Crue de la Seine : le spectre de 1910

©Laurent Kalfala/AFP

Le bassin de la Seine connaît un hiver très pluvieux et le niveau de la Seine augmente actuellement à grande vitesse, de 2 cm environ par heure. À la station hydrométrique d’Austerlitz, celui-ci devrait afficher un peu plus de six mètres, une hauteur qui pour les Parisiens correspond aux cuisses du Zouave du Pont de l’Alma (voir photo).

Cela correspond à la hauteur déjà atteinte en 2016 lors de la dernière crue. Nombre des grandes voies de circulation qui longent les quais sont déjà immergées, et les autorités appellent à la vigilance, non seulement à Paris, mais dans plusieurs villes françaises. Jusqu’où la situation peut-elle se détériorer ?

La crue de 2016 s’est traduite par un coût de plus d’un milliard d’euros pour les assureurs, a fait deux victimes et a fortement perturbé les réseaux de transport. Plus de 17 000 personnes ont dû être évacuées. Si les zones en amont de Paris avaient subi des dégâts considérables, la capitale à proprement parler avait été épargnée. Les autorités ont estimé qu’une hauteur de 20 cm supplémentaires aurait pu entraîner des conséquences bien plus importantes. Dans ces circonstances, l’état d’alerte doit être maintenu, et même si l’on attend officiellement la décrue au cours des prochains jours, tous les regards restent braqués sur les prévisions météorologiques.

Avant 2016, Paris n’avait pas connu de débordement majeur de la Seine depuis 1955. La hauteur maximale de référence de la Seine est celle de la grande crue de 1910, mesurée à 8,6 mètres à l’échelle d’Austerlitz, qui avait cet hiver-là donné à Paris des airs de Venise. Dans son Étude sur la gestion des risques d’inondation : La Seine en Île-de-France, publiée en 2014, l’OCDE estimait que le coût d’une crue de la même ampleur se chiffrerait aujourd’hui pour la France entre 3 et 30 milliards d’euros.

Dans cette étude, l’OCDE avait formulé 14 recommandations à suivre pour permettre à la région parisienne de renforcer sa résilience face aux crues et d’améliorer son état de préparation en cas d’urgence. Le rapport de suivi, publié cette semaine, a constaté que plus de la moitié de ces recommandations avaient été engagées mais que des difficultés liées à la gouvernance et au financement continuaient de nuire à une meilleure intégration de ce risque majeur dans les politiques urbaines.

La décentralisation et le regroupement de Paris et de sa banlieue au sein de la Métropole du Grand Paris peuvent ouvrir la voie à une gestion coopérative des crues au sein des nouvelles structures administratives. La Métropole du Grand Paris devrait collaborer étroitement avec les autorités locales d’Île-de-France, et plus largement avec celles du bassin de la Seine, afin de définir une stratégie globale et à long terme de gestion des inondations.

Le développement d’une charte pour la construction résiliente est une opportunité pour revoir sérieusement  la conception des nouveaux quartiers de densification urbaine prévus dans le cadre du Grand Paris, dont un grand nombre se trouvent en zone inondable. La modernisation des digues et murettes de protection le long de la Seine, ainsi que des infrastructures critiques exposées aux inondations pourrait être une mesure prioritaire. Un tel cadre pourrait donner une impulsion aux initiatives visant à améliorer l’état de préparation des entreprises, y compris des plus petites d’entre elles, face à ce risque majeur, et à leur permettre de poursuivre leurs activités même en cas de montée des eaux. Des exemples tirés de la reconstruction de la Nouvelle-Orléans et de l’amélioration de sa résilience après l’ouragan Katrina, ou de New York après le passage de Sandy, pourraient inciter Paris à renforcer sa propre résilience sans attendre d’être touchée par une catastrophe.

Toutes ces mesures ont bien évidemment un coût et le rapport publié cette semaine révèle que le financement de la prévention des inondations reste insuffisant. Le projet de développement d’une zone de stockage des crues – restauration des zones humides et création de bassins – à La Bassée, en amont de Paris, est évoqué depuis 20 ans. Il permettrait de retenir 55 millions de mètres cubes d’eau, pour un coût toutefois estimé à 600 millions d’euros. Afin de financer ce projet et d’autres initiatives à l’appui de la résilience face aux inondations, le gouvernement doit élaborer une stratégie plus ambitieuse, globale et à long terme, en coordination avec l’ensemble des acteurs qui tireraient parti d’une meilleure protection face aux inondations, qu’il s’agisse des opérateurs de réseaux, des entreprises ou des autorités locales. Dans cette région qui compte parmi les plus riches d’Europe, les citoyens pourraient eux aussi apporter leur contribution en s’acquittant d’une taxe inondation. Les autorités locales pourraient se pencher sur les dispositifs de financement innovants, tels que les obligations vertes, pour financer ces initiatives.

En 2024, Paris accueillera les Jeux olympiques. Forte de son ambition d’émettre 55 % d’émissions de carbone en moins par rapport aux Jeux olympiques de Londres en 2012, la capitale française entend organiser les jeux les plus verts de l’histoire. Si elle parvient à intégrer dès aujourd’hui le risque d’inondation dans sa planification, elle réussira également à les mettre à sec.

Références et liens

Pour plus d’informations, veuillez contacter Charles Baubion, Analyste de politique, Unité de Gestion des risques à l’OCDE.

Lire le rapport : http://www.keepeek.com/Digital-Asset-Management/oecd/governance/mieux-prevenir-les-inondations-de-la-seine-en-ile-de-france_9789264290082-fr#.Wm7c6k3rvIU

Lire le communiqué de presse « De nouvelles améliorations sont nécessaires pour gérer le risque d’inondation majeure à Paris et sur le bassin de la Seine » : http://www.oecd.org/fr/presse/de-nouvelles-ameliorations-sont-necessaires-pour-gerer-risque-inondation-majeure-paris-et-bassin-seine.htm

OCDE (2014), Étude de l’OCDE sur la gestion des risques d’inondation – La Seine en Île-de-France, Éditions OCDE, Paris. http://dx.doi.org/10.1787/9789264208728-en

Lire « Small Business Storm Preparedness » sur https://static1.squarespace.com/static/50dcbaa5e4b00220dc74e81f/t/   523d9e21e4b0019d4f5b07e9/1379769889160/RedHookStormPreparednessPlan.pdf

Lire “Une Seine catastrophique ?”  dans l'Observateur de l'OCDE, no 297 T4 2013

©L'Observateur de l'OCDE Janvier 2018

à lire aussi sur: crue, Paris, seine, inondation, eaux, fleuve, 1910



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Chômage 5.2% mai 2018
Mise à jour: 02 août 2018

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