Politiques agricoles : changer de paradigme pour une vie meilleure

Secrétaire général de l’OCDE

S’alimenter est un besoin vital qui conditionne notre bien-être. Or, à mesure que l’humanité s’urbanise, elle tend à négliger l’agriculture, ce qui est dangereux. La réunion des ministres de l’Agriculture de l’OCDE, les 7 et 8 avril, vise précisément à prévenir ce processus en contribuant à définir un nouveau paradigme pour les politiques agricoles, au service d’un système alimentaire plus productif, compétitif et durable pour tous.

On dit souvent que l’agriculture est à l’origine de la civilisation. Notre avenir dépend donc d’elle. La population mondiale devrait atteindre quelque 9 milliards d’individus en 2050, et son alimentation évoluera vers une consommation accrue de protéines animales, telles que viandes et produits laitiers. D’après certaines études, la consommation moyenne de viande par habitant passera de 32 kg aujourd’hui à 52 kg en 2050, ce qui ne sera pas sans conséquences pour les producteurs et les consommateurs, et pour l’utilisation des sols, les transports ou la santé. Parallèlement, il faudra améliorer l’accès, la disponibilité et l’utilisation des produits pour vaincre la sous-alimentation.

À cela s’ajoutent plusieurs défis environnementaux. L’agriculture, qui absorbe 70 % de l’eau douce planétaire, devra être plus économe dans l’avenir pour cause de rareté et de demandes concurrentes liées à l’urbanisation, l’énergie et l’industrie. Certaines grandes régions agricoles – Australie, États-Unis, Chine et Inde – sont déjà confrontées à un grave stress hydrique. La biodiversité est aussi menacée par l’extension des terres agricoles et des villes, et la dégradation des sols est préoccupante. Enfin, le changement climatique, qui augmente la fréquence et l’intensité des sécheresses, inondations et canicules, va contraindre les communautés agricoles à ajuster leurs modes de production. L’agriculture devra aussi réduire ses émissions de gaz à effet de serre qui représentent un quart du total des émissions si l’on inclut celles liées aux changements d’affectation des sols.

Bref, l’agriculture doit changer. Certes, la nature et l’ampleur de cette transformation varieront selon le lieu et le niveau de développement, mais tous les pays partagent un objectif commun : nourrir une population toujours plus nombreuse et lui assurer des moyens de subsistance décents tout en préservant la planète.

Heureusement, le secteur présente globalement un potentiel encourageant. La croissance de sa productivité est relativement solide par rapport aux autres secteurs ; la productivité totale des facteurs de l’agriculture mondiale a augmenté en moyenne de 1,7 % par an entre 2002 et 2012. De plus, son impact environnemental par tonne produite a diminué dans les pays de l’OCDE, du fait notamment d’une baisse des bilans d’azote et de phosphore ainsi que des ventes de pesticides. Dans les régions en développement, il existe de nombreuses possibilités d’appliquer les technologies et méthodes déjà connues, telles que l’agriculture de précision et l’irrigation au goutte-à-goutte. Et les approches et équipements innovants représentent un bon potentiel pour améliorer la croissance et la durabilité de la productivité dans les économies avancées comme moins avancées.

Comment les gouvernements peuvent-ils valoriser les atouts du secteur pour répondre aux besoins de demain, tout en s’attaquant à ses défauts et faiblesses ? En avril, les ministres de l’Agriculture s’emploieront à trouver des solutions à ces défis et à identifier de nouvelles opportunités.

Les dirigeants doivent réformer les politiques, notamment les subventions en faveur de certains produits ou engrais, qui conduisent les agriculteurs à produire les mauvaises cultures au mauvais endroit avec les mauvais intrants. Elles incitent par exemple à planter des cultures fortement consommatrices d’eau dans des régions sèches, à approvisionner en aliments de base des marchés déjà saturés, ou à affecter des terres fragiles, comme les forêts, à la production végétale ou animale. Il faut renforcer les systèmes innovants et s’assurer que les exploitants ont les connaissances, la formation et les compétences nécessaires pour adopter des méthodes de production durables et adaptées.

Les dirigeants doivent aussi s’attacher à rendre les marchés nationaux et internationaux plus efficaces et accessibles, de façon à livrer les produits là où ils sont nécessaires et à rémunérer convenablement les exploitants compétitifs. Il s’agira d’investir dans les transports et les communications, et dans des dispositifs juridiques et administratifs clairs et efficaces. Il s’agira de convenir de mécanismes de garantie des normes et de la qualité pour renforcer la confiance dans les marchés. Il s’agira d’adopter des stratégies de développement rural larges et inclusives qui renforcent l’activité agricole comme moyen de subsistance, tout en permettant aux exploitants de quitter le cas échéant leur exploitation pour se reconvertir. Il s’agira enfin de développer la collaboration avec les entités publiques et privées, et avec les régions et les pays, pour obtenir de meilleurs résultats.

Le changement n’est pas chose facile, notamment dans le secteur agricole, où habitudes et pratiques se forgent au fil des générations, et où petits et gros exploitants défendent des intérêts durement conquis. Seul un dialogue factuel, faisant apparaître les coûts et avantages des nouvelles approches et les répercussions à tous les niveaux, saura convaincre les acteurs d’adhérer au changement. Cette mobilisation permettra aux décideurs de fixer les orientations, suivre les progrès et maintenir le cap.

Pour nous assurer une alimentation durable, éradiquer la sous-alimentation et atténuer l’impact environnemental du secteur, nous avons besoin d’une vision à long terme pour l’agriculture. L’OCDE participera à cette vision et, grâce à ses données, son expertise et ses activités de coopération, contribuera à semer des graines de politiques agricoles meilleures pour une vie meilleure.

www.observateurocde.org/angelgurria

www.oecd.org/fr/apropos/secretairegeneral

©L'Observateur de l'OCDE n°306 T2 2016

Suivre A_Gurria sur twitter.




Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016