Retour sur l’adhésion de la Corée à l’OCDE

Adhésion de la Corée : le ministre des Affaires étrangères coréen, Gong Ro-myung, serre la main du Secrétaire général de l’OCDE Donald Johnston après avoir signé l’invitation à rejoindre l’Organisation, le 25 octobre 1996 ©OCDE

La Corée célèbre en 2016 ses 20 ans à l’OCDE. Au début des années 1980, après une période de croissance économique exceptionnelle, le pays a entamé un programme de libéralisation financière suivi, dès 1993, d’une réforme plus générale de l’économie et de la réglementation. Ces changements étaient principalement motivés par trois facteurs : l’influence internationale croissante du marché, la pression grandissante des acteurs nationaux et internationaux en faveur de la suppression des obstacles aux échanges, notamment avec la création de l’OMC à la suite du cycle d’Uruguay, et la demande de libéralisation par les chaebols, de puissants groupes industriels, notamment concernant la levée des plafonds de propriété des actions bancaires et du crédit agrégé ainsi qu’une plus grande liberté par rapport aux emprunts étrangers.

L’adhésion à l’OCDE s’inscrivait dans la politique de mondialisation du président Kim Young-sam. Certains journalistes de Corée et d’ailleurs doutaient du bien-fondé de cette démarche, tandis que certaines catégories sociales, comme les agriculteurs, étaient opposées à une libéralisation totale. La grande campagne de réformes incluait l’adhésion à l’OCDE pour plusieurs raisons connexes. L’appartenance à une organisation de cet ordre était en effet un argument de taille pour convaincre les pouvoirs publics américains que la Corée était bien déterminée à honorer sa promesse d’ouvrir ses marchés intérieurs. Elle ajoutait également de la crédibilité et du poids aux réformes face à l’opposition intérieure, notamment concernant le septième Plan de développement économique et social (1992-1996) et le Plan de libéralisation de 1993. L’objectif d’entrer à l’OCDE était en effet explicite dans le Plan, rédigé en 1989. L’adhésion offrait également des opportunités d’apprentissage en politiques publiques, et la décision de l’OCDE d’entamer en 1989 un dialogue informel et préliminaire avec les Économies dynamiques d’Asie dont faisait partie la Corée, constituait une autre motivation.

Certains craignaient que les normes économiques et sociales coréennes ne soient pas encore entièrement compatibles avec les principes de l’OCDE, ce qui était, à plusieurs égards, prévisible. Le processus d’adhésion de la Corée se heurtait à quatre principaux points de friction : les Codes de libération de l’OCDE, l’appartenance du pays au groupe des 77, les droits des travailleurs, et le statut du pays en tant que pays en voie de développement, notamment pour des raisons commerciales et environnementales. Les perspectives d’adhésion de la Corée ont été débattues à l’OCDE en 1990 et ont rapidement été associées à celles de plusieurs pays d’Europe centrale et orientale à la suite de la chute du bloc soviétique. Tous étaient favorables à l’adhésion de la Corée, que beaucoup, y compris les États-Unis, considéraient comme un test d’ouverture et de flexibilité de l’OCDE.

Comme annoncé par le ministre des Affaires étrangères, Lee Sang-ok, au Secrétaire général Jean-Claude Paye en 1992, les années précédant 1996 allaient voir un engagement croissant de la Corée. Celle-ci est rapidement devenue un participant à part entière du Groupe de travail du Conseil sur la construction navale, du Centre pour le développement, de l’Agence pour l’énergie nucléaire et du Comité de l’acier, et a obtenu le statut d’observateur de nombreux autres comités. Le processus d’engagement s’est fait sans trop de heurts, et l’Étude économique sur la Corée publiée en 1994 a rendu un bilan plutôt positif. Cependant, en juillet de la même année, comme pour présager des tensions qui allaient compliquer le processus d’adhésion formel, la Commission syndicale consultative auprès de l’OCDE (TUAC) a alerté à plusieurs reprises l’Organisation sur des violations alléguées des droits des syndicats en Corée, un problème qui n’avait pas été abordé auparavant dans les processus d’adhésion. L’OCDE a alors invité la Corée à devenir un observateur au Comité de l’emploi, du travail et des affaires sociales (ELSAC) en octobre, ce qui la mettrait en meilleure position pour répondre aux allégations du TUAC.

Dans une lettre adressée au Secrétaire général en 1996, le ministre des Affaires étrangères Gong Ro-myung a assuré que le droit du travail serait remanié sur la base des recommandations de la Commission présidentielle pour la réforme des relations professionnelles. Mais certains pays membres, ainsi que le TUAC, souhaitaient assister au déroulement de ces réformes. En effet, le Comité ELSAC estimait que la réforme proposée ne respectait pas les engagements pris par le gouvernement coréen à propos de la liberté d’association et du droit aux négociations collectives (document du Conseil de l’OCDE C/M (97) 2/PROV). Le remaniement du droit du travail en Corée était un sujet sensible, et a mis au jour la complexité du processus d’adhésion à l’OCDE. Une lettre confidentielle de M. Gong a par la suite été publiée par le Financial Times, ce qui a créé « une situation embarrassante pour l’OCDE » générant « du désagrément à l’un de ses membres » (document du Conseil de l’OCDE C/M (97) 2/PROV).

En mars 1995, la Corée a présenté sa candidature à l’adhésion, à la satisfaction de la plupart des pays qui souhaitaient que l’OCDE accueille de nouveaux membres et soit le fer de lance du développement mondial. Néanmoins, sur d’autres points, le Conseil de l’OCDE était divisé. Les membres non européens ont protesté que les critères proposés par l’Organisation pour évaluer le bien-fondé de la candidature étaient plus stricts pour la Corée que pour le Mexique (1994), la République tchèque (1995), la Hongrie (1996) et la Pologne (1996). Des discussions ont permis de résoudre ce litige et de s’entendre sur la procédure d’adhésion. Ainsi, dans les mois qui ont suivi, la Corée a subi un examen en règle de ses politiques et pratiques dans les domaines suivants : mouvements de capitaux, investissement international, échanges internationaux, secteur bancaire, polices d’assurance, relations professionnelles, éducation, agriculture, changement climatique, environnement et transport maritime.

En résumé, cet examen a abouti à un accord sur des recommandations demandant l’accélération de ses politiques de libéralisation, bien que la Corée ait, selon certains, déjà accepté de mettre immédiatement en œuvre 65 % des Codes de libération de l’OCDE. Le pays a assuré qu’il « faisait de son mieux » et que des progrès notables avaient déjà été accomplis en matière de libéralisation des mouvements de capitaux, des services et de l’investissement. La Corée s’est rangée à l’avis selon lequel la libéralisation progressive des politiques était nécessaire à la stabilité de la macroéconomie. Elle a également estimé qu’il fallait davantage tenir compte de ses performances générales, et que les efforts qu’elle avait accomplis allaient nettement vers une plus grande libéralisation. Dans son rapport final au Conseil, le Comité des marchés financiers de l’OCDE s’est montré rassuré par la volonté des autorités coréennes de continuer « ses efforts vers la libéralisation financière » (voir paragraphe 14, annexe II, document du Conseil de l’OCDE C (96) 168), et a toutefois décidé d’examiner les politiques financières du pays deux ans après son adhésion.

La Corée a rejoint le Comité d’aide au développement de l’OCDE en 2010 (www.oecd.org/fr/cad).Lors de la cérémonie de signature, le 27 novembre 2009, étaient présents (de gauche à droite et de haut en bas) : Joo Hyung-hwan, Directeur général du ministère de la Stratégie et des Finances ; Angel Gurría, Secrétaire général de l’OCDE ;
Oh Joon, Vice-ministre au ministère des Affaires étrangères ; Eckhard Deutscher, président du CAD ; Kim Choong-soo, Ambassadeur de Corée en France

L’adhésion de la Corée à l’OCDE en décembre 1996 a couronné une ère de croissance et de développement considérables. Malgré les progrès du pays et son respect des conditions d’adhésion, l’Organisation, fait inhabituel, a continué à surveiller ses évolutions en termes de relations professionnelles pendant encore dix ans, jusqu’en 2007. Pour l’Organisation, accueillir un nouveau pays membre asiatique représentait un grand pas en avant dans la consolidation de son ouverture et de son rayonnement dans une région en plein essor, dans la lignée de ses objectifs fondateurs. Lors de la cérémonie d’adhésion, M. Gong, le ministre des Affaires étrangères, a exprimé l’espoir que cet événement « resterait dans les mémoires un tournant crucial de la diplomatie et de l’histoire économique coréennes ».

Sources

Burton, John, Taylor, Robert (1996), « S Korea braces for restructuring : OECD membership will promote shift towards market economy », Financial Times, Londres

Kang, Susan (2008), « Contestation and Collectivities : Protecting Labor Organizing Rights in the Global Economy », thèse soutenue à l’Université du Minnesota

Lee, Chung, Lee, Keun, et Lee, Kangkook (2002), « Chaebols, Financial Liberalization and Economic Crisis : Transformation of Quasi-Internal Organization in Korea », Asian Economic Journal 2002, vol. 16, no. 1

OCDE (1994), Études économiques de l’OCDE : Corée 1994, Éditions OCDE

Salzman, James (2000), « Labor Rights, Globalisation and Institutions : the role and influence of the Organization for Economic Cooperation and Development », Michigan Journal of International Law, vol. 21

Tae-Shin Kwon (2008), « Korea's Experience of OECD Peer Reviews », Shaping Policy Reform and Peer Review in Southeast Asia: Integrating Economies amid Diversity, Éditions OCDE

Voir http://www.oecd.org/fr/coree/ et http://www.oecd.org/fr/investissement/politiques-investissement/codes.htm

©L'Observateur de l'OCDE octobre 2016




Données économiques

PIB +0.6% T3 2017
Échanges exp +4.3% ; imp +4.3% T3 2017
Inflation annuelle 2,4% nov 2017
Chômage 5.6% nov 2017
Mise à jour: 16 jan 2018

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