Des personnes aux objets, développer la connectivité mondiale

Direction de la science, de la technologie et de l’innovation de l’OCDE

©Dennis MacDonald/Alamy Stock Photo

La connectivité est à la base de l’économie numérique. Internet relie déjà plus de trois milliards d’utilisateurs dans le monde, et quelque 14 milliards d’appareils.

Le défi consiste maintenant à élargir cette connectivité à plusieurs milliards d’autres utilisateurs, mais aussi à 50 milliards d’appareils supplémentaires. Car l’internet des objets entraîne une transformation numérique de l’économie d’une ampleur sans précédent, qui voit appareils et objets se connecter au réseau des réseaux et communiquer entre eux. Dans le monde qui se profile, on fera de plus en plus appel à des capteurs et des actionneurs intelligents pour suivre la santé, la position et les activités des personnes et des animaux, l’état du milieu naturel, la qualité des aliments, etc.

La connectivité est le point de départ et le catalyseur de cette évolution, mais c’est la convergence qui la rend possible. La généralisation du numérique et les capacités croissantes d’internet permettent une convergence entre des pans auparavant séparés de l’écosystème des communications : entre les réseaux fixes et mobiles, la voix et le texte, les télécommunications et la diffusion audiovisuelle. Voitures, appareils ménagers, etc., tout devient connecté. On voit aussi des fabricants de matériel de communication se lancer dans la fourniture de contenus, et vice versa. Chaque entreprise conserve peut-être son avantage concurrentiel et sa niche, mais les frontières traditionnelles s’effacent avec l’apparition quasi quotidienne de possibilités et services nouveaux. On ne le sait pas forcément, mais notre arrêt d’autobus ou de tram est bien souvent connecté à internet et possède son adresse IP.

Essentiels à la connectivité mondiale, les secteurs sous-jacents des services numériques et des communications sont en mutation sous l’influence de la pénétration croissante du haut débit fixe et mobile, et des innovations incessantes réalisées dans les logiciels et les appareils intelligents.

Les services comme la vidéo et la musique ne sont plus cantonnés à la télévision et la radio, mais sont aussi proposés sur internet, et forment de plus en plus des contenus intégrés aux appareils ou aux applications logicielles, y compris de recherche. Les distributeurs de vidéos en ligne comme YouTube ou Netflix ont dépassé les services traditionnels pour offrir leurs contenus via le haut débit. Les télédiffuseurs et fabricants de téléviseurs se tournent également vers le numérique, et proposent des solutions accessibles sur le web. L’utilisateur peut désormais choisir entre différents appareils et modèles de tarification pour consulter des contenus, généralement partout et à tout moment, et aussi de plus en plus souvent pour interagir avec eux. Les transformations sont tout aussi spectaculaires dans les services de téléphonie (VoIP) et texte, où des services internet virtuellement gratuits pour les utilisateurs comme WhatsApp ou KakaoTalk concurrencent les textos classiques. Les services vidéo et voix peuvent également être intégrés aux réseaux sociaux comme Facebook et Linkedin. Parallèlement, beaucoup de secteurs économiques (hôtellerie, transports…) sont déstabilisés par les nouvelles applications qui proposent des services inédits via internet.

Mais la nouveauté est aussi source de défis : en repoussant les limites, ces nouveaux services ébranlent les positions acquises des entreprises de télécommunications, câblo-opérateurs et diffuseurs audiovisuels.

Comme ces différents domaines d’activité sont traditionnellement régis par des politiques et réglementations différentes, et animés par des acteurs différents, la question de l’adéquation de la réglementation actuelle aux nouvelles réalités se pose.

En outre, un processus de consolidation est déjà engagé sur les marchés des communications, où les fusions se multiplient entre opérateurs fixes et mobiles, et entre exploitants de réseaux et fournisseurs de contenus. Beaucoup de ces fusions peuvent renforcer les capacités des réseaux et visent à offrir des services groupés et intégrés pour répondre aux nouvelles demandes des consommateurs. Cependant, en suscitant une concentration du marché, elles peuvent aussi réduire la concurrence et le choix du fournisseur, comme ont pu le constater les consommateurs dans beaucoup de pays. En résumé, les pouvoirs publics doivent répondre à plusieurs questions, par exemple : comment maximiser le déploiement et l’accès au haut débit, et éviter un décrochage des technologies et donc des utilisateurs ? Comment concilier concurrence, innovation et investissement ? Quel rôle attribuer aux investissements publics ? La législation et les politiques en place sont-elles adaptées ?

L’internet des objets

Il est important de répondre à ces questions au moment où nous entrons dans l’ère de l’internet des objets. Celui-ci concerne non seulement les voitures et les thermostats, mais aussi des dispositifs médicaux, par exemple, voire des infrastructures tout entières. Même si les individus ne mesureront peut-être pas toujours son omniprésence dans les foyers, les villes et les lieux de travail, ils verront qu’il contribue à rendre possible leur façon de vivre. L’internet des objets donnera aussi aux entreprises et aux administrations des moyens nouveaux et novateurs d’atteindre leurs objectifs. Le secteur privé réalisera des gains de productivité et d’efficience en transformant la façon de surveiller les processus et produits, ou en équipant les travailleurs d’appareils intelligents qui les alerteront en cas de problème sur la ligne de montage, de modification des stocks, de retournement soudain du marché, etc. Quant aux administrations publiques, ces appareils pourront les aider à atteindre d’importants objectifs des politiques, comme la surveillance des émissions polluantes et l’amélioration de l’environnement, la gestion du trafic et l’amélioration de l’efficacité dans la fourniture des services publics.

L’internet des objets est déjà une réalité, et on voit se multiplier les développements de modules de communication de machine à machine (M2M) qui permettent de gérer par des applications des équipements et des machines à distance, sans intervention humaine. Les données pour l’OCDE montrent que le nombre de cartes SIM M2M est passé de 72 à 124 millions depuis 2012, soit 10 cartes pour 100 habitants.

Conjugué à l’essor des données massives et de l’informatique en nuage, dont le développement apporte une puissance de traitement accrue et des outils efficaces et économes au service d’applications susceptibles d’être étendues à l’échelle mondiale, l’internet des objets induit une évolution rapide de la nouvelle économie numérique. Il appartient aux responsables des politiques de rester à la pointe de ces évolutions en se posant les bonnes questions : par exemple, quelles conséquences la généralisation de l’internet des objets a-t-elle pour les infrastructures et services de communications ? Quelles modifications apporter aux politiques et pratiques existantes pour faciliter l’adoption des services de l’internet des objets tels que la télésurveillance médicale ? Quelles mesures prendre, enfin, pour renforcer la confiance à l’égard des applications et services de l’internet des objets ? Indépendamment de ces questions, il faut toutefois garder à l’esprit que la connectivité et la convergence sont à la base d’internet et influenceront donc aussi la réussite de l’internet des objets.

www.oecd.org/sti

©L'Observateur de l'OCDE n°307 T3 2016




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