Des réfugiés, des faits et des politiques meilleures

Haut-Commissaire assistant chargé de la protection, HCR

©Droits réservés/UNHCR

Plus de 65 millions de personnes, soit une personne sur 113, ont été déracinées par le conflit et la persécution en 2015. Cette statistique troublante, qui vient du HCR, également appelé l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, n’a jamais été aussi élevée depuis la création de l’agence. Le HCR a signé un mémorandum d’entente avec l’OCDE en juin 2016 pour renforcer la collaboration entre les deux organisations en vue de trouver des solutions aux problèmes résultant de ces déplacements forcés, à la fois pour les individus eux-mêmes et pour les sociétés qui les accueillent et les hébergent.

Nous avons demandé à Volker Türk, Haut-Commissaire assistant chargé de la protection au HCR, d’expliquer les motivations et les objectifs de ce mémorandum d’entente.

L’Observateur de l’OCDE : Quelle est la portée de cette nouvelle initiative entre le HCR et l’OCDE ?

Notre nouvelle collaboration ouvre de nombreuses perspectives. Nous avons déjà coopéré avec l’OCDE avec succès par le passé, dans des domaines tels que les mécanismes et solutions de protection, les flux migratoires mixtes, les incitations aux entreprises pour embaucher des réfugiés, ou de l’aide au développement dans le contexte des déplacements forcés. Mais il devient urgent aujourd'hui de recueillir davantage de données sur l’influence de la présence des réfugiés sur les sociétés d’accueil, notamment les services publics et l’économie locale. Les gens veulent aller au-delà des débats passionnés et connaître les véritables enjeux et possibilités que tout cela représente. La capacité d’analyse de l’OCDE et son rôle de conseil stratégique auprès de ses pays membres viennent compléter l’action du HCR sur le terrain, à savoir nos efforts de protection et de supervision, et nous aident aussi à rendre compte de notre action auprès des réfugiés, des personnes déplacées internes et des apatrides. En regroupant nos compétences, nous espérons pouvoir fournir une base de données solide aux décideurs et aux leaders d’opinion pour qu’ils soient en mesure d’aller au-delà du minimum nécessaire et encouragent les actions qui aident véritablement les personnes concernées et les collectivités d’accueil à réaliser leur potentiel.

Concernant la crise des réfugiés, quels progrès observez-vous et quelles inquiétudes avez-vous pour l’avenir ?

Notre plus grand défi pour le moment est de mener à bien notre mission face au nombre inédit de personnes déplacées de force, mission d’autant plus difficile que le phénomène est appelé à durer. L’affaiblissement des volontés à l’égard de l’asile en tant qu’institution n’aide pas non plus. La xénophobie et les tendances isolationnistes semblent progresser dans plusieurs pays, y compris dans certains de ceux qui ont participé dès l’origine à la création du système de protection internationale. Un autre enjeu de taille est que de nombreux réfugiés sont actuellement accueillis par des pays relativement démunis, dans lesquels leur présence risque de devenir un fardeau et où il est urgent d’aider à la fois les réfugiés et les collectivités d’accueil. Il est évidemment très difficile, pour un pays confronté à un afflux de personnes aussi soudain qu’important, d’apporter la paix et la sécurité aux réfugiés et de leur offrir un avenir. Nous en avons conscience, c’est pourquoi nous travaillons sans relâche avec les pays concernés pour trouver de nouvelles façons d’assurer la protection des personnes et de faciliter leur admission. Notre travail consiste en partie à faire en sorte que les pays s’entraident dans leurs rôles respectifs et collaborent avec les ONG, les employeurs et les associations syndicales, lesquels jouent désormais un rôle très concret et constructif. De nouvelles approches sont mises à l’essai, et nous étudions ensemble comment ces forces positives de collaboration peuvent être mobilisées pour l’accueil et l’intégration des nouveaux arrivants. Il est particulièrement agréable de voir à quel point la société civile s’est engagée dans ce processus. Nos consultations avec les ONG ont abouti à quelques initiatives vraiment prometteuses, par exemple sur la façon dont les jeunes peuvent contribuer à l’intégration.

D’après vous, comment le HCR et l’OCDE peuvent-ils collaborer pour relever ces défis ?

Comme je l’ai déjà dit, je pense que le domaine de collaboration le plus important concernera l’établissement d’une base de données solide pour étayer l’élaboration progressive de politiques relatives aux personnes déplacées de force. Les communautés de réfugiés offrent des possibilités économiques considérables, et nos organisations joueront un rôle clé en aidant les pays de l’OCDE à en tirer le meilleur parti. Nous devons également envoyer un message fort contre la xénophobie, en soulignant le fait qu’elle est dommageable à tous. Nos conseils aux membres doivent être plus adaptés à leurs besoins, en proposant notamment des exemples de meilleures pratiques et des nouvelles voies d’admission des réfugiés. Nous pouvons aussi encourager une plus grande harmonisation des politiques nationales, en particulier eu égard à l’aide au développement là où elle est le plus nécessaire. Ensemble, nous devons continuer de favoriser le dialogue entre toutes les parties prenantes, de sorte que nos recommandations répondent à autant de préoccupations que possible. Nous pourrons ainsi véritablement progresser sur ces questions humaines qui sont essentielles pour l’avenir de nos sociétés.

HCR (2016), « Des déplacements de populations sans précédent à travers le monde », par Adrian Edwards, juin, voir www.unhcr.org/fr

Voir le Mémorandum d’entente HCR-OCDE ici

Consulter le site www.oecd.org/fr/migrations/

©L'Observateur de l'OCDE n°307 T3 2016




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