Un joyau de l’écologie pour une économie verte

©Charlotte Moreau

L’île de Jeju se situe dans le détroit de Corée. Souvent décrite comme « l’Hawaï de Corée », elle est également le joyau tropical de la stratégie d’économie verte du pays.

Pour la Corée, la révolution écologique ne réside pas seulement dans la façon dont son marché, ses structures de financement et sa législation sont conçus, mais également dans l’information. Jeju, l’une des neuf provinces du pays, en est la vitrine et fait office depuis 2009 de banc d’essai pour les réseaux intelligents. Cinq conglomérats coréens, dont Hyundai et SK Group, équipent la petite île de maisons intelligentes, de bornes de recharge pour voitures électriques (il y en a déjà 500) et d’infrastructures d’énergies renouvelables, comme le solaire et le biogaz.

Les politiques écologiques du pays ne datent pas d’hier. Le 15 août 2008, pour le 60e anniversaire de la République de Corée, le Président Lee Myung-bak avait donné un nouvel élan au programme environnemental en fixant un objectif de réduction de 30 % des émissions de GES par rapport au statu quo d’ici à 2020. Un plan de relance verte de 30,7 milliards USD était par ailleurs adopté et 2 % du PIB étaient alloués aux initiatives de croissance verte.

Sous la présidence de Park Geun-hye, un deuxième plan quinquennal (2014-2018) a été lancé. En novembre-décembre 2015, à l’occasion de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP21) à Paris, la Corée a soumis une proposition consistant à réduire ses émissions de 37 % par rapport au statu quo d’ici à 2030.

La Corée, comme les autres pays, tente de concilier compétitivité et action climatique. Près de 90 % de l’augmentation de ses émissions de GES a eu lieu durant la décennie 1990-2000. En 2013, le pays était la 14e puissance économique mondiale, mais le huitième plus gros émetteur de carbone. Les émissions de GES ont augmenté de 43 % en valeur absolue entre 1996 (année de son adhésion) et 2011, alors que la moyenne de l’OCDE a diminué pendant cette même période. Cette hausse correspond toutefois en grande partie à la phase de rattrapage économique du pays, caractérisée par une forte croissance. Le PIB coréen a d’ailleurs bondi de 94 % sur la même période, suggérant un découplage relatif entre les émissions de GES et la croissance économique.

Des débuts encourageants pour un pays dont l’objectif est de réduire son empreinte carbone en se dotant d’une stratégie industrielle et urbaine verte favorable au marché et axée sur les infrastructures. Ce faisant, le pays souhaite également devenir un grand exportateur d’écotechnologies. Selon l’Institut coréen de l’environnement et de la technologie, depuis 2010, 50 PME vertes ont exporté l’équivalent de 1 500 milliards KRW (1,3 milliard USD).

La Corée, à la recherche d’un mix énergétique moins polluant, soutient particulièrement le développement et le déploiement des énergies renouvelables, la construction de réseaux électriques intelligents et les technologies de stockage. Elle possède depuis 2016 le plus grand système de stockage du monde.

La Corée, où le transport routier est majoritaire, a aussi entrepris de repenser sa politique automobile. Le ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Énergie prévoit de porter le nombre de voitures peu ou pas polluantes de 80 000 en 2016 à 920 000 dans les cinq prochaines années, réduisant ainsi les émissions de CO2 de 3,8 millions de tonnes.

Un ambitieux réseau de voitures électriques se développe. Dans la ville de Gumi, par exemple, 24 km de route sont équipés de câbles électriques générant un champ électromagnétique qui recharge les batteries des véhicules.

La planification des transports prend également des accents écologiques. Les villes de Daegu, Busan et Incheon ont étendu leurs couloirs de bus express et les zones réservées aux cyclistes et aux transports publics. L’expérience des péages de congestion dans les tunnels du Namsan à Séoul a été un franc succès. Le gouvernement a réorienté son budget vers les transports publics, en augmentant de 29 % ses dépenses ferroviaires et réduisant d’autant les financements routiers (2009-2020).

Toujours dans la lignée de sa politique verte axée sur l’entreprise, la Corée a activement financé les initiatives écologiques et mis en place le cadre législatif et commercial nécessaire pour réduire les émissions de carbone. Depuis 2013, elle héberge le siège du Fonds vert pour le climat, conçu pour être l’organe de financement à long-terme de la CCNUCC, et y a contribué à hauteur de 100 millions USD.

En 2013, la Banque coréenne d’import-export (KEXIM) a été la première institution nationale à lancer un emprunt obligataire climat mondial, d’un montant de 500 millions USD. Forte de son succès, elle a renouvelé l’opération en 2016. En fournissant un capital meilleur marché, les obligations climat accélèrent le développement des projets verts.

Les entreprises écotechnologiques ont reçu un soutien important au plan national : selon l’Industrial Bank of Korea, la R-D et les investissements verts connaissent une croissance à deux chiffres.

Suite à la création du Centre d’inventaire et de recherche sur les gaz à effet de serre (GIR, voir www.gir.go/kr) et d’un système de gestion des objectifs d’émission au niveau des entreprises en 2010, le gouvernement a institué en 2015 le premier système d’échange de droits d’émission de la région. Il concerne les 525 plus gros pollueurs du pays, responsables des deux tiers des émissions non liées aux transports.

Le pays membre le plus densément peuplé de l’OCDE a encore cependant beaucoup à faire. La pollution atmosphérique est un problème majeur de santé publique, et le pays est confronté à un stress hydrique supérieur à celui des autres pays membres. L’urbanisation galopante menace la riche biodiversité coréenne, et l’engagement de tous les acteurs autour des grands projets d’infrastructures ayant des répercussions environnementales reste une question sensible. Ainsi, si les projets destinés à nettoyer les fleuves pollués, préserver les ressources en eau et prévenir les inondations ont permis d’importants progrès, de sérieux défis demeurent, notamment en lien avec l’habitat des oiseaux migrateurs ou les couloirs écologiques de certains poissons.                                                                                                            

Le troisième Examen environnemental de l’OCDE sur la Corée, à paraître fin 2016, dressera un bilan de l’efficacité et de l’impact des politiques et initiatives de croissance verte du pays, et identifiera les nouveaux enjeux. Il recensera les progrès et difficultés, et proposera à la Corée des recommandations pour une performance environnementale toujours plus affirmée.

Trouver un équilibre durable entre les impératifs économiques, environnementaux et sociaux sera la priorité de l’économie verte du pays au cours des prochaines années. La révolution écologique et les initiatives de Jeju, l’île connectée bas carbone, pourront montrer la voie.

Sources

Pour plus d’informations, voir http://www.oecd.org/fr/croissanceverte/

OCDE (À paraître), Examens environnementaux de l’OCDE : Corée, Éditions OCDE

Chung, Ah-young, (2013) « Jeju aims to be carbon-free island » The Korea Times, 4 décembre, (www.koreatimes.co.kr/www/news/culture/2016/02/320_192345.html)

Kim, Sung-Young (2015) « South Korea doubles down on Green Growth », East Asia Forum, 25 décembre, (www.eastasiaforum.org/2015/12/25/south-korea-doubles-down-on-green-growth/)

NRDC (2015), « Paris Climate Conference : South Korea », novembre 2015

https://www.nrdc.org/sites/default/files/paris-climate-conference-SouthKorea-IB.pdf

Son, Bongsoo and Hwang, « Four-year-old Namsan tunnel congestion pricing scheme in Seoul : Success or Failure ? », IATSS Research, IATSS Research, vol. 26, n°1

« South Korea’s Four Rivers Restoration », Water & Wastewater International, 2015 www.waterworld.com/articles/wwi/print/volume-27/issue-6/regional-spotlight-asia-pacific/south-korea-s-four-rivers-restoration.htmland

©L'Observateur de l'OCDE octobre 2016

La plateforme de connaissances sur la croissance verte (GGKP) (http://www.greengrowthknowledge.org) est un réseau mondial d’organisations internationales et d’experts institué en janvier 2012 par le Global Green Growth Institute, l’OCDE, le Programme des Nations Unies pour l’environnement et la Banque mondiale.




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