faire participer ? Les jeunes de la région MENA sont plus engagés au sein de la société civile que dans les partis politiques. En témoigne la multitude de mouvements et associations créés par des jeunes tels que Jordanian Youth Opportunities en Jordanie, Gherbal Initiative au Liban, Kolna Touness en Tunisie ou Ruwwad for Development au sein de l'Autorité Palestinienne. Leur engagement est également numérique (réseaux sociaux…).

Force de création sociale et entrepreneuriale, la jeunesse a aussi un rôle à jouer dans la vie publique. Il est donc essentiel de trouver des moyens plus efficaces pour encourager sa participation.

Cette jeunesse représente plus de 30% de la population totale dans la plupart des pays de la région MENA. Il est donc urgent de mettre en place les réformes nécessaires pour créer des débouchés pour ces jeunes, renforcer leur autonomisation et les inclure dans les processus de prise de décisions publiques, particulièrement au niveau local. Cela permettrait de construire un climat de confiance et de s’assurer que les services publics répondent réellement aux besoins des jeunes et les accompagnent dans leur passage à l’âge adulte.

Car c’est à l’échelon local que les jeunes interagissent le plus régulièrement avec les autorités publiques. Au niveau local, leurs attentes portent le plus souvent sur des demandes très concrètes. Les résultats des politiques publiques s’expriment aussi pour eux localement à travers la qualité des services qui leur sont offerts. Leurs besoins peuvent d’ailleurs varier d’une région à l’autre et diverger de ceux que le gouvernement central perçoit.

La longue tradition de centralisation des pays de la région MENA entrave souvent l’efficacité de la prestation des services publics au niveau local au détriment des populations provinciales. L’insatisfaction vis-à-vis des services publics à l’échelon local fut d’ailleurs l’un des facteurs à l’origine des manifestations de masse dans certaines villes de la région MENA en 2011. Le processus de décentralisation actuellement en cours dans la plupart des pays MENA représente un levier pour rendre les politiques publiques plus inclusives et mieux adapter les services publics aux besoins des jeunes.

Dans certains pays de la région MENA, les initiatives se multiplient pour promouvoir la participation des jeunes à la vie publique au niveau local. En Tunisie par exemple, le projet « Agora – Débat de la ville » vise à renforcer l’expression démocratique des jeunes et le dialogue entre ces derniers et les autorités locales. Le projet inclut des jeunes vivant en périphérie des villes et des membres des organisations et maisons de la jeunesse. Il encourage notamment la création de radios communautaires en ligne, la formation de jeunes à la participation à la vie publique, et enfin l’organisation de débats municipaux entre les jeunes et les autorités publiques locales.

L’OCDE soutient la Jordanie, le Maroc et la Tunisie dans leurs efforts d’amélioration de la gouvernance des affaires des jeunes. Le rapport de l’OCDE Youth Stocktaking Report souligne l’importance d’avoir une politique intégrée de la jeunesse et de se doter des institutions et des mécanismes nécessaires à sa mise en œuvre. Il s’agit aussi d’intégrer une perspective jeune dans l’élaboration des politiques publiques et d’éliminer les barrières légales à l’autonomisation des jeunes.

Dans ses rapports régionaux Youth Engagement in Public Life in Jordan, Morocco and Tunisia, et Seven Key Findings from the Youth Governance Survey, l’OCDE identifie sept idées clés afin d’améliorer la gouvernance des affaires des jeunes et leur autonomisation dans la région MENA. Il faut tout d’abord assurer un financement suffisant aux stratégies nationales de la jeunesse et adopter des mécanismes institutionnels permettant une meilleure coordination interministérielle. Il est essentiel d’allouer des ressources humaines et financières suffisantes et d’adopter des mécanismes de coordination au niveau local.  Il faut aussi renforcer la capacité des décideurs publics à intégrer une perspective jeune. Les opportunités institutionnelles (conseils consultatifs au niveau local, conseils nationaux des jeunes, forums jeunesse…) qui incitent les jeunes à participer à la vie publique doivent se multiplier. Tous les acteurs de la jeunesse doivent également être sensibilisés à la valeur ajoutée des jeunes dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques publiques. Enfin, il sera bien sûr indispensable de lever les barrières légales à l’engagement des jeunes.

Encourager l’engagement des jeunes au sein de la vie publique, particulièrement au niveau local, est devenu une nécessité pour les gouvernements de la région MENA. Les jeunes sont une force motrice de l’innovation et de la création dans leurs pays. Reste aux gouvernements de la région à adopter une politique jeune intégrée permettant une transition réussie vers l’âge adulte.

Pour en savoir plus

(ILO, 2016), Labour market transitions of young women and men in the Middle East and North Africa, Ralitza Dimova, Sara Elder and Karim Stephan, Work4Youth Publication Series, No. 44, International Labour Organisation, https://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/---ed_emp/documents/publication/wcms_536067.pdf

Observatoire National de la Jeunesse, “Projet AGORA débat de la ville”, www.onj.nat.tn/index.php/fr/projets/projet-agora-debat-de-la-ville

(OECD, 2018), Youth Engagement and Empowerment in Jordan, Morocco, and Tunisia, OECD, https://www.oecd.org/mena/governance/youth-engagement-and-empowerment-report.pdf

(OECD, 2018), Seven Key Findings from the Youth Governance Survey, OECD, Paris. https://www.slideshare.net/OECD-GOV/seven-key-findings-from-the-youth-governance-survey

(OECD, 2018), Youth Stocktaking Report, OECD, Paris. http://www.oecd.org/gov/youth-stocktaking-report.pdf

(OCDE, 2017), Les jeunes dans la région MENA: Comment les faire participer ?, Éditions OCDE, Paris, https://read.oecd-ilibrary.org/governance/les-jeunes-dans-la-region-mena_9789264278721-fr#page13

©OCDE Observateur n°317, T1 2019

à lire aussi sur: gouvernance, politique, jeunesse



Données économiques

PIB +0.5% T2 2019
Échanges exp -1.9% ; imp -0.9% T2 2019
Inflation annuelle 1.6% septembre 2019
Chômage 5.1% août 2019
Mise à jour: 6 novembre 2019

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