Le miracle du fleuve Han

Ancien Secrétaire général de l’OCDE (1996-2006)

©OCDE/Nguyen Tien

Alors que j’étais secrétaire général de l’OCDE, peu de choses m’ont fait plus plaisir qu’accueillir la Corée au sein de l’Organisation à l’automne 1996.

En 1953, au sortir d’un conflit qui l’avait laissée exsangue, la Corée du Sud était l’un des pays les plus pauvres du monde. Le bilan humain était catastrophique : 217 000 soldats coréens, 100 000 civils et des dizaines de milliers de Casques bleus avaient été tués. Il paraissait alors impensable que la Corée puisse, en moins de cinquante ans, rebâtir ses infrastructures, reconstituer sa population et être prête à rejoindre le groupe restreint des pays développés, qualifié par certains de « club de riches ».

Cet essor, exceptionnel à tous égards, a été nommé le « Miracle du fleuve Han », du nom du magnifique cours d’eau qui traverse Séoul avant d’arriver à la mer. Le président Kim Young-sam, en fonction en 1996, a rapidement laissé la place à Kim Dae-jung, qui a entamé son mandat au beau milieu de la pire récession économique qu’avait connu le pays depuis l’armistice de 1953. La Corée s’est retrouvée soudainement victime, par contagion, de la crise financière asiatique née en Thaïlande à peine quelques mois plus tôt.

Les effets de la crise se sont fait ressentir fin 1997, sous le mandat de Kim Dae-jung. Les économistes de l’OCDE eux-mêmes pensaient que le Miracle du fleuve Han touchait à sa fin ! Sous la houlette avisée du président Kim Dae-Jung, qui s’est régulièrement adressé à la population, la Corée a réussi à surmonter la crise comme aucun autre pays avant ou après elle. Elle est en effet passée d’une contraction économique de 6 % à une croissance de 10 % en seulement 18 mois !

Tout au long de la crise, je me suis rendu en Corée à plusieurs reprises, sur l’invitation du Président, pour y intervenir, rencontrer des journalistes et relayer le discours présidentiel. Ce n’était pas un discours désespéré : il appelait certes à de grands sacrifices, mais laissait entrevoir un avenir meilleur. De fait, depuis 1998, le PIB coréen a plus que doublé, dépassant les 1 300 milliards USD !

Au cours des 20 dernières années, je suis allé en Corée plusieurs fois par an. J’ai en effet maintenu mes visites régulières après avoir quitté l’OCDE.

À bien des égards, la Corée que je connais est unique. Évidemment, c’est un pays magnifique, et je suis loin d’avoir pu profiter de toute cette beauté, de ses montagnes, plaines, plages, sans oublier la merveilleuse île de Jeju, que j’ai visitée en plusieurs occasions. Mais des merveilles de la nature existent dans de nombreux pays. Ce ne sont pas elles qui font la singularité de la Corée : ce sont les Coréens.

Contrairement à de nombreux pays membres de l’OCDE, la Corée ne jouit pas d’une abondance de ressources naturelles. Elle a forgé elle-même ses avantages comparatifs en important des matériaux et de l’énergie, et en s’imposant sur les marchés mondiaux grâce à des exportations de qualité.

Je crois que le Miracle du fleuve Han, qui a démontré sa résilience puisque la Corée a surmonté la crise financière asiatique, est le fruit du niveau d’études des Coréens.

Leur réponse collective à la crise financière de la fin des années 1990 en est la preuve. Ils ont compris le message du président Kim Dae-jung, ils savaient ce qu’ils avaient à faire, et ils l’ont fait.

Cet intérêt pour l’enseignement semble enraciné dans la culture coréenne. Hendrik Hamel, un navigateur néerlandais emprisonné de longues années en Corée au XVIIe siècle, écrit ainsi dans son journal :

« Les nobles et les familles aisées donnent une bonne éducation à leurs enfants. Ils engagent des précepteurs pour leur enseigner la lecture et l’écriture, compétences très prisées par cette nation ».

La qualité de l’enseignement a été essentielle à la réussite coréenne, et les Nord-Coréens semblent également avoir hérité de ce trait, avec un taux d’alphabétisation déclaré de 99 % chez les plus de 15 ans. Dans la perspective de la réunification espérée de la péninsule, c’est un chiffre encourageant.

C’est à raison que l’on célèbre ce 20e anniversaire de l’adhésion de la Corée. Ce pays a montré l’exemple à d’autres économies de marché émergentes. De bénéficiaire de l’aide au développement, elle est devenue un pays donneur, membre du Comité d’aide au développement de l’OCDE.

Le grand économiste John Maynard Keynes disait qu’il fallait examiner le présent à la lumière du passé afin d’éclairer l’avenir. Si l’on suit ses conseils, l’avenir de la Corée et des Coréens ne peut qu’inspirer l’optimisme.

Pour plus d’informations sur Donald Johnston, voir www.oecd.org/fr/apropos/secretairegeneral/donaldjjohnstonsecretairegeneraldelocdedejuin1996ajuin2006.htm

©L'Observateur de l'OCDE octobre 2016




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