Deux fois moins de tués sur les routes en 2020, une priorité mondiale de santé

Chaque année, les accidents de la route font 1,25 million de morts et 50 millions de blessés graves dans le monde. Pourtant prévisible et évitable, ce problème endémique cause d’immenses pertes économiques et grève les systèmes de santé publique. Heureusement, la communauté internationale lui accorde désormais une attention prioritaire puisque l’ONU a placé la sécurité routière au nombre des Objectifs de développement durable relevant de la santé, le but étant de réduire de moitié le nombre des tués et blessés sur les routes à l’horizon 2020. Il ne saurait y avoir plus forte injonction d’agir contre ce fléau, première cause de mortalité chez les jeunes du monde entier. 

Pour atteindre cet ambitieux objectif de l’ONU, les gouvernements doivent revitaliser leurs politiques de sécurité routière et adopter d’efficaces stratégies de prévention des accidents de la route. Ils seront désormais aidés dans cette tâche par les conseils d’experts formulés dans le dernier rapport du Forum international des transports (FIT), intitulé Zéro tué et blessé grave sur les routes : mener un changement de paradigme dans la sécurité routière. Fondé sur l’expérience des pays qui ont le mieux réussi à réduire le nombre des victimes d’accident, il part du principe que les décideurs ne doivent plus considérer les traumatismes et décès routiers comme une fatalité.

Plutôt que de rejeter la responsabilité des accidents sur les victimes, préconise le FIT, il convient de concevoir un « système sûr » suivant le principe que, si l’erreur humaine est inévitable, les accidents de la circulation ne doivent pas nécessairement faire de victimes. Ce système consiste à déployer un arsenal de mesures visant à rendre sûrs les véhicules, les routes et la conduite, de sorte qu’en cas d’accident, les forces d’impact n’excèdent pas les limites physiques du corps humain ni n’entraînent de blessures graves ou de décès.

Un message central du rapport est qu’il appartient à tous de concevoir, de gérer et d’utiliser les systèmes de circulation routière limitant les risques d’accident. Il importe donc que les décideurs concentrent simultanément leurs efforts sur l’infrastructure routière, les technologies de véhicule et le comportement. La gestion de la vitesse constitue également un puissant levier  surtout au profit des usagers vulnérables, qui représentent près de la moitié des tués dans les accidents de la circulation  puisqu’éviter une vitesse de collision supérieure à 30 km/h peut sauver bien des vies.

Il reste encore beaucoup à faire. D’après l’Organisation mondiale de la santé, trop de pays sont dépourvus du cadre juridique indispensable pour prévenir efficacement les accidents de la route. Ainsi, seuls 44 dans le monde disposent d’une réglementation exemplaire sur le port du casque ; 34 d’une législation optimale sur l’alcool au volant ; et 40 des règles les plus strictes concernant la sécurité des véhicules. Trop souvent, les pays à revenu faible ou intermédiaire investissent dans de nouvelles routes qui élèvent les vitesses de circulation, mais négligent les aménagements des bas-côtés qui protègent conducteurs et usagers vulnérables.

Les ministres de la Santé et les acteurs de la santé publique ont un rôle crucial à jouer dans la prévention des accidents de la route. Le secteur de la santé, en plus d’apporter les premiers secours et les soins de traumatologie, dont dépendent les taux de survie et de guérison, a un rôle notable à jouer dans le déploiement d’un « système sûr ». Par exemple, les données hospitalières concourent à la définition des priorités de la politique de sécurité routière.

La question du financement est tout aussi fondamentale. À l’exception notable de Bloomberg Philanthropies et de la Fondation de la FIA, le soutien des donateurs à l’appui des initiatives nationales, régionales et mondiales concernant la sécurité routière est trop rare. En 2016, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution prônant la création d’un fonds d’affectation spéciale pour la sécurité routière. Cette proposition vient à point nommé car ce fonds pourrait, avec la dotation appropriée, apporter le soutien nécessaire au renforcement des capacités pour prévenir les accidents de la route dans les pays à revenu faible et intermédiaire, qui totalisent près de 90 % des décès routiers enregistrés dans le monde.

Alors que la sécurité routière est désormais au nombre des priorités mondiales liées à la santé, et que les experts du FIT ont formulé des recommandations précises à l’intention des pouvoirs publics, la situation n’a jamais été aussi favorable pour qu’une action concertée et mondiale permette de rendre les routes sûres.

NB: Le Forum international des transports (FIT) de l’OCDE a reçu en 2016 le Prix international de sécurité routière du Prince Michael de Kent pour son « leadership dans l’amélioration de la sécurité routière à travers le monde ».

Références

FIT (2016), Zéro tué et blessé grave sur les routes : mener un changement de paradigme dans la sécurité routière, disponible (en anglais) sur www.itf-oecd.org/zero-road-deaths

OMS (2015),  Rapport de situation sur la sécurité routière dans le monde, voir www.oms.int

Résolution 70/1 de l’Assemblée générale de l’ONU en date du 25 septembre 2015, intitulée « Transformer notre monde : le Programme de développement durable à l’horizon 2030 », objectif 3.6 (Santé et bien-être), voir www.un.org/fr

Résolution 70/260 de l’Assemblée générale de l’ONU en date du 15 avril 2016, intitulée « Amélioration de la sécurité routière mondiale », paragraphe 29, voir www.un.org/fr

©L'Observateur de l'OCDE n°309 T1 2017




Données économiques

PIB +0,43% T1 2017
Échanges exp +3,0% ; imp +4,0% T1 2017
Inflation annuelle 2,4% avril 2017
Chômage 6,008% mars 2017
Mise à jour: 22 juin 2017

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