La Corée connectée : une économie créatrice

©Thomas Peter/Reuters

Depuis les années 1970, la croissance économique coréenne a été largement insufflée par de grandes entreprises telles que Samsung, Hyundai et LG. Ces chaebols ont connu une réussite remarquable, mais ont dominé l’économie sans guère laisser de place à l’essor des petites et moyennes entreprises (PME).

Cette domination transparaît tout particulièrement dans les données relatives aux dépenses de recherche-développement (R-D) du pays. En effet, la Corée y a affecté un peu plus de 4 % de son PIB, plus que tout autre pays de l’OCDE. Cependant, les trois quarts des investissements privés de R-D ont été absorbés par les conglomérats, tandis qu’un cinquième seulement en a alimenté les PME en 2013.

La Présidente Park Geun-hye veut renforcer la place des start-up et des petites entreprises en accompagnant leur développement, notamment dans le domaine du numérique. Dans son discours inaugural de 2013, elle a ainsi souligné la nécessité de viser « la convergence de la science, des technologies et de l’industrie, […] et l’épanouissement de la créativité dans ces domaines de pointe qui, autrefois, étaient jonchés d’obstacles. »

Les dirigeants coréens s’attaquent aujourd’hui à ces obstacles : assouplissement de la réglementation, affectation aux PME d’une plus grande part du financement public de la R-D (jusqu’à 53 % en 2013), accès facilité aux financements non générateurs d’endettement, création de pôles d’innovation et avantages fiscaux aux entreprises qui soutiennent les start-up.

Le gouvernement a ouvert 17 pôles d’innovation dans le pays afin d’épauler la R-D dans différents domaines : internet des objets (IdO), biotechnologies, 5G, cloud et fog computing, mégadonnées et intelligence artificielle (IA). Des milliards de dollars ont été injectés dans les start-up et dans l’Angel Investment Matching Fund, un fonds de capital-risque international. Le gouvernement a créé des infrastructures pour aider les PME à obtenir des financements, comme le Korea New Exchange (KONEX), une place boursière qui leur est réservée. En 2015, il a également légalisé et simplifié le financement participatif, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles ressources potentielles pour les start-up.

Les institutions financières et les sociétés du pays se sont jointes au mouvement en s’associant dans des fonds d’amorçage et des pépinières. En 2012, les vingt plus grandes banques coréennes ont fondé la Banks Foundation for Young Entrepreneurs ainsi que D. Camp (dkamp.kr), une plateforme de bureaux partagés et d’accompagnement pour les jeunes entrepreneurs du secteur des technologies.

Maru 180 est une pépinière parrainée par Hyundai, qui met elle aussi les start-up en rapport avec des capital-risqueurs et des mentors. À ce jour, écrit Elaine Ramirez, la plus grande réussite de Maru 180 est Memebox, une plateforme de vente de cosmétiques en ligne qui a levé près de 30 millions USD auprès des investisseurs internationaux en mars 2015. Memebox, avec d’autres start-up technologiques comme Coupang, une boutique en ligne, et Kakao, un concurrent de WhatsApp, incarne l’élan entrepreneurial qui devrait permettre à la Corée de combler l’écart avec les autres pays avancés, voire de les dépasser.

En mars 2016, la Présidente Park a annoncé des investissements publics d’un billion KRW (860 millions USD) dans la recherche en IA au cours des cinq prochaines années (voir Mark Zastrow). Une action judicieuse, à comparer toutefois aux efforts de géants tels que Google, qui a investi quelque 30 milliards USD dans ce domaine depuis les années 2000.

Dans certains cas, le pays a une longueur d’avance sur le reste du monde. C’est le cas à Songdo, une ville nouvelle « 100 % intelligente » située à Incheon, au sud de Séoul. Selon Stephanie Chan, Cisco Systems et le promoteur Gale International ont entièrement équipé les 600 hectares de la ville en fibre optique à haut débit, capteurs et réseaux intelligents.

Copenhague, Addis Abeba ou Singapour ont des ambitions similaires, mais modernisent les infrastructures existantes avec les technologies IdO. Songdo et Daegu, elles, partent de zéro, ce qui peut être un avantage. Elles fonctionnent comme des laboratoires à ciel ouvert qui collectent et utilisent une multitude de données utilisateur afin d’améliorer la gestion des déchets, l’éclairage et les transports publics, les bâtiments, la santé, la sécurité, la carte scolaire et tous les services urbains.

D’après l’ONU, les citadins représenteront plus de 60 % de la population mondiale à l’horizon 2050. Et selon une récente étude signée MarketsandMarkets, la taille du marché des applications IdO pour les villes intelligentes passera de 52 milliards USD en 2015 à 148 milliards USD en 2020.

La Présidente Park souhaite ardemment mettre la Corée en tête de la quatrième révolution industrielle, ce mariage harmonieux du monde physique et du cyberespace, avec ses promesses infinies et son potentiel de transformation. Les villes intelligentes expérimentales du pays pourraient bien permettre d’atteindre cet objectif.

Le texte intégral du discours d’intronisation de la Présidente Park Geun-Hye du 25 février 2013 est disponible sur www.korea.net.

Chan, Stephanie (2016), « Innovation has the smart city of Songdo living in the future », https://newsroom.cisco.com (consulté le 26 janvier 2016)

Ramirez, Elaine (2016), « Everyone you need to know in South Korea’s startup scene », www.techinasia.com (consulté le 2 mars 2016)

Zastrow, Mark (2016), « South Korea trumpets $860-million AI fund after AlphaGo 'shock' », www.nature.com (consulté le 23 mars 2016)

©L'Observateur de l'OCDE octobre 2016




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