Économie coréenne : trouver un nouveau souffle

Département des affaires économiques de l’OCDE

©Michael Dean/L'Observateur de l'OCDE

La transformation de la Corée, l’un des pays les plus pauvres du monde au début des années 1960 et aujourd’hui 11e économie mondiale et 6e exportateur, n’a pas d’équivalent.

L’ère de forte croissance engagée au début des années 1960 s’est appuyée sur une politique de développement orientée sur l’extérieur reposant sur la croissance des exportations, la stabilité macroéconomique et l’investissement dans le capital physique et humain.

J’ai eu le privilège d’assister en Corée même, de 1974 à 1976, aux débuts du « miracle du fleuve Han ». Le revenu par habitant représentait alors moins de 15 % de celui des États-Unis (en PPA). L’espérance de vie était courte : mes amis qui dépassaient la cinquantaine avaient droit à une « fête des 60 ans » (환갑잔치). La répression politique et la loi martiale accompagnaient la pauvreté.

De retour à Séoul en 1993 pour préparer la première Étude économique de l’OCDE sur la Corée, j’ai retrouvé un pays transformé. La rapidité de l’industrialisation en avait fait un exportateur majeur, avec un revenu par habitant équivalent à 37 % de celui des États-Unis, comme celui de la Grèce et du Portugal à cette époque. Le taux de scolarisation, pilier du développement, a atteint 90 % en 1964 dans le primaire, en 1979 au collège et en 1993 au lycée, l’accès universel à l’éducation générant des retombées économiques et favorisant la mobilité sociale et l’égalité de revenu. La promotion de l’enseignement supérieur dans les années 1990 a jeté les bases du succès coréen dans les technologies de l’information et le développement d’une économie du savoir.

Le développement économique est allé de pair avec la démocratisation : l’élection du Président Roh Tae-woo, en 1987, est le premier exemple de transition démocratique de l’histoire du pays. Son successeur, Kim Young-sam, premier président sans antécédents militaires, a atteint son objectif en faisant rentrer la Corée à l’OCDE en 1996. Ce fut l’aboutissement de 35 ans de croissance exceptionnelle.

Cependant, moins d’un an plus tard, la Corée était frappée par la crise financière asiatique. En novembre 1997, elle a demandé une aide d’urgence au FMI pour éviter le défaut de paiement sur sa dette extérieure. Début décembre, le FMI annonce un accord record de 57 milliards USD avec la Corée. La situation a néanmoins continué à se dégrader en raison de fuites de capitaux à grande échelle, et le won sud-coréen s’est déprécié de près de moitié par rapport au dollar en décembre 1997. Le miracle coréen semblait compromis.

La crise financière a conduit à une récession terrible. La production a chuté de plus de 5 % en 1998 et près de la moitié des chaebols ont disparu, dont Daewoo, deuxième conglomérat coréen dont les 275 sociétés produisaient de tout, des navires aux puces à semi-conducteurs. Le chômage est passé de 2 à 7 %, créant de profondes difficultés dans un pays doté d’une protection sociale très rudimentaire. En 1998, j’ai vu Séoul se couvrir de panneaux brocardant l’aide du FMI, et observé avec émotion la résilience et le patriotisme des Coréens, faisant la queue pour offrir leurs possessions en or, alliances comprises, afin d’aider leur pays.

La crise de 1997 s’explique par plusieurs faiblesses structurelles apparues pendant l’ère de forte croissance. Comme indiqué dans l’Étude économique 2000 de la Corée, celle-ci n’a pas réussi à « instaurer les règles et principes d’une économie de marché, ni procéder aux réformes structurelles indispensables dans le contexte international en mutation ». Deux éléments surtout ont joué un rôle fondamental : la faiblesse de la rentabilité et l’endettement élevé du secteur des entreprises, reflétant la tendance des conglomérats à se diversifier dans de très nombreux secteurs ; ainsi qu’un système financier défectueux obéissant aux orientations du gouvernement plutôt qu’à celles du marché pour répartir le capital, et caractérisé par la médiocrité de ses analyses de solvabilité et de ses mécanismes internes de contrôle des risques.

Les autorités coréennes, obéissant à l’adage selon lequel il y a toujours quelque chose à retirer d’une crise, se sont attelées à ces faiblesses, avec le soutien de l’OCDE. Entre 1998 et 2001, nos Études économiques annuelles sur la Corée ont mis l’accent sur les réformes propres à améliorer le secteur des entreprises et le système financier, ainsi que le marché du travail. Ces politiques ont posé les bases d’une croissance renouvelée, qui a atteint en moyenne 4,3 % par an entre 2001 et 2011.

Cependant, depuis 2011, la croissance de la production a ralenti, passant à 2,8 %, notamment en raison de la morosité plus grande du climat économique mondial, avec un revenu par habitant aux alentours de 64 % de celui des États-Unis. Les problèmes intérieurs jouent également. La Présidente actuelle, Park Geun-hye, a déclaré en 2014 que l’avenir du pays était compromis s’il ne sortait pas du cercle vicieux de la croissance lente en modifiant les paramètres fondamentaux de son économie. Une croissance durable de la production est nécessaire pour continuer d’améliorer le niveau de vie, prendre en charge les coûts d’un éventuel rapprochement avec la Corée du Nord et faire face au vieillissement de la population, qui devrait être le plus rapide de la zone OCDE.

corée,corée du sud,randall jones,économie,ocde,chaebols

Le bien-être sur le fleuve Han ©Ed Jones/AFP

Le ralentissement de la croissance montre que le modèle économique traditionnel coréen, fondé sur les exportations dominées par les chaebols, s’essouffle. L’OCDE soutient le projet du gouvernement coréen de promouvoir une « économie créatrice », porteuse d’un nouveau paradigme économique fondé sur l’innovation et davantage centrée sur les nouvelles start-up et le secteur des services. Comme le souligne l’Étude économique 2016 de la Corée, s’aligner sur les niveaux de productivité des pays les plus avancés nécessite de réduire le fossé entre l’industrie et les services d’une part, et les petites et grandes entreprises d’autre part. Cela n’est possible qu’en améliorant les conditions-cadres par une réforme de la réglementation et une plus grande flexibilité au travail. Une économie créatrice suppose également que le gouvernement passe d’un rôle directif à un rôle de référent.

Il est essentiel d’instaurer une croissance qui soit inclusive. L’ère de forte croissance de la Corée se caractérisait notamment par un faible niveau d’inégalités, ce qui est moins vrai aujourd’hui. En effet, les inégalités ont sensiblement augmenté, et la Corée possède le huitième taux de pauvreté relative le plus élevé de l’OCDE, en raison d’importants écarts de salaire entre les travailleurs réguliers et non réguliers, qui représentent un tiers des emplois et ne gagnent que 64 % du salaire horaire des premiers. Venir à bout du dualisme du marché du travail et s’attaquer aux grands écarts de productivité entre les services et l’industrie comme entre les petites et grandes entreprises serait propice à la cohésion sociale.

Ainsi, après un développement économique rapide, la Corée doit désormais mettre davantage l’accent sur le bien-être. L’équilibre vie professionnelle-vie privée y est sapé par les horaires de travail, les plus élevés de toute l’OCDE. Pour améliorer sa qualité de vie, la Corée doit également inverser le processus de dégradation environnementale qui a accompagné l’industrialisation rapide.

Je connais la Corée depuis 40 ans et je suis optimiste : elle saura relever ces défis. Les Coréens sont la principale ressource de la Corée, et ils sont, à bien des égards, exceptionnels. Je me réjouis de la poursuite de notre collaboration, en attendant de célébrer les réussites des vingt prochaines années.

OCDE (2016), Economic Survey of Korea, Éditions OCDE, voir www.oecd.org/fr/coree

Exportation de star : l’icône de K-pop Psy devant une foule captivée. L’industrie coréenne de la musique pop, qui pèse des milliards de dollars, est surnommée « la plus grande exportation coréenne » par le magazine Time. ©Lee Jae Won/REUTERS

©L'Observateur de l'OCDE Octobre 2016




Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier en anglais par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016