Les océans, nouveaux dépotoirs

Dimitar Dilkoff/AFP

Les océans du monde se dégradent sous l’effet d’une accumulation sans précédent et constante de déchets. Essentiellement issus d’activités humaines, ces débris marins sont entraînés par les courants, souvent très loin de leur lieu d’origine. Ils s’accumulent dans tous les océans, généralement loin de nos côtes, et contaminent leurs eaux comme leurs écosystèmes.

Ils sont composés surtout de plastiques, matières non biodégradables : sur les 300 millions de tonnes de plastiques produites chaque année dans le monde, entre 5 et 12,7 millions de tonnes sont rejetées dans nos océans.

Acheminés par les cours d’eau, les déchets finissent par atteindre les océans où ils forment de gigantesques plaques de détritus autour du globe. Environ 80 % de la grande plaque (ou vortex) de déchets du Pacifique, d’une superficie égale à deux fois celle de la France, est le produit d’activités terrestres en Amérique du Nord et en Asie. La plupart de ces débris coulant vers le fond, la majeure partie (environ 70 %) des déchets qui contaminent l’eau ne sont pas visibles.

Les espèces marines courent le risque d’être piégées dans ces plastiques ou, en les prenant pour de la nourriture, d’être victimes d’étouffement, de blessures, d’intoxications chimiques ou d’inanition. La « pêche fantôme » est imputable à cette « soupe » où des engins de pêche perdus, abandonnés ou rejetés en mer continuent de capturer ou tuer la faune marine et de détériorer les habitats, portant atteinte aux stocks de poissons et à leur qualité. Les faits sont là : les tortues de mer ingèrent des sacs plastiques qu’elles prennent pour des méduses et, dans les îles Midway, un poussin d’albatros sur trois meurt par ingestion de débris plastiques.

Plus alarmant encore, les plastiques se décomposent en minuscules microplastiques qui libèrent des substances chimiques toxiques et entrent dans la chaîne alimentaire, contaminant notre nourriture. Ces déchets compromettent l’accès à de l’eau propre et la gestion durable des hydrosystèmes.

En plus de menacer les espèces marines, les écosystèmes et les ressources alimentaires, les plastiques engendrent d’énormes coûts socio-économiques et des dégâts écologiques. Les dommages mondiaux provoqués par les plastiques sur le milieu marin sont estimés par le PNUE à 13 milliards USD par an, et ils s’élèvent à plus de 75 milliards USD si l’on tient compte du coût total en capital naturel du plastique utilisé dans les biens de consommation.

De la santé publique au tourisme, les coûts socio-économiques des débris marins sont élevés. Plus leur volume dans les océans est important, plus le coût du nettoyage des côtes augmente et plus la perte de recettes est lourde. En Californie, le coût d’une initiative de nettoyage des plages menée sur six ans pour juguler la baisse de recettes touristiques est estimé à 51 millions USD (OCDE, 2016). La pollution bactérienne des plages de Californie du Sud s’est accompagnée d’une hausse des dépenses de santé, dont le montant annuel est estimé à 400 millions USD par an. D’après un rapport, dans la seule région Asie-Pacifique, les secteurs de la pêche, du transport maritime et du tourisme perdent chaque année 1,26 milliard USD à cause des dégâts provoqués par les déchets marins. Le coût annuel cumulé d’une mauvaise gestion des océans est estimé à 200 milliards USD.

Les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies soulignent l’urgence d’améliorer et de préserver la santé de nos hydrosystèmes. L’Objectif 14 concerne directement l’exploitation durable des océans, des mers et des ressources marines et, parmi ses sept cibles, la cible 14.1 appelle à prévenir et réduire nettement la pollution marine de tous types d’ici à 2025.

Des océans en bonne santé contribuent à l’élimination de la pauvreté (Objectif 1) en créant des moyens de subsistance durables et des conditions de travail décentes dans de nombreux secteurs : pêche et aquaculture marine, transport maritime et construction navale, ports, tourisme, industrie pétrolière et gazière, et exploitation minière. Pour des milliards d’habitants de la planète, la préservation de nos océans est synonyme d’une sécurité de l’emploi renforcée, d’une alimentation plus saine et d’une meilleure protection sociale. La pollution plastique constitue aussi une menace directe pour la sécurité alimentaire (Objectif 2) car elle atteint les stocks halieutiques, et contamine la chaîne alimentaire par les microplastiques.

D’après des études, faute d’une amélioration des infrastructures de gestion des déchets à terre, la quantité de plastiques pénétrant dans le milieu marin risque de croître de près de 40 % d’ici à 2025. Le problème ne fera qu’empirer.

Faire reculer l’impact de la pollution marine ne sera pas facile. L’élimination de moins de 1 % des déchets du Pacifique nord nécessiterait 67 navires pendant une année entière. Comme l’a souligné le Plan d’action du G20 contre les déchets marins, il faut combler bien des lacunes en termes de données avant de pouvoir élaborer et mettre en œuvre des politiques de préservation et de protection adéquates de nos hydrosystèmes. En attendant, une démarche d’économie circulaire fondée sur le recyclage, la réutilisation des matières et la réduction des déchets contribuerait à empêcher les déchets terrestres d’entrer dans les océans.

Le caractère planétaire du phénomène exige une approche intégrée. Pouvoirs publics, chercheurs, responsables politiques, secteur privé, industriels, grands utilisateurs de matières plastiques et de produits chimiques, et citoyens doivent prendre leurs responsabilités et jouer un rôle actif dans la recherche d’une solution.

Le Forum 2017 de l’OCDE sur la croissance verte et le développement durable (CVDD) intitulé « Verdir l’économie des océans », prévu les 21 et 22 novembre à Paris, étudiera les idées, solutions et actions envisageables pour nettoyer nos océans et préserver l’avenir de notre planète.

Pour de plus amples informations sur le Forum sur la croissance verte et le développement durable, voir : http://www.oecd.org/greengrowth/ggsd-2017.

Références et liens

OCDE (2016), L’économie de la mer en 2030, Éditions OCDE, Paris, http://dx.doi.org/10.1787/9789264275928-fr

OCDE (2017), Marine Protected Areas : Economics, Management and Effective Policy Mixes, Éditions OCDE, Paris, http://dx.doi.org/10.1787/9789264276208-en

Watkins, Emma et al. (2015), Marine litter : socio-economic study, rapport exploratoire, Institute for European Environmental Policy, Londres, Bruxelles, https://www.g7germany.de/Content/DE/_Anlagen/G7_G20/2015-06-01-marine-litter.pdf?__blob=publicationFile&v=4

©L'Observateur de l'OCDE n°312 T4 2017

à lire aussi sur: environnement



Données économiques

PIB +0.6% T2 2018
Échanges exp +2.7% ; imp +3.0% T4 2017
Inflation annuelle 2,9% août 2018
Chômage 5.3% août 2018
Mise à jour: 10 oct 2018

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