Notre français à tous : une langue en partage

Gros temps sur la route de Tanger : les gabiers donnent le meilleur d'eux-mêmes ©Frégate L'Hermione

La francophonie est l’espace linguistique qui connaît la plus forte croissance. D’ici à 2065, un milliard de personnes devrait parler français. Le français se placerait alors au deuxième rang des langues internationales, derrière l’anglais. Quels sont les enjeux pour cette francophonie–et pour le monde ?  

« Pour que vive la liberté, il faudra toujours que des hommes se lèvent et secouent l’indifférence ou la résignation. » En 1776, L’Amérique combat pour sa liberté. La Fayette, 21 ans, se porte volontaire pour soutenir cette cause. Il obtient le soutien de Louis XVI et part à bord de l’Hermione apporter l’aide de la France à la jeune Amérique.

L’Hermione est restée depuis un symbole de solidarité et de liberté. En 2018, cette solidarité s’exprime toujours à bord de la réplique de l’Hermione. Cette fois, c’est l’Organisation Internationale de la Francophonie qui est à l’origine de cette belle et pacifique aventure, la proue tournée vers l’avenir.

La francophonie, ce sont 274 millions de locuteurs sur les cinq continents. La langue française se place au deuxième rang des langues les plus apprises dans le monde, après l’anglais. En novembre 2017, Emmanuel Macron indiquait : « Le français, ce sera la première langue de l’Afrique et peut-être du monde. » Comme il le soulignait, le centre de gravité de la langue française est « quelque part entre Kinshasa et Brazzaville, bien plus qu'entre Paris et Montauban ». Son rayonnement n'appartient plus à la France. Il se joue en Afrique.

Il dépendra bien sûr de la poursuite du processus de scolarisation et de l’enseignement du français dans les pays africains. Les chiffres annoncés sont éloquents. La francophonie est l’espace linguistique qui connaît la plus forte croissance : celle-ci serait de 143% entre 2015 et 2065 (62% pour l’anglais), selon l’ONU. D’ici à 2065, un milliard de personnes devrait parler français. Le français se placerait alors au deuxième rang des langues internationales derrière l’anglais. (Libération)

Dès lors, les enjeux au sein de la francophonie, qui est planétaire, seront essentiels pour l’avenir de l’humanité. Le rayonnement du français peut être mis au service de l'intégration culturelle et économique. Il s’agit de vivre ensemble, d’être libres ensemble. Cette francophonie, l’Organisation Internationale de la Francophonie la veut ouverte et solidaire. Et en action : il s’agit d’œuvrer pour la diversité linguistique et culturelle, l’économie et l’entrepreneuriat, la formation, le développement durable, les jeunes, les femmes...

Vivre ensemble ? C’est précisément l’expérience que font les 350 matelots de l’Hermione, qui viennent des quatre coins du monde. Belle diversité à bord avec des gabiers originaires de 34 États et gouvernements membres de la Francophonie, d’Haïti au Vietnam en passant par le Mali. Les dix jours de traversée qui les ont amenés de Rochefort à Tanger ont cimenté l’esprit d’équipe.

Au large du Portugal, le ciel se fâche : le bateau gîte à 40 degrés. Dans la nuit, tous les gabiers sont sur le pont, tous sur un pied d’égalité. Harnachés et actifs, ils carguent les voiles pour que le bateau ne chavire pas. Sur le pont, tout le monde veille sur son voisin. Se dépasser, physiquement et mentalement. Vaincre ses peurs et collaborer.

Je pense à Soulo, inoubliable journaliste malien, qui n’avait jamais vu la mer, « pas même navigué en pirogue sur le fleuve Niger », comme il me l’explique avec humour. Le voici qui affronte les éléments malgré un mal de mer qui ne le quitte pas. Les autres gabiers le rassurent, notamment Jimmy, Québécois solaire et fils de réfugiés cambodgiens.

Jimmy évoque ses compagnons de voyage. Il me parle des visages qu’il a rencontrés–à la manière d’un Lévinas–de ce que les gens lui disent de leur vie, de leurs envies. Il n’attend rien et recueille tout, humblement.

Jimmy parle de la francophonie comme d’une voile, qui prend toute son ampleur dans l’échange. Le français comme pont. Ce qui nous unit. Il parle des mots portés par les vents. On pense, en l’écoutant, à Saint-John Perse : « C’étaient de très grands vents, sur toutes faces de ce monde, De très grands vents en liesse par le monde (…) Qui n’avaient garde ni mesure, et nous laissaient, hommes de paille (…) Et mon avis est que l'on vive ! Avec la torche dans le vent, avec la flamme dans le vent, Et que tous hommes en nous si bien s'y mêlent et se consument, Qu'à telle torche grandissante s'allume en nous plus de clarté… ».

Jimmy est ce passeur de mots. Le français qui souffle sur les cinq continents. Il bouge, voyage et se réinvente dans la diversité et la liberté, de Kinshasa à Québec. On pense à Amin Maalouf et à ses identités meurtrières : nos identités sont d’autant plus riches qu’elles sont multiples.

« Les langues ni le soleil ne s’arrêtent plus. Le jour où elles se fixent, c’est qu’elles meurent.» (Hugo) Montaigne regarde, amusé, cette langue qu’il avait, téméraire, préférée au latin. Près de cinq siècles plus tard, elle a une vitalité de jeune fille. La « vieille dame chapeautée et gantée » que réveillait Senghor chante un rap international sur le thème « libres ensemble ». C’est une langue de désir, comme le dit Leïla  Slimani. On peut la vivre, la choisir, comme Beckett, Kundera ou Makine. Comme les 120 000 Chinois et les 500 000 Indiens qui apprennent le français aujourd’hui.

À Tanger, où mouille l’Hermione à quelques encablures du printemps, le français côtoie quotidiennement l’arabe et l’espagnol. Tanger, mythique, belle et réelle, célébrée dans ces trois langues et plus - par Tahar Ben Jelloun, Mohammed Choukri et Juan Goytisolo, entre mille autres. Tanger, ville battue par les vents et lieu de confluence entre l’Afrique et l’Europe, le Sud et le Nord, l’Ouest et l’Est, l’Atlantique et la Méditerranée. Ville dont l’immense port, Tanger Med, s’ouvre sur le monde.

À Tanger, Jimmy parle du monde comme il va–ou comme il ne va pas–inégalités, trajectoires de vie. Être né quelque part, comme le dit la chanson. Que ce soit Tanger, Alger, Paris ou Manille, donner les mêmes chances à chacun. Mais comment ?

Jimmy parle de l’importance de l’économie et du développement, dans tous les pays du monde. Il cherche une approche bien informée et concrète. Celle de l’OCDE, avec sa dimension internationale et comparative, l’intéresse. Passer de la réflexion à l’action. Combattre les inégalités, promouvoir des actions pour rendre nos vies meilleures, c’est ce que cherche à faire l’OCDE. Par le dialogue, la réflexion, la coopération internationale et l’action. En anglais, en français (les deux langues officielles de l’OCDE), comme dans d’autres langues.

Mais c’est précisément au moment où nous avons le plus besoin de coopération au niveau international que la peur, la méfiance et la tentation du repli semblent séduire de plus en plus. Dans un monde interdépendant, cette approche multilatérale est pourtant essentielle. Inégalités, développement durable, changement climatique, numérisation, fiscalité, migrations : aucun des défis qui entourent ces sujets complexes ne pourra être relevé sans coopération internationale.

Agir ensemble. L’Hermione à l’échelle mondiale.

Tous sur le pont.

Références et liens

https://www.francophonie.org/

https://www.facebook.com/LHERMIONESHIP/

http://www.oecd.org/fr/forum/

©L'Observateur de l'OCDE, mars 2018




Données économiques

PIB +0.6% T2 2018
Échanges exp +2.7% ; imp +3.0% T4 2017
Inflation annuelle 2,9% août 2018
Chômage 5.3% août 2018
Mise à jour: 10 oct 2018

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