Parité : mobilisons les hommes !

Représentante de l’Australie au W20

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Lancé en 2015 par le G20, le Women 20 (W20) marque une étape importante sur la voie de l’égalité hommes-femmes. Pour relever ce défi, l’implication des hommes pourrait être décisive en 2017.

Aussi inimaginables aient-ils été pour certains, les évènements qui ont marqué 2016 s’inscrivent incontestablement dans le cadre d’un processus d’ajustement  mondial : élection d’un nouveau président aux États-Unis, désignation d’une femme Premier ministre au Royaume-Uni après le Brexit, et nombre d’autres changements politiques, sociaux et économiques, sur fond d’inquiétudes croissantes sur les inégalités, les conflits et le changement climatique.

Néanmoins, même si le monde semble « dévier vers les extrêmes », comme l’écrivait un chroniqueur du Financial Times, les conditions sont aussi réunies pour que l’année 2017 soit celle des opportunités.

À l’approche du troisième Sommet du W20 qui se tiendra à Berlin en avril 2017, je me sens à la fois privilégiée et nerveuse devant nos opportunités. Privilégiée, en tant que représentante de l’Australie, de pouvoir m’appuyer sur le travail exceptionnel accompli au Sommet du G20 à Brisbane en 2014, sommet qui a marqué l’histoire pour avoir fixé l’objectif d’une réduction de 25 % de l’écart de taux d’activité entre hommes et femmes dans les économies du G20 d’ici 2025.

Rappelons que le G20 est un forum économique : à ce titre, comme l’a expliqué ma collègue australienne Susan Harris Rimmer, il apparaîtrait comme totalement dépassé si la présidence allemande de 2017 n’accordait pas à « l’économie des femmes » toute l’importance qu’elle mérite, en libérant encore davantage le potentiel des femmes comme moteurs de la croissance inclusive.

Je pense que nous n’avons plus besoin de convaincre les gens que l’investissement dans l’égalité des chances – et la diversité – est synonyme de croissance décuplée et durable dans tous les secteurs d’activité. De fait, selon un rapport de McKinsey largement relayé, l’égalité des chances entre femmes et hommes pourrait ajouter 12 000 milliards USD supplémentaires à la croissance mondiale d’ici 2025.

En avril, au sommet du W20, nous devons donc impérativement présenter des chiffres, examiner des résultats quantifiables, et dévoiler les succès et les échecs. Nous devons surtout faire ressortir la tendance sous-jacente afin de nous éclairer sur la voie à suivre. Cette tendance mettra certainement en évidence les ajustements que nous devons effectuer.

Ce qui m’amène à la raison de ma nervosité : quelle est la place des hommes ?

Le W20 est une initiative novatrice, capable d’ouvrir de nouvelles possibilités là où échouent les Nations Unies, le Forum économique mondial ou même l’ASEAN. Notre mission consiste à encourager l’autonomisation économique des femmes, dans les économies du G20 et dans le monde entier.

Nous coopérons avec d’autres organisations comme l’ONU, et nous bénéficions bien sûr du soutien de la Chancelière Angela Merkel, présidente du G20 en 2017. Conformément à la charte du W20, l’Allemagne invite des femmes du monde de l’entreprise à organiser cette manifestation : le sommet d’avril sera placé sous l’égide du Conseil allemand des organisations de femmes et de l’Association des femmes entrepreneurs allemandes.

Mon problème, c’est que notre sommet réunira essentiellement des femmes, qui s’adresseront à d’autres femmes. Or je pense que le W20 ne pourra réaliser pleinement son potentiel que si nous impliquons des hommes dans nos débats et nos engagements. Comment pouvons-nous progresser si nos participants ne sont pas divers et pertinents ?

Ma nervosité est apparue lors d’un panel organisé avec six autres femmes dans le cadre du Forum annuel de l'OCDE à Paris en juin 2016, pour débattre de l’objectif du G20 de réduire de 25 % l’écart de taux d’activité entre hommes et femmes d’ici 2025. Il était encourageant de voir l’engagement de l'OCDE à atteindre cet objectif essentiel et à sensibiliser sur la nécessité de mesurer les progrès à cet égard. Cependant, je remercie souvent en silence l’homme qui s’est levé dans le public pour demander pourquoi aucun homme ne participait à ce panel.

Car c’est à ce moment que j’ai compris : il est évident que les hommes doivent être impliqués dans tout ce qui concerne le progrès économique. Nos discours sur la diversité, la collaboration et la coopération sont vains si nous ne les mettons pas en pratique pour atteindre nos objectifs. Sans l’implication des hommes, nous risquons de nous retrouver piégées dans notre sphère d’influence toujours plus limitée, frustrées que les choses n’avancent pas aussi vite que nous le souhaitons. Un ajustement s’impose.

Nous avons beaucoup à faire pour préparer le W20 de 2017. Lors des deux sommets précédents, nous avons appelé les chefs d’État et de gouvernement du G20 à :

  • soutenir l’entrepreneuriat des femmes et lancer des programmes spécifiques ;
  • améliorer l’accès des femmes au crédit, à la formation, à l’information et au soutien technique ;
  • prendre des mesures pour que les administrations publiques et les grandes entreprises comptent davantage de femmes parmi leurs fournisseurs ;
  • et, surtout, définir des objectifs et rendre compte des progrès accomplis dans tous les domaines.

Mobilisons les hommes et impliquons-les dans la réalisation de ces objectifs, et d’autres. Après tout, dix-sept des vingt chefs d’État et de gouvernement du G20 réunis à Brisbane en 2014 pour approuver l’objectif de 2025 étaient des hommes.

Si nous pouvons procéder aux ajustements nécessaires en 2017, notre sommet en Allemagne sera l’occasion d’accomplir des progrès encore plus importants, ce qui contribuera aussi à apaiser ma nervosité.

Références

www.fulworks.com.au/

TWITTER: @annefulwood

Clarke, R (2014), « Vers une économie de l'égalité hommes-femmes », L'Observateur de l'OCDE n°300, Q3

McKinsey (2015), “How advancing women’s equality can add $12 trillion to global growth”, disponible sur www.mckinsey.com/global-themes/employment-and-growth/how-advancing-womens-equality-can-add-12-trillion-to-global-growth

www.oecd.org/fr/parite

©L'Observateur de l'OCDE n°308 T4 2016




Données économiques

PIB +0.6% T3 2017
Échanges exp +4.3% ; imp +4.3% T3 2017
Inflation annuelle 2,3% septembre 2017
Chômage 5.7% septembre 2017
Mise à jour: 14 nov 2017

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