Enseignement : retour sur les performances coréennes

©Jo Yong-hak/Reuters. L'Observateur de l'OCDE n° 297 T4 2013

La transformation de la Corée en une grande puissance économique en seulement 20 ans tient principalement à ce qu’on considère souvent comme sa seule ressource naturelle : sa population. Les sommes considérables investies dans l’enseignement et la formation ont dopé la productivité et la croissance, faisant du pays un acteur international doté d’une économie florissante axée sur les nouvelles technologies et l’exportation.

Entre 1970 et 2000, la Corée est parvenue à la scolarisation universelle dans le primaire et le secondaire. En 2010, le pays avait la plus grande proportion de 25-34 ans ayant au moins achevé leurs études secondaires dans l’OCDE. Les jeunes de 15 ans sont aussi très performants. Ils ont obtenu en moyenne 542 points en compréhension de l’écrit, en mathématiques et en sciences aux tests du PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves), contre 497 en moyenne dans l’OCDE, ce qui les place en haut du classement.

Ces résultats scolaires excellents ont largement favorisé la croissance économique du pays, mais son système éducatif ne rend pas les citoyens aussi heureux qu’ils devraient l’être, ni ne facilite leur insertion professionnelle. L’exigence de réussite à l’école est constante. L’examen unique d’entrée à l’université, le suneung, est si important que les avions sont retenus au sol le jour J pour éviter de déranger les candidats. Seuls 60 % des enfants déclarent être heureux à l’école, ce qui place le pays au bas du classement, la moyenne de l’OCDE étant de 80 %. Sur 30 pays développés, la Corée affiche le niveau de stress le plus élevé chez les 11-15 ans ; le suicide est leur première cause de mortalité.

Les jeunes peinent également à entrer dans la vie active, notamment en raison d’un décalage entre l’enseignement reçu et les compétences recherchées. Bien qu’ils comptent parmi les plus performants en termes de maîtrise des compétences, comme l’a montré l’évaluation des compétences des adultes de l’OCDE (PIAAC), moins de la moitié des 15-29 ans étaient actifs en 2013 (42 % pour les hommes et 44,4 % pour les femmes), contre respectivement 64,1 % et 53 % en moyenne dans l’OCDE.

Le chômage des jeunes augmente depuis fin 2012, atteignant 10,9 % en 2015, et beaucoup de 15-24 ans, notamment des diplômés du supérieur, sont déscolarisés et inactifs. Avec l’initiative pour une économie créatrice, le gouvernement doit désormais proposer d’autres filières, comme l’enseignement et la formation professionnels (EFP), qui introduiraient l’apprentissage en milieu professionnel, et associer davantage les employeurs possédant une expérience professionnelle pertinente à la conception des programmes et à la formation en classe.

Depuis 2013, la Corée a développé des Normes nationales de compétence, sur lesquels des modules d’apprentissage d’EFP et du premier cycle universitaire sont basés. Le pays a également introduit les programmes de « semestre libre » pour renforcer la motivation, le bien-être et le bonheur des collégiens en proposant des discussions, expériences, projets, exercices physiques, pratiques artistiques et autres activités sans examen écrit.

Le réseau des écoles Meister fait déjà correspondre les capacités des élèves avec les attentes du monde réel. Créés en 2010, ces établissements suivent un programme bénéficiant du soutien des entreprises, qui vise à développer les compétences professionnelles. Ils garantissent aux diplômés une embauche quasi-certaine. Une autre initiative intéressante, Job World, lancée en 2012 dans la ville de Seongnam-si, propose à ses 3 000 visiteurs quotidiens un service interactif d’orientation professionnelle qui leur permet d’avoir une idée réaliste des possibilités qui s’offrent à eux.

Cultiver des compétences plus pertinentes permettrait de former une main-d’œuvre plus inclusive, laquelle pourrait à son tour compenser la charge financière future du vieillissement de la population. Les travailleurs âgés sont peu qualifiés (les compétences en littératie des plus de 45 ans sont sensiblement en-dessous de la moyenne), et peinent à retrouver du travail s’ils sont contraints de partir en préretraite. Les employeurs devraient être encouragés à considérer autrement cette tranche d’âge, qui est souvent exclue des programmes de formation parce que son employabilité à long terme est perçue comme moindre.

Cependant, les enfants coréens montrent déjà leur capacité d’adaptation. Dans le cadre de l’étude PISA 2012 de l’OCDE, qui a évalué pour la première fois la résolution créative de problèmes, les élèves coréens se sont classés parmi les meilleurs : ils apprennent vite, font preuve d’une grande curiosité et sont capables de résoudre des problèmes non structurés dans des contextes nouveaux.

Face à cet avenir prometteur, le système intensif d’enseignement qui contribue au développement fulgurant de la Corée depuis 1996 ne semble plus indispensable. Peut-être la Corée devrait-elle évoluer vers un système plus souple, qui aiguise les capacités à résoudre des problèmes et inclut une expérience sur le terrain, mais aussi comprendre l’importance de simplement laisser les enfants jouer.

Pour plus d’informations, voir www.oecd.org/pisa et http://www.oecd.org/fr/education

©L'Observateur de l'OCDE cotobre 2016




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