Table ronde de l’Observateur de l’OCDE sur la Corée

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La Corée a rejoint l’OCDE le 12 décembre 1996. Ce fut le premier pays d’Asie à devenir membre de l’Organisation en plus de 30 ans. À tous points de vue, la transformation économique du pays est unique : il est passé de l’un des plus pauvres du monde dans les années 1960, à l’une de ses principales économies. Lors de cette Table ronde de l’Observateur de l’OCDE, nous avons posé à divers experts témoins de l’essor coréen cette question :

Quelles sont, selon vous, les plus grandes réussites coréennes de ces deux dernières décennies, et quels sont les principaux enjeux du pays pour les deux ans à venir ?


Dae-whan ChangSeon-joo KwonKwon Tae-shinHo Jeong Kim

Vers une nation de start-up

Dae-whan Chang, Président, Maekyung Media Group*

Quand la Corée a fini par entrer à l’OCDE en 1996, personne ne pensait que cette adhésion pouvait être à double tranchant. Certes, elle a ouvert la voie à la mondialisation de l’économie coréenne, mais la politique de désenclavement, faute d’une bonne compréhension de la mondialisation et des réformes d’ouverture du marché, a également eu un impact désastreux sur le pays, qui n’y était pas préparé, l’amenant au bord de la faillite lors de la crise financière asiatique de 1997.

Alors qu’elle luttait pour enrayer la crise, la Corée a heureusement saisi l’opportunité de reconstruire son économie. Les Coréens ont fait corps pour sauver une économie à la dérive en faisant spontanément don de leurs bagues en or et de leurs bijoux, et les entreprises ont commencé à gagner en compétitivité sur le marché mondial. Elles se sont mises en quête de nouveaux moteurs de la croissance susceptibles de les soutenir à l’avenir, tout en réalisant d’audacieuses réformes financières et stratégiques et en cherchant activement à converger vers des normes d’entreprise de niveau mondial. La Corée a tordu le cou à la croyance ancienne selon laquelle les pays en développement vivent des crises financières à répétition. Les vingt années suivant l’adhésion de la Corée à l’OCDE n’ont pas été faciles, mais avec la reprise, l’économie du pays s’est renforcée et s’est stabilisée.

En 2016, l’économie coréenne est confrontée à de nouveaux enjeux. À l’extérieur, le pays doit trouver de nouvelles sources de croissance dans le flot de changements mondiaux provoqué par la quatrième Révolution industrielle. Sur le plan intérieur, la Corée pourrait s’enferrer dans une croissance économique faible de 1-2 %, avec une perte de vitesse de l’industrie, qui portait autrefois la rapide expansion du pays. Sans innovation, c’est l’avenir du pays qui est en jeu.

S’appuyant sur ses recherches récentes, le Maekyung Media Group propose trois solutions innovantes et prometteuses pour la Corée des 50 prochaines années. La première consiste à innover en matière de leadership. Les pouvoirs publics et le secteur privé doivent fédérer la population et conduire leur action en incluant les laissés-pour-compte.

La deuxième innovation consiste à transformer la Corée en nation de start-up. Les grandes entreprises doivent se remettre en question pour trouver de nouvelles activités susceptibles de devenir de nouveaux moteurs de l’économie, tandis que les petites et moyennes entreprises devraient s’efforcer de se développer sans cesse, sur la base d’idées puissantes. Sans flexibilité, une entreprise n’a aucun avenir.

La troisième innovation possible est le développement de technologies de rupture. La technologie fonde le développement économique d’un pays. Nous vivons aujourd’hui la quatrième Révolution industrielle. Tous les jours, des nouveautés naissent de la fusion de l’intelligence artificielle et des biotechnologies, faisant des nouvelles technologies non plus un choix, mais un impératif de survie. Leur développement est crucial pour l’avenir, et elles doivent venir des individus et des entreprises, avec le soutien des politiques publiques.

Je pense que l’innovation fait partie de l’ADN des Coréens. Si nous parvenons à généraliser l’innovation dans les trois domaines précités, nous serons capables de devenir le centre du monde et de construire un avenir prospère.

*Le Maekyung Media Group comprend le World Knowledge Forum et le Maeil Business Neswpaper, deux partenaires experts du Forum de l’OCDE au début des années 2000. Voir http://m.mk.co.kr/wkforum_2015/eng.


Vers un saut quantique

Seon-joo Kwon, PDG de l’Industrial Bank of Korea

Depuis qu’elle est devenue le 29e membre de l’OCDE en décembre 1996, la Corée a tout mis en œuvre pour améliorer les paramètres fondamentaux de son économie et aligner ses systèmes financiers sur les normes internationales. Ces efforts ont payé, et le pays connaît une croissance remarquable, malgré le contrecoup de la crise financière asiatique de la fin des années 1990. En 2015, sur les 34 pays membres de l’OCDE, la Corée est arrivée 8e en termes de PIB global et 12e pour le ratio échanges internationaux/PIB. La Corée est devenue membre du Comité d’aide au développement de l’OCDE en 2010, faisant un bond spectaculaire du statut de bénéficiaire à celui de donneur d’aide, qui est l’apanage de seulement 29 pays.

Le secteur financier a été l’un des domaines cruciaux où la Corée s’est efforcée de s’aligner sur les normes de l’OCDE. Grâce aux réformes et à la libéralisation financière, le pays est désormais doté d’un système financier perfectionné, notamment dans les domaines de la banque, des assurances et des marchés de capitaux. Par exemple, l’indice de libéralisation financière de la Corée, calculé par l’OCDE, a bondi de 65 % en 1997 à 85,1 % en 2006. En outre, les banques commerciales ont enregistré des progrès significatifs en termes de solvabilité au cours des 20 dernières années, avec une amélioration substantielle des ratios d’adéquation des fonds propres et de créances douteuses ou litigieuses. Ces réussites sont dues à l’amélioration de la transparence et de l’efficience, et aux vastes réformes réalisées depuis 1996. Le secteur financier a également contribué au développement national en offrant une solution innovante aux problèmes économiques et en garantissant une allocation efficiente des ressources.

Aujourd’hui, l’économie coréenne connaît un changement de paradigme radical. À l’ère de la croissance sans emplois, la nation doit mettre en œuvre une « économie créative », avec un accent sur la création d’emplois.

Cette stratégie repose sur les start-up et les sociétés de capital-risque. Fondées sur l’innovation, ces entreprises seront systématiquement soutenues pour prendre une dimension mondiale, et ainsi créer des emplois et doper le développement économique. Le gouvernement coréen promeut l’entrepreneuriat et encourage les nouveaux secteurs en expansion. Le secteur financier a réagi en élaborant des programmes de financement des technologies et en déployant des plateformes de technologie financière, ou FinTech. Si les entreprises s’adaptent avec succès au changement de paradigme, la nation pourra connaître un saut quantique dans les 20 prochaines années.

Voir http://eng.ibk.co.kr/  


Réjouissons-nous sans oublier les défis de demain

Kwon Tae-shin, Président, Institut de recherche économique de Corée (KERI)

Autrefois quantitative, la croissance économique est devenue qualitative. Avant les années 1990, l’économie coréenne, en rapide évolution, avait connu une croissance quantitative. Puis la Corée a rejoint le club OCDE en 1996, mais le pays a crié victoire trop tôt et subi de plein fouet la crise financière asiatique en 1997. Elle l’a cependant surmontée, et la « crise du FMI » s’est avérée être à la fois une épreuve et une bénédiction. Seize conglomérats sur 30 ont été fermés, et la population a vécu les affres des licenciements et du chômage de masse. Néanmoins, la crise a également permis la transformation majeure du pays. Les fondements de son économie ont été renforcés grâce à la réforme des systèmes sociaux et économiques, et la gouvernance d’entreprise s’est faite plus transparente. Il s’agit là des réussites les plus remarquables des 20 dernières années.

Dépression mondiale et ralentissement de la croissance en Corée, faible fécondité, croissance potentielle en baisse, idéalisme en politique et conflits sociaux : tels sont les défis auxquels la Corée est aujourd’hui confrontée, et qui seront encore présents dans les deux décennies à venir. Sa croissance a encore diminué, passant de 6,5 % en 2010 à 2,6 % en 2015. Ce taux, bien que supérieur à la moyenne de l’OCDE pour l’an passé, reste en dessous de la moyenne mondiale depuis 2011, Chine incluse. L’économie coréenne étant orientée à l’exportation, son succès dépend de la reprise mondiale, dont on ne sait pas actuellement quand et comment elle interviendra. En outre, la diminution du taux de fertilité nous rapproche de la société vieillissante que le Japon connaît depuis plusieurs années. D’après les projections de l’OCDE, le taux de croissance potentielle de la Corée tombera à 1,29 % en 2060, soit une chute plus rapide que celle des autres pays. Le problème de la « démocratie économique » est qu’elle produit des réglementations économiques inhabituelles, qui touchent surtout les grandes entreprises et conduisent à des conflits sociaux inutiles. Bien qu’elles participent d’une bonne intention et de l’intérêt général, les réglementations prises récemment au nom de la démocratie économique affecteront très probablement l’efficience et la vitalité de l’économie coréenne.

J’espère que la Corée se hissera au niveau d’un pays développé dans les 20 prochaines années, en se débarrassant de tous ces obstacles. Nous sommes sur le point d’accéder à ce statut, mais nous devons encore nous développer. L’OCDE a récemment invité la Corée à réformer les règlementations de son marché du travail. C’est une prescription inévitable si l’on veut redonner de la vigueur à l’économie coréenne. J’attends avec impatience que cette nouvelle étape soit franchie pour pouvoir sabler le champagne à nouveau, en espérant que ce ne soit pas trop tôt cette fois.

Voir www.keri.org/web/eng/home


Tenir ses promesses

Ho Jeong Kim, journaliste et consultante

On peut affirmer, avec fierté et sans regret, que le vingtième anniversaire de l’adhésion de la Corée à l’OCDE couronne une remarquable période d’accomplissements. Sortir d’un passé colonial, de deux guerres et d’une situation géopolitique tendue pour devenir, en un demi-siècle, l’un des pays les plus dynamiques, fut une rude tâche pour la Corée, récompensée par son adhésion en 1996. La crise financière asiatique qui a suivi n’a fait que prouver qu’être membre de l’OCDE n’était pas juste un trophée convoité, mais un cadre de référence pour la société coréenne. Depuis 20 ans, la Corée a abandonné sa quête de la croissance en tant que telle pour rechercher une croissance durable, s’est attachée à garantir une protection sociale et a passé en revue ses pratiques habituelles pour les réformer. L’OCDE l’a accompagnée par des changements et engagements importants. Le monde entier a vu la Corée émerger comme donneur d’aide au développement et force créatrice, avec sa déferlante de culture K-pop suscitant l’engouement d’un public international. Ces 20 années avec l’OCDE ont été prometteuses.

Et maintenant ? Compte tenu des nombreux engagements pris, tout est maintenant en place pour que la Corée soit à la hauteur de ses promesses. Les demandes d’ouverture et de transparence vont aller croissant et, les flux migratoires aidant, la diversité succédera à l’homogénéité dans la société. Les demandes de meilleure circulation des capitaux, des services et des biens, ainsi que d’un plus grand respect des principes directeurs en matière de corruption, de propriété intellectuelle et du droit du travail, vont aller s’intensifier. Le vieillissement rapide de la société, le rôle sans cesse grandissant des femmes et la baisse du taux de fertilité vont entraîner un regain d’attention aux questions de santé, de retraite et d’éducation. La Corée doit aussi continuer de donner le tempo de la croissance verte.

Chaque fois que l’OCDE publie ses conclusions sur nos résultats, elle encourage de fait l’opinion à s’investir, débattre et questionner, enrichissant ainsi le partenariat de la Corée avec l’OCDE, qui gagnera encore en maturité au fil des ans.

©L'Observateur de l'OCDE octobre 2016




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