Nous devons répondre au sentiment de défiance envers les migrations

Directeur, Direction de l’emploi, du travail et des affaires sociales de l’OCDE

Ressources humaines : quelques-uns des 12 millions d’immigrants entrés aux États-Unis via Ellis Island entre 1892 et 1954 ©Archive/Alamy

Les citoyens croient de moins en moins en la capacité des gouvernements à gérer l’immigration. Les sondages d’opinion dans de nombreux pays indiquent qu’une part croissante de la population adhère aux discours extrêmes rejetant l’immigration, lesquels sont davantage présents dans le débat public. Ce phénomène s’explique en partie par le sentiment que les arrivées massives de migrants ne sont pas près de s’arrêter et que les pays ne maîtrisent plus la situation.

Les gens s’inquiètent de l’impact à court terme de l’afflux de migrants, et notamment de réfugiés, et beaucoup pensent que l’immigration représente une menace pour leur sécurité économique, sociale et individuelle. Les préoccupations portent souvent sur le manque de contrôle de l’immigration et la perméabilité des frontières ; sur le poids que les immigrés font peser sur les services locaux comme le logement social, la santé et l’éducation, au détriment des populations locales ; sur le bénéfice qu’apporte l’immigration aux riches, les pauvres se trouvant en concurrence avec les immigrés pour accéder à des emplois peu qualifiés et subissant une pression à la baisse sur leur salaire ; et sur le manque de volonté d’intégration des immigrés, certains rejetant même les valeurs des sociétés d’accueil.

Dans la plupart des pays pourtant, les réfugiés ne représentent qu’une part relativement faible de l’immigration totale. L’OCDE a recueilli de nombreuses données montrant que les effets de l’immigration à moyen et à plus long terme sur les finances publiques, la croissance économique et le marché du travail sont globalement positifs. Mais ce message n’est pas relayé. Les arguments démographiques et macroéconomiques en faveur de l’immigration, si fondés soient-ils, semblent abstraits et valables seulement à long terme. Ils n’ont donc qu’un impact limité sur l’opinion publique et prêchent essentiellement des convertis. Les gouvernements doivent élaborer de meilleurs arguments, plus concrets, afin de contrer les voix qui s’élèvent contre l’immigration.

La réalité est que les migrations font partie de la vie, et qu’elles vont continuer. Environ 120 millions d’individus vivant dans les pays de l’OCDE sont nés ailleurs, et un individu sur cinq est immigré ou né d’un parent immigré. En moyenne, ces dix dernières années, plus de quatre millions de nouveaux arrivants se sont installés chaque année de façon permanente dans les pays de l’OCDE.

Si nous voulons tirer pleinement parti de l’immigration et apaiser les dissensions sociales qui semblent apparaître dans de trop nombreux pays, les gouvernements doivent intervenir sur trois fronts principaux.

Les pays doivent reconnaître que l’impact de l’immigration n’est pas le même pour tout le monde, et réfléchir à des solutions. Les immigrés sont presque toujours concentrés dans des régions spécifiques et des zones urbaines, souvent les plus défavorisées. L’impact local de l’immigration de grande ampleur peut s’avérer beaucoup plus marqué qu’au niveau national, voire aller en sens opposé. Par exemple, les Perspectives des migrations internationales de l’OCDE indiquent qu’un afflux soudain d’immigrés peut aggraver des problèmes structurels anciens et mettre à rude épreuve les infrastructures locales, comme le logement, les transports et l’éducation.

De même, bien que ce soit rarement le cas, l’arrivée de nombreux immigrés peu qualifiés dans une région peut avoir, dans certaines circonstances, un impact négatif sur les perspectives d’emploi locales des résidents peu qualifiés déjà présents. Pour être efficace, toute intervention des pouvoirs publics doit renforcer les services publics locaux éprouvés par l’augmentation du nombre d’immigrés et s’assurer que l’application du salaire minimum et des autres réglementations du marché du travail est rigoureusement respectée.

Les défis mondiaux appellent des solutions mondiales. Laisser les pays gérer seuls les arrivées massives de migrants, comme cela a récemment été le cas avec la crise des réfugiés, n’est pas une bonne solution. La coopération internationale doit s’intensifier, chaque pays apportant sa propre contribution. […]

Nous avons besoin d’une nouvelle génération de politiques migratoires efficaces pour relever les défis du XXIe siècle. Ces politiques doivent être mondiales, parce qu’aucun pays ne peut gérer seul un afflux inattendu de personnes, mais aussi locales, parce qu’elles doivent favoriser l’intégration rapide et efficace des personnes appelées à s’installer, et répondre aux préoccupations spécifiques de celles qui estiment ne pas bénéficier directement de l’immigration et qui craignent une remise en cause des valeurs fondamentales de la société d’accueil.

Sans mesures systématiques et coordonnées en temps voulu pour recenser ces préoccupations et y répondre de manière déterminée, la politique migratoire continuera de sembler abstraite et élitiste, au mieux décalée par rapport aux problèmes qu’elle est censée résoudre. À terme, cela ne ferait qu’encourager le populisme, déjà très véhément.

Extrait adapté de l’éditorial « Les pays de l’OCDE doivent répondre au sentiment de défiance envers les migrations », dans les Perspectives des migrations internationales 2016, Éditions OCDE, Paris, disponible sur http://dx.doi.org/10.1787/migr_outlook-2016-fr

©L'Observateur de l'OCDE n°307 T3 2016




Données économiques

PIB +0,43% T1 2017
Échanges exp +3,0% ; imp +4,0% T1 2017
Inflation annuelle 2,4% avril 2017
Chômage 6,008% mars 2017
Mise à jour: 22 juin 2017

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