L’Irlande mise sur les Silicon Docks

©Cathal McNaughton/REUTERS

Même dans une économie mondiale de l’immatériel, la situation géographique d’une entreprise conserve toute son importance. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les Silicon Docks, pôle technologique de Dublin, ont vu le jour en Irlande.

Ce nouveau quartier est l’aboutissement d’un projet à long terme visant à redonner vie à la zone portuaire abandonnée de la capitale, et le fruit d’efforts acharnés pour convaincre Google, entreprise alors naissante mais déjà florissante, d’y établir son siège international en 2003. Comme la Silicon Valley californienne, les Silicon Docks suscitent aujourd’hui un intérêt mondial. Si des entreprises de haute technologie comme Apple, Microsoft et Hewlett-Packard ont implanté leur siège international en Irlande à partir des années 1970, c’est l’arrivée de Google sur les docks dublinois qui a donné au pays une image plus moderne et renforcé son attractivité.

D’autres investisseurs ont rapidement suivi, et le quartier, réaménagé par la Dublin Docklands Authority (www.dublindocklands.ie), accueille à présent une cinquantaine d’entreprises technologiques internationales, dont des sociétés internet qui sont aujourd’hui leaders dans des secteurs comme les outils de recherche, les jeux, le commerce électronique, le paiement en ligne, les services à la personne et le marketing.

La concentration en un même lieu des grands noms comme Google, Facebook, Amazon, Yahoo, eBay et Twitter a convaincu Slack, service de messagerie instantanée américain, d’ouvrir son siège européen à Dublin en 2015. Un an plus tôt, Airbnb y avait transféré le sien, créant 100 nouveaux emplois, et la liste s’est encore allongée avec l’arrivée de LinkedIn.

Selon l’agence irlandaise pour le développement industriel (IDA), organisme semi-public chargé du développement des investissements étrangers, le secteur internet représente plus de 40 000 emplois directs, 2 milliards d’euros de salaires et 1 milliard d’euros d’impôts sur les sociétés. Le secteur pourrait être à l’origine de 45 000 emplois supplémentaires d’ici à 2018.

L’IDA s’est montrée clairvoyante en créant en 2010 une unité d’aide aux jeunes entreprises dans le cadre du programme Horizon 2020 pour attirer de nouveaux investisseurs. Malgré le ralentissement de l’économie, sa campagne de promotion à l’attention des entreprises internationales de haute technologie a convaincu des sociétés comme Indeed.com, HubSpot, Dropbox et Facebook.

Une chose paraît sûre : la fiscalité faible n’est pas le seul attrait de l’Irlande. L’impôt de 12,5 % sur les sociétés y est, il est vrai, l’un des plus bas d’Europe, mais bien d’autres pays et territoires appliquent un taux d’imposition faible sans attirer autant d’investissements. Seul pays anglophone de la zone euro, l’Irlande bénéficie également d’une main-d’œuvre hautement qualifiée, instruite et formée aux nouvelles technologies. En outre, la communauté « high-tech » établie sur les Silicon Docks agit à elle seule comme un aimant.

Le noyau formé à l’origine par quelques géants mondiaux de la technologie ne se limite plus aux bureaux des Silicon Docks ; un pôle de compétitivité technologique est né, qui s’étend à tout le centre de Dublin et rassemble aussi beaucoup d’entrepreneurs irlandais.

Cela contribue également à l’afflux d’investissements dans le reste de l’Irlande. Des entreprises technologiques sont implantées depuis des décennies hors de la capitale, avec des géants comme Apple à Cork et Hewlett-Packard (HP) à Galway. Galway voit son pôle technologique prospérer grâce aux universités de la région, véritables viviers de talents, et à la présence de grands noms américains dont IBM, Cisco, HP et SmartBear Software. HP, présent depuis 44 ans en Irlande, y a ouvert en 2015 son nouveau centre d’innovation, et Apple prévoit d’y installer un gigantesque centre de données. Avec 4 000 salariés, le siège européen d’Apple est le principal employeur privé de Cork. Les jeunes entreprises technologiques de cette ville, comme Xanadu, Trustev et Teamwork, sont en plein essor, tandis que d’autres éclosent dans des villes rurales telles que Skibbereen.

Et, comme en témoignent leurs efforts à l’égard de la jeune génération, ces entreprises comptent bien rester. Certaines enseignent aux enfants à programmer et à concevoir des logiciels, d’autres investissent dans des partenariats avec des écoles et universités.

L’essor des Silicon Docks peut-il se poursuivre ? Qu’en est-il des investissements à Cork, Galway et ailleurs ? L’avenir dépend pour beaucoup des tendances mondiales en matière de technologies, ainsi que des politiques publiques, qui doivent sans cesse être améliorées dans les domaines de l’innovation, des compétences et des échanges mondiaux. En encourageant un secteur des TIC plus fort et dynamique, y compris pour les entreprises nationales, l’Irlande pourrait bien devenir la Silicon Coast de l’Europe. Claire MacDonald

Pour plus d’informations sur l’agence irlandaise pour le développement industriel (IDA), voir www.ida.ie

Newenham, Pamela (2015), Silicon Docks : The Rise of Dublin as a Global Tech Hub, avril, Liberties Press

Patnaude, Art (2015), « Tech Workers Flock to Dublin’s Silicon Docks », The Wall Street Journal, mai

©L'Observateur de l'OCDE n°305 T1 2016




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