Pour une révolution optimiste

Ministre des Finances de Finlande

Charlotte Moreau

Le monde a vu plus d’une révolution industrielle, et nous en vivons déjà une nouvelle. Accueillons-la avec optimisme.

Selon la légende qui a inspiré le marathon, le Grec Phidippidès aurait couru d’Athènes à Sparte pour porter un message. Ce trajet dura 36 heures. Une voiture à cheval ou à moteur aurait fait gagner au messager un temps considérable. C’est ce que l’on appelle une évolution. Aujourd’hui, un simple tweet transmettrait sa missive en une seconde. Une seconde contre 36 heures : voilà une révolution, de celles qui peuvent changer radicalement le paysage !

Prenez par exemple la révolution industrielle qui, à partir du milieu du XVIIIe siècle, voit la machine remplacer le muscle. Elle marque une rupture majeure dans l’histoire, bouleversant tous les aspects de la vie quotidienne. La croissance de la productivité libère les travailleurs agricoles qui vont travailler dans les usines, ce qui accélère le développement des villes.

Mais à la fin du XIXe siècle, les villes deviennent polluées et insalubres, les conditions de vie et de travail y sont misérables. À cette époque, toute la logistique repose sur les chevaux. Les villes grandissantes manquent d’espace pour le fourrage et les rues étouffent sous le crottin. Tout doit être à nouveau réinventé.

Une seconde révolution industrielle se produit, apportant avec elle le moteur à combustion interne, l’électricité, la chaîne de montage et d’autres innovations. La crise est résolue, les chevaux quittent les villes et, de nouveau, la vie est transformée dans presque tous ses aspects.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là : dans les années 1960 et 1970 se déclare une troisième révolution industrielle, la révolution numérique, portée par le développement des semi-conducteurs, des ordinateurs centraux, des ordinateurs personnels et, dans les années 1990, d’internet.

Ce rappel historique est à méditer face aux défis environnementaux actuels, qu’il s’agisse du changement climatique, de la biodiversité, de la pollution ou des déchets. Il est vrai que la tarification du carbone peut être une bonne chose et que le développement de procédés plus propres est bénéfique pour l’environnement. Mais la réponse, disons, au changement climatique, nécessitera une révolution. Peut-être quelqu’un inventera-t-il une technologie qui aspire le CO2atmosphérique pour le réinjecter dans le sol. Ou peut-être découvrirons-nous comment tirer toute notre énergie du soleil ou des courants-jets de la haute atmosphère, ouvrant ainsi la voie à une transition énergétique tout en douceur. Ou peut-être encore serons-nous obligés de modifier plus radicalement nos modes de vie et de travail.

Nous pouvons aborder le futur avec optimisme ou pessimisme. Un pessimiste verra par exemple dans les politiques climatiques une menace pour ses habitudes de vie et de travail, et demandera à être protégé des changements, comme l’ont fait autrefois les champions de l’industrie. Un optimiste y verra plutôt l’occasion d’améliorer notre qualité de vie et de préserver notre avenir. Et un décideur avisé verra le besoin de cadres facilitant la transition.

Que l’on soit optimiste ou pessimiste, que l’on se sente prêt ou non, une révolution est inévitable, et la quatrième révolution industrielle est déjà en marche. Forte de l’arrivée de l’internet mobile 5G, de capteurs plus petits et plus puissants, de l’intelligence artificielle et de l’apprentissage automatique, cette révolution passera par des transformations au moins aussi radicales que toutes celles que l’humanité a connues jusqu’ici. Elle bouleversera notre manière de vivre, notre façon de travailler et notre rapport aux autres. Intelligence artificielle, robotique, internet des objets, impression 3D, nanotechnologies, biotechnologie, énergies renouvelables, informatique quantique : ces avancées changent le monde plus vite qu’on ne le croit. Des métiers, comme conducteur de bus ou de camion, qui semblaient il y a quelques années seulement à l’abri du changement, ne le sont plus. Ils pourraient bientôt disparaître comme le cheval, remplacés par des services de véhicules autonomes, fondés sur l’intelligence artificielle.

Comme les précédentes, cette révolution commence à bouleverser l’activité des entreprises. Nos façons de créer, fabriquer, transporter, promouvoir et consommer les produits et services changent. Plutôt que dans les pages d’un magazine, vous lisez peut-être cet article sur l’écran de votre téléphone ou de votre tablette. Cela offre de nouvelles opportunités, mais a aussi un coût : chez moi en Finlande, des papeteries ont dû fermer. Par ailleurs, les technologies numériques ont redéfini la notion de propriété et stimulé de nouvelles formes de capitalisme : Facebook ne produit pas de contenu, Uber ne possède pas de taxis et Airbnb n’est pas propriétaire immobilier. Ce qu’ils ont, c’est un capital intellectuel et de la créativité, qui sont les précurseurs de la nouvelle richesse. De même, Amazon, eBay et PayPal ont transformé à jamais la grande distribution. Et ce n’est qu’un début.

Vous souvenez-vous de la vie avant les smartphones ? Mes enfants, non. Et leurs enfants ne se souviendront probablement pas comment la vie était avant que des imprimantes 3D ne fabriquent leurs nouvelles baskets, ou avant que des voitures électriques sans chauffeur les emmènent à l’école, ou avant que la monnaie soit uniquement électronique. La quatrième révolution transformera aussi notre façon de travailler. Certaines études estiment que, d’ici 2030, la moitié des emplois actuels dans les économies avancées seront remplacés par des machines. Les répercussions économiques, politiques et sociales seront immenses. Les fruits de cette quatrième révolution industrielle pourront être récoltés par ceux qui savent travailler avec des machines intelligentes et créer de la valeur grâce à l’intelligence artificielle. Il ne s’agira pas de travailler plus dur, mais plus intelligemment. Les numériques de naissance les plus doués seront sans doute à l’aise, mais les moins initiés risquent de souffrir.

Comme toujours, une telle révolution donnera lieu à une destruction créatrice. Beaucoup dépendra de la façon dont nous saurons gérer ces mutations. Il nous faudra résoudre des problèmes éthiques et moraux, relatifs par exemple à la nanotechnologie, à la manipulation génétique en médecine et même aux robots soldats. Les pessimistes tenteront de freiner des quatre fers et de garder les bonnes vieilles méthodes. Les optimistes embrasseront le changement et chercheront des solutions. Les décideurs politiques doivent définir des cadres pour faciliter les transitions. Même les meilleurs législateurs ne peuvent prévoir ce qui fonctionnera ou non à terme. Mais ils s’inspireront des précédentes transitions pour savoir qu’il vaut mieux encourager la flexibilité des marchés des produits, du capital et du travail plutôt que de protéger les champions d’hier, malheureusement dépassés. Les révolutions sont affaire de renouveau, et pour cela, l’expérimentation du marché est essentielle.

Alors que cette révolution transforme plus vite que jamais le paysage, il nous faut réfléchir en profondeur à ce qu’elle signifie pour la société. L’OCDE, plateforme mondiale de connaissances et d’analyse, rassemble des experts et des études issus de différents domaines : c’est le forum idéal pour ce genre de réflexion. Les principaux sujets abordés par le Forum 2016 et la Réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des Ministres – économies productives, sociétés du futur, inclusivité, développement durable – pointent les grands défis actuels. Les nouveaux phénomènes économiques exigent de nouveaux concepts et des approches communes pour mener le travail nécessaire d’analyse et d’élaboration des politiques ; la pression des pairs et la coopération entre pays animés d’un même esprit sont par ailleurs essentielles pour progresser ensemble. L’OCDE a beaucoup à offrir pour aider les responsables publics à trouver la meilleure façon d’aller de l’avant.

L’enjeu est de taille, car au fil des avancées technologiques, l’intelligence émotionnelle et l’empathie gagnent de l’importance. Alors que nous nous attaquons aux défis nouveaux et changeants de la quatrième révolution industrielle, il est sage de se souvenir que chaque défi est une opportunité. Nous ne pouvons pas nous permettre d’être trop réalistes ou de nous fermer aux possibilités que recèle l’avenir. Pourquoi ? Parce que le seul facteur qui pourrait limiter cette révolution est notre imagination.

Bienvenue dans le futur. 

Voir http://vm.fi/en/minister-of-finance

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