La Malaisie peut-elle devenir un pays à revenu élevé d’ici 2020 ?

Département des affaires économiques de l’OCDE

Actuellement, pour trouver une source d’encouragement dans la conjoncture économique mondiale incertaine, il suffit d’examiner la Malaisie. Car, comme les célèbres tours Petronas qui illuminent la capitale Kuala Lumpur, ce pays fédéral multiforme d’Asie du Sud-Est de plus 31 millions d’habitants brille par la résilience et la vigueur de son économie. La Malaisie peut-elle poursuivre sur cette lancée prometteuse et atteindre ses ambitieux objectifs ?

De fait, depuis son indépendance en 1957, la Malaisie n’a pas regardé en arrière. Elle a enregistré près d’un demi-siècle de croissance économique rapide et inclusive, le PIB réel ayant augmenté de 6,4 % par an en moyenne depuis 1970. Autrefois tributaire de l’agriculture et des exportations de produits de base, cette croissance lui a permis de diversifier et moderniser son économie. Elle est également ouverte et compétitive, étroitement liée aux chaînes de valeur mondiales, notamment pour la fabrication de produits électroniques, de machines et équipements et de produits médicaux.

Ces liens ont aidé la Malaisie à se remettre rapidement de la crise financière asiatique de 1997-1998. La résilience de son économie a été encore démontrée par une reprise tirée par la demande après la crise financière mondiale de 2007-2008. Récemment, la Malaisie a régulièrement devancé la plupart de ses homologues régionaux dans la course à la convergence.

De fait, son PIB par habitant est non seulement supérieur à la moyenne de l’ASEAN mais aussi à celui de certains pays de l’OCDE aujourd’hui. Et comme le souligne la toute première Étude économique de la Malaisie publiée en novembre par l’OCDE, la pauvreté et les inégalités de revenus ont nettement diminué, d’où l’émergence d’une classe moyenne relativement large et grandissante.

Le 11e Plan du gouvernement malaisien (2016-2020) souligne la nécessité de renforcer l’inclusion sociale. Il vise notamment à rehausser le niveau de vie des 40 % des ménages les plus pauvres, à réduire les écarts de revenus et d’infrastructures entre les États riches et pauvres, et à renforcer la participation des femmes à l’économie.

Un autre objectif essentiel est de poursuivre l’assainissement progressif des finances publiques, après avoir ramené le déficit budgétaire d’un pic de 6,4 % du PIB en 2009 aux 3,1 % prévus en 2016. Ces progrès doivent beaucoup à des réformes structurelles majeures. Côté recettes, le gouvernement a instauré un impôt sur la consommation sous forme de taxe sur les produits et services (TPS) en avril 2015, permettant ainsi d’améliorer le recouvrement des impôts et de le rendre plus transparent, et d’élargir une base d’imposition excessivement étroite. La Malaisie est l’un des principaux pays exportateurs de pétrole et de gaz, et l’application de la TPS a contribué à compenser la forte baisse des cours du pétrole, la part des recettes budgétaires imputable au pétrole et au gaz ayant diminué de moitié entre 2014 et 2016, à un sixième. Côté dépenses, les autorités ont lancé en 2009 un vaste programme de rationalisation des subventions énergétiques et alimentaires, maintenant achevé en grande partie.

Pour amortir l’impact politique et économique de la TPS et de la suppression des subventions, en particulier pour les revenus modestes, le gouvernement a mis en place en 2012 un programme de garantie de revenu baptisé BR1M, qui implique des transferts de revenus aux 40 % des ménages les moins riches. En outre, le gouvernement a prévu des exonérations importantes (sans doute trop) de TPS pour divers produits comme les fruits, les légumes, l’huile de cuisson et l’essence, que ces catégories à faible revenu sont plus susceptibles de consommer.

Au-delà de cette stratégie inclusive, la réussite économique malaisienne a aussi été soutenue par une politique monétaire et financière prudente, menée par une banque centrale indépendante et rigoureuse. La Malaisie a le troisième marché obligataire d’Asie et promeut la finance islamique à l’échelle mondiale. Les autorités malaisiennes ont tiré un enseignement salutaire de la crise asiatique de 1997-98 : la nécessité de mesures macroprudentielles, telles qu’un système rigoureux de réserves obligatoires imposées aux établissements financiers et un plafonnement de l’endettement lié aux achats de logements, mesures qui ont aidé le pays à gérer la volatilité des flux de capitaux et des prix des actifs ces dernières années.

Néanmoins, l’environnement mondial dégradé et incertain laisse présager encore des turbulences, compte tenu de l’atonie de la croissance des échanges mondiaux, des répercussions des efforts de rééquilibrage en Chine et de la faiblesse des prix des produits de base. Pour que la convergence vers les pays à revenu élevé soit effective en 2020, comme le souhaite le gouvernement, il est clair que la Malaisie devra engager des réformes difficiles, en particulier dans deux domaines.

Premièrement, la croissance de la productivité doit être relancée de façon durable. Un moyen d’y parvenir serait de redoubler d’efforts pour améliorer les niveaux d’instruction, surtout la maîtrise de l’anglais, et pour accroître l’offre de diplômés employables, notamment en s’appuyant sur l’enseignement et la formation techniques et professionnels. La Malaisie est déjà une économie ouverte, mais elle bénéficierait d’une libéralisation plus poussée des échanges et de l’investissement, conjuguée à un renforcement de la politique de la concurrence, en particulier dans les télécommunications. Par ailleurs, le droit de la faillite archaïque doit être modernisé pour s’aligner sur les meilleures pratiques internationales, car cela stimulerait l’activité dans le secteur des services et renforcerait les petites et moyennes entreprises. La productivité dans le secteur public pourrait également être améliorée, notamment en réduisant les chevauchements entre organismes publics, en décentralisant davantage de fonctions et en révisant la passation des marchés publics pour en améliorer la transparence et favoriser la mise en concurrence.

Le deuxième axe prioritaire pour la Malaisie est de favoriser une croissance plus inclusive. Cela implique principalement de remédier à l’emploi informel et à l’absence de système de sécurité sociale intégré et ciblé. Un système de protection sociale plus complet est nécessaire, en particulier la mise en œuvre longtemps différée d’un régime d’assurance chômage. Les taux d’activité des femmes et des seniors pourrait être stimulés en flexibilisant les modalités de travail et en investissant dans l’accueil des jeunes enfants, ainsi que dans les programmes de formation tout au long de la vie et de reconversion. Renforcer la connectivité numérique, en particulier l’accès au haut débit, contribuerait également à réduire les écarts entre les États riches et pauvres.

La Malaisie doit aussi relever le défi du vieillissement. L’âge de la retraite a été repoussé à 60 ans, mais il demeure bas par rapport aux pays de l’OCDE. Un relèvement de l’âge de la retraite, une réduction des dérogations permettant aux salariés du secteur privé de procéder à des retraits anticipés du Fonds de prévoyance des salariés, et le passage à un régime à cotisations définies pour les futurs employés du secteur public devraient être envisagés pour aider le pays à se préparer à l’augmentation des dépenses de retraite.

La Malaisie a réalisé des progrès considérables et s’est fixé des objectifs ambitieux. Poursuivre les réformes structurelles pour renforcer la productivité et favoriser une croissance plus inclusive pourrait permettre à ces objectifs de devenir, comme les tours Petronas, une brillante réalité.

Références

OCDE (2016), Economic Surveys : Malaysia Economic Assessment, Éditions OCDE

OCDE (2016), Economic Outlook for Southeast Asia, China and India 2016, janvier, avec mise à jour de juin et notes par pays, http://dx.doi.org/10.1787/saeo-2016-en

Rizwan, Mohamed (2016), « Successful macro transformation in Malaysia, but challenges remain », Blog Ecoscope de l’OCDE, http://oe.cd/1GM

OCDE (2009), « Finance islamique : Un placement d’avenir ? », L’Observateur de l’OCDE, n° 275, novembre 2009, http://oe.cd/1Hx

©L'Observateur de l'OCDE n°308 T4 2016




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