Climat : une transition juste, sans travailleurs ni communautés laissés pour compte

Il est impératif de mener une action climatique ambitieuse. Les dirigeants du G20 ont l’opportunité de renforcer l’Accord de Paris sur le climat et d’en relever l’ambition par des mesures concrètes, afin d’avancer de manière significative vers la réalisation de l’objectif « zéro émission nette » et de recueillir les bénéfices des investissements actuels en termes d’emploi et de croissance économique.

Un monde sans carbone est sans aucun doute possible, mais il nous faut faire des choix cruciaux  sur la manière de gérer la transition. Les syndicats ont lutté pour une transition juste, et ont fait inclure dans l’Accord de Paris une exigence, pour les plans nationaux, d’inclure des mesures dans ce sens.

Le rapport de l’OCDE Investir dans le climat, investir dans la croissance vient grossir le corpus de données prouvant que cette transition peut être avantageuse économiquement, créer des emplois et garantir l’avenir de l’humanité.

Pourtant, la transformation sectorielle et économique à laquelle nous sommes confrontés est la plus grande et la plus rapide de l’histoire. De plus en plus d’entreprises et d’investisseurs agissent pour éviter le risque et construire les bases d’un monde décarboné.

Néanmoins, des travailleurs et des communautés entières se trouveront laissés pour compte si les plans nationaux de développement ne sont pas inclusifs, et ne prévoient pas des mesures en faveur d’une transition juste en plus des stratégies sectorielles et d’investissement. Il est possible de prévenir les craintes, l’opposition, et même les conflits intercommunautaires et intergénérationnels en consultant les syndicats et les collectivités, et en obtenant des emplois pérennes et des possibilités de travail décent.

Chacun a besoin de pouvoir se projeter dans un avenir qui, malgré les menaces, lui offrira une sécurité et des opportunités.

La transition est en cours dans le domaine de l’énergie. En 2015, les énergies renouvelables représentaient 8,1 millions d’emplois dans le monde, et commencaient à devancer les combustibles fossiles en termes d’investissement.

Pour autant, il serait inacceptable que les travailleurs et les communautés tributaires des énergies fossiles se retrouvent livrés à eux-mêmes du fait de cette réorientation de l’investissement. Ce sont eux qui nous ont apporté la prospérité dont nous jouissons aujourd'hui. Voilà pourquoi la transformation industrielle devrait déboucher tant sur de nouvelles sources d’énergie, incarnées par de nouvelles entreprises, que sur des plans destinés à accompagner dans la transparence les entreprises existantes sur la voie des énergies renouvelables, du stockage de l’énergie et de l’efficience énergétique, avec la garantie d’un travail décent. Il n’est pas acceptable que les emplois liés aux nouvelles sources d’énergie soient moins rémunérés que ceux liés aux énergies traditionnelles, et défaire les droits et normes du travail n’est pas une solution.

Au-delà des groupes vulnérables, il s’agit aussi de penser de nouveaux procédés industriels, de nouvelles compétences utiles aux nouveaux métiers, de nouveaux investissements et les conditions requises pour instaurer une économie plus équitable, propice à la réduction des émissions, au renforcement de la résilience et à la solidarité dans la compensation des pertes et préjudices subies par ceux qui pâtissent directement des événements météorologiques extrêmes, des pénuries d’eau ou du dérèglement des saisons.

Il est crucial d’encourager un dialogue social qui permette aux autorités, aux entreprises, aux syndicats et aux groupes de la société civile de collaborer à l’échelle nationale, sectorielle et locale pour planifier la transition et promouvoir le travail décent. Ce dialogue doit impérativement porter sur les technologies propres, l’efficience énergétique, la modernisation des équipements, l’écologisation des infrastructures, l’investissement, les technologies de l’information et les systèmes de distribution numérique, ou encore la gestion de la demande dans tous les secteurs présents en amont et en aval de la chaîne logistique. La transition doit être juste et n’abandonner personne.

Il est vital que les entreprises productrices de charbon et autres combustibles fossiles implantées au sein des communautés tributaires des centrales à charbon opèrent leur transition en investissant dans les énergies, infrastructures, industries et professions nouvelles. Leur part de responsabilité dans la régénération communautaire doit être reconnue, que ce soit directement ou par le biais des mécanismes de financement de leur sortie.

Pour les villes, la construction et la rénovation écologiques, ainsi que l’électrification des transports collectifs et les services connexes promettent de nombreuses opportunités d’emplois. Bien que cela suppose d’investir sur le long terme, des emplois seront créés et la croissance s’en trouvera dynamisée.

Pour l’industrie, le recours aux énergies renouvelables doit être complété par des procédés industriels moins polluants.

Pour les travailleurs, la négociation collective assurera un appui essentiel au moment où la question du redéploiement, du recyclage ou de la reconversion se posera. Le versement des pensions aux travailleurs âgés doit être garanti. Le partage de la prospérité fondé sur la productivité des ressources doit devenir un nouveau moyen de garantir des salaires justes et des conditions de travail décentes à l’échelle planétaire.

Pour les parents du monde entier, une transition juste sera le gage que leurs enfants vivront au sein de communautés fortes et bénéficieront d’emplois de qualité.

Il existe de bons exemples de progrès. S’il existe des modèles d’instruments d’investissement de nature à sécuriser les progrès accomplis, de nombreuses lacunes demeurent malgré l’action des entreprises, des syndicats et des communautés. Faute de politiques gouvernementales, de fonds et de structures compatibles avec une transition juste, les travailleurs, les employeurs et les collectivités peinent à avancer par leurs propres moyens. En particulier, la nécessité de cibler l’investissement dans l’infrastructure, le développement régional et la protection sociale impose de pouvoir compter sur le vaste rayon d’action des gouvernements. Sans action plus affirmée de leur part, nous risquons de voir se multiplier les exemples de transition injuste, avec des travailleurs et communautés laissés pour compte.

Pour honorer les engagements de l’Accord de Paris sur le climat, les gouvernements doivent veiller à ce que les politiques climatiques de leur stratégie de décarbonation inclue des volets liés à l’emploi. Ils doivent concevoir des plans et stratégies en faveur d’une transition juste.

À cette fin, il est urgent de mettre en place des mécanismes officiels de dialogue social afin que des stratégies pour une transition juste puissent être définies selon les principes de la démocratie à tous les niveaux : communauté, région, secteur, entreprise et pays. Pour sa part, la CSI a fondé le Centre pour une transition juste, qui accompagne l’instauration de ce dialogue social vital.

Les plans en faveur d’une transition juste devraient reprendre les principes directeurs de l’Organisation internationale du travail dans ce domaine.

De leur côté, les gouvernements devraient créer des fonds pour une transition juste dans tous les pays, au profit des communautés, régions et secteurs vulnérables. Ces fonds financeront la mise en œuvre des plans pour une transition juste.

Les investissements ainsi financés devraient concerner la formation et la reconversion des travailleurs ; l’extension ou l’expansion des filets de protection sociale pour les travailleurs et leur famille ; et des programmes de subvention, de crédit et de capital d’amorçage destinés à diversifier les économies locales et régionales.

Les recommandations formulées par le Groupe de travail sur la publication d’informations financières relatives au climat (TCFD − Task Force on Climate-related Financial Disclosures) du Conseil de stabilité financière du G20 devraient inclure la présentation de plans pour une transition juste en faveur des travailleurs et communautés vulnérables, sur le modèle des plans de décarbonation et de gestion du risque climatique demandés aux entreprises.

Il conviendrait également d’imaginer des modèles d’investissement public et mixte en faveur de l’infrastructure à faible émission, afin de créer du travail décent à forte valeur ajoutée d’un bout à l’autre de la chaîne de valeur, et principalement au profit des communautés et régions vulnérables.

La priorité doit être donnée à l’investissement dans les transports publics, les énergies renouvelables, l’infrastructure connexe du réseau de transport et de stockage, les bâtiments à émission zéro et les équipements indispensables au déploiement des véhicules électriques.

Alors que, selon l’enquête mondiale de la CSI en 2017, 64 % de la population dans 15 des pays du G20 souhaite que les pouvoirs publics interviennent davantage en faveur d’une transition juste vers une économie décarbonée, les gouvernements ont pour mission d’agir.

Les pays du G20 peuvent montrer la voie en agissant à titre individuel et collectif. L’heure y est propice. Si certains dirigeants renâclent à prendre leurs responsabilités, d’autres doivent donner le ton.

Références et bibliographie

Centre pour une transition juste (Just Transition Centre) : www.ituc-csi.org/just-transition-centre.

Le rapport de l’OCDE Investir dans le climat, investir dans la croissance, paru le 23 mai, fournit une analyse de la manière de parvenir à un développement bas carbone et résilient au changement climatique sans compromettre la croissance économique, la compétitivité ou le bien-être. Le chapitre 6 porte plus particulièrement sur la problématique de la transition juste et sur la manière dont les gouvernement peuvent la gérer. Pour lire la publication, son résumé et d’autres documents connexes, voir : www.oecd.org/fr/environnement/cc/g20-climat

©L'Observateur de l'OCDE, mai 2017

à lire aussi sur: climat



Données économiques

PIB +0.6% T2 2018
Échanges exp +2.7% ; imp +3.0% T4 2017
Inflation annuelle 2,9% juillet 2018
Chômage 5.3% juillet 2018
Mise à jour: 11 sept 2018

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