Les pères pour l’égalité des sexes

Direction de l'emploi, du travail et des affaires sociales, OCDE

Vers le changement ©Dinodia Photos/Getty Images

Le Prince William, Justin Timberlake, David Cameron et Mark Zuckerberg : tous ont pris un congé de paternité pour passer du temps avec George, Charlotte, Silas, Florence et Max. Ces précurseurs montrent l’exemple et prouvent qu’il est possible de conjuguer vie familiale et vie professionnelle, au moins lorsqu’un bébé arrive, mais les hommes du monde entier tardent encore à les imiter. Et ce, alors que plus de la moitié des pays de l’OCDE accordent un congé de paternité rémunéré à la naissance d’un enfant et que de plus en plus de pays accordent un congé parental rémunéré, c’est-à-dire une période de congés assortie d’une protection de l’emploi plus longue et proposée aux deux parents.

Le congé de paternité dure généralement deux à trois mois et prend différentes formes. La plus répandue est celle du « quota pour le papa », une période de congé rémunéré exclusivement réservée au père. Certains pays offrent des « semaines bonus » : un couple peut avoir droit à un congé rémunéré supplémentaire si le père utilise une partie du congé partagé. D’autres pays accordent simplement à chacun des parents leur propre congé sans période partagée. En théorie, plus de pères pourraient donc être à la maison pour s’occuper des enfants et faire en sorte que les deux parents concilient plus facilement vie de famille et emploi.

La réalité est néanmoins très différente. Les pères ne s’arrêtent généralement que quelques jours juste après la naissance du bébé, et seuls les plus déterminés et les plus courageux exercent leur droit à un congé parental plus long. Dans de nombreux pays, les pères représentent moins de 20 % des congés parentaux rémunérés. Les papas portugais et scandinaves sont plus progressistes : ils comptent pour 40 % des bénéficiaires de congés rémunérés, et parfois plus. À l’inverse, les pères australiens, tchèques et polonais boudent le congé parental, et seul un congé rémunéré sur cinquante est pris par un homme. Les congés les plus généreux sont accordés au Japon et en Corée : un congé rémunéré d’une année entière est exclusivement réservé aux pères, mais ils sont très peu à en profiter.

Pourquoi avons-nous tant de mal à nous écarter du schéma familial traditionnel ? On nous répète que les générations X, Y et Z veulent trouver un meilleur équilibre entre vie familiale et vie professionnelle, alors pourquoi les jeunes pères ne prennent-ils même pas les jours auxquels ils ont droit ?

Les considérations financières pèsent lourd au moment de la décision. Dans les pays de l’OCDE, les femmes gagnent en moyenne encore 15 % de moins que les hommes. Il est donc souvent plus logique que les pères continuent de travailler, en particulier si le congé parental est bien moins rémunéré que le travail, voire non rémunéré. Les naissances exercent souvent une pression importante sur le budget des ménages, et de nombreuses familles considèrent qu’elles ne peuvent pas se permettre ce sacrifice. Il est vrai que ni le Prince William ni Mark Zuckerberg n’avaient à s’inquiéter de la situation financière du foyer lorsqu’ils ont décidé de pouponner et de changer des couches pendant quelque temps.

Sans surprise, des études indiquent que les pères prennent leur congé lorsque celui-ci n’est pas seulement rémunéré, mais bien rémunéré (au moins la moitié du dernier salaire). En Islande et en Suède, les quotas sont relativement bien rémunérés et dépassent 60 % du dernier salaire. De même, une réforme allemande de 2007 a instauré des mois bonus bien payés pour les conjoints. En conséquence, la part des enfants dont le père a posé un congé a augmenté de plus de 50 % entre 2008 et 2013 en Allemagne, pour atteindre 32 %.

Cependant, les normes régissant le rôle de chaque sexe et les traditions culturelles constituent encore de sérieux obstacles au congé de paternité. Dans une étude de 2013, les syndicats coréens ont demandé à des pères pourquoi ils avaient décidé de ne pas prendre leur congé. Plus de la moitié a répondu avoir peur des éventuels préjugés défavorables. En France, où les hommes ne représentent que 4 % des congés parentaux, 46 % des pères n’ayant pas posé l’intégralité du congé ont dit qu’ils n’étaient simplement « pas intéressés ». Selon des données du Programme international d’enquêtes sociales, dans tous les pays de l’OCDE sauf six, au moins 50 % des personnes qui pensent que les parents devraient pouvoir prendre un congé rémunéré considèrent aussi que « la totalité » ou « la majorité » du congé devrait revenir à la mère. Dans quelques pays, notamment la République Tchèque, la République slovaque et la Turquie, on atteint même 80 %.

Enfin, l’opinion des employeurs et le contexte professionnel jouent bien entendu un rôle capital. Certains employeurs peuvent estimer qu’un père qui demande un long congé n’est pas dévoué à son travail, conduisant ceux qui envisagent un congé prolongé à craindre pour leurs perspectives de carrière et de promotion. Au Japon et en Corée, les pères qui prennent un congé rémunéré redoutent que cela ait des répercussions négatives sur leur carrière et sur les relations avec leurs collègues. De tels comportements sont moins prononcés dans de nombreux autres pays de l’OCDE, mais même en Suède, travailler pour une petite entreprise ou dans une société qui valorise les longues journées peut dissuader les pères de prendre un congé parental.

Les pouvoirs publics peuvent fournir un contexte favorable pour que les pères passent plus de temps avec leurs enfants. Cependant, le changement doit venir des employeurs et des pères eux-mêmes si nous voulons réussir à mieux répartir le travail, rémunéré ou non, entre hommes et femmes. Il ne s’agit pas seulement de promouvoir l’égalité des sexes au travail, mais aussi d’améliorer la qualité de vie pour les hommes, les femmes et les enfants.

Adapté de l’article publié sur www.OECDinsights.org le 8 mars 2016

Voir http://www.oecd.org/fr/parite/ et la base de données de l’OCDE sur la famillehttp://www.oecd.org/fr/els/famille/basededonnees.htm

Références

OCDE (2012), Inégalités hommes-femmes : Il est temps d’agir, Éditions OCDE

Korintus, Marta et Moss, Peter (2008), « International review of leave policies and related research 2008 », n° 100, juillet, Employment Relations Research Series, Department for Business, Enterprise and Regulatory Reform [Ministère britannique du commerce, de l'entreprise et de la réforme].

Bygren, Magnus et Duvander, Ann-Zofie (2006), « Parents’ workplace situation and fathers’ parental leave use », n° 68, Journal of Marriage and Family, Blackwell Publishing Inc

Haas, Linda, Allard, Karin et Hwang, Philip (2002), « The impact of organizational culture on men’s use of paternal leave in Sweden », vol. 5, n° 3, Community, Work & Family, Taylor & Francis Online

Kim, Hee-Jung (2015), « Corée : des politiques d'équilibre entre vie familiale et vie professionnelle pour une croissance durable », Annuel de l'OCDE 2015

Voir http://www.oecd.org/fr/parite/

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