Soins axés sur la personne : n’oubliez pas les infirmiers !

Présidente du Conseil international des infirmières

©Arno Massee/Science Photo Library

La notion de « soins axés sur la personne » ne ressort-elle que d’un jargon visant à dissimuler des restrictions budgétaires et un moindre accès aux soins courants ? Ou peut-elle améliorer la santé et le bien-être de la population, tout en rendant le système de santé plus efficace et moins coûteux ? Telle est la question existentielle et fondamentale à laquelle doivent répondre ceux qui déterminent l’action publique, ceux qui la financent, mais aussi les citoyens et les professionnels de santé au sens large.

Sur le plan des soins infirmiers, cette question peut être abordée sous plusieurs angles. La pratique infirmière part du principe que chaque patient est unique, même s’il peut souffrir de la même maladie que des millions d’autres personnes à travers le monde, par exemple diabète ou hypertension artérielle. Pour assurer une prise en charge véritablement optimale de la maladie, au-delà des seuls soins médicaux, il faut prendre en compte les facteurs sociaux, ethniques, géographiques et autres qui sont également déterminants pour la santé. C’est là que, loin de tout jargon creux et inutile, la notion de « soins axés sur la personne » peut être déterminante, en favorisant un traitement réellement différencié de chaque patient et de sa maladie.

Le personnel infirmier a un rôle central à jouer à cet égard. Il est au contact du plus grand nombre de personnes. À l’échelle mondiale, 16 millions d’infirmières et d’infirmiers interviennent auprès des 7 milliards d’habitants de la planète. De plus, de nombreuses enquêtes d’opinion montrent que le personnel infirmier est celui qui inspire le plus confiance, toutes professions, médicales ou non, confondues. Il joue un rôle moteur dans la qualité des soins en servant d’interface entre des patients et familles, souvent très inquiets, et les médecins, pharmaciens et intervenants non hospitaliers. Pour que les résultats souhaités puissent être atteints, les patients et les médecins ont besoin d’infirmiers qui soient de véritables partenaires et jouent un rôle moteur dans les soins. Notons que les infirmiers sont habitués à jouer collectif : malgré leur charge de travail, leurs connaissances, leurs compétences et leurs qualifications, ils sont loin d’occuper une position privilégiée sur le plan de la rémunération ou de l’influence.

Ces considérations sont pertinentes parce qu’il est essentiel d’établir une relation thérapeutique placée sous le signe de la confiance entre les professionnels de santé et la population si l’on veut que les individus prennent un risque et adoptent une culture de « soins axés sur la personne ». Le personnel infirmier est un maillon essentiel, qu’il s’agisse d’informer les patients et de leur donner confiance en tant que partenaires, ou d’assurer une coopération sans heurts entre médecins et professionnels de santé. Sans la confiance et l’appui des infirmiers, il sera impossible de créer le partenariat essentiel aux soins axés sur la personne.

Une fois ce rapport noué entre l’infirmier, ou un autre professionnel du soin, et la personne, la famille et la collectivité, le transfert de pouvoir et l’adoption conjointe des décisions relatives à la prise en charge du patient peuvent devenir des réalités.

La technologie peut devenir un outil précieux pour que le contrôle reste entre les mains de la « personne ». Pour cela, elle doit permettre au dialogue, aux connaissances et aux partenariats de se développer et s’appuyer sur les rapports existants. Il faut toutefois être conscient que la technologie ne peut se substituer à la relation fondamentale entre l’infirmier et son patient.

Tout cela semble évident et simple, mais pourquoi la réalité est-elle si différente ? Les raisons en sont nombreuses. Reconnaissons néanmoins que si, en théorie, les infirmiers peuvent adhérer à l’idée que chacun est maître de son destin, ils contribuent en pratique, et depuis trop longtemps, à un modèle de forte dépendance. Nous utilisons des mots, des termes et de multiples abréviations et acronymes obscurs, et les patients se retrouvent face à un mur, convaincus qu’ils sont incompétents et inaptes à accéder au temple du savoir médical, craignant même de nous poser des questions intelligentes sur leur propre santé. Pour changer cela, nous devons opérer une révolution culturelle et établir clairement que le patient est celui qui détient le contrôle de sa santé, et que notre rôle, en tant qu’infirmiers et professionnels de santé, est tout au plus d’être ses partenaires dans la gestion de réalités humaines souvent très complexes.

Outre cette révolution culturelle, il nous faut procéder à une révolution éducative, pour cesser de nous poser en détenteurs des savoirs et des solutions, et devenir des facilitateurs. Nous devons travailler aux côtés de patients informés et autonomes afin de favoriser l’accès au bien-être physique, mental et social.

Réussir cette transformation peut nous permettre de faire un bien meilleur usage de notre temps, de nos efforts et de nos ressources, au sein d’une société en meilleure santé, plus dynamique et plus active sur le plan économique.

Les concepts et les modèles sont bien posés mais, pour franchir le pas et lancer une nouvelle génération de réformes vraiment axées sur la personne, tous les acteurs pertinents doivent être associés à la démarche, y compris le personnel infirmier. J’en appelle aux ministres de la Santé, de l’Éducation et des Finances, responsables de l’action et des finances publiques, professionnels de santé qui intervenez sur ce dossier crucial : laissez le personnel infirmier et les patients véritablement participer au débat politique sur ces questions, et transformer le simple jargon en une nouvelle réalité profitable à tous.

Voir www.icn.ch

Twitter: @JudithShamian

©L'Observateur de l'OCDE n°309 T1 2017




Données économiques

PIB +0,43% T1 2017
Échanges exp +3,0% ; imp +4,0% T1 2017
Inflation annuelle 2,4% avril 2017
Chômage 6,008% mars 2017
Mise à jour: 22 juin 2017

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