Un problème de taille

La croissance économique implique une augmentation des besoins en bureaux, logements et infrastructures. L’Irlande a-t-elle les moyens de faire face à la demande ?

En termes d’infrastructure, l’Irlande de 2016 n’a rien à voir avec celle des années 1990. Toutefois, la transformation date principalement d’avant la crise, notamment dans les domaines des transports et des télécommunications. Avec la reprise de la croissance, certains services publics sont aujourd’hui confrontés à des goulets d’étranglement. Le phénomène est courant en phase de reprise mais, avec des investissements publics restant limités, il sera difficile de faire baisser la pression.

Ainsi, l’exploitant semi-public Dublin Bus, dont la flotte et le budget avaient été réduits face à la baisse de la fréquentation dans le cadre des mesures d’austérité, fait désormais face à une hausse de la demande et n’arrive pas à renforcer ses services en conséquence.

La question de la capacité se pose également à l’aéroport international de Dublin. Les aéroports jouent un rôle primordial dans l’économie du pays du fait de son insularité : les liaisons avec Londres comptent parmi les plus fréquentées d’Europe. Google, par exemple, considère que la proximité de l’aéroport avec la ville et le fonctionnement optimal du site sont essentiels à la présence de son siège dans la ville. D’après une étude d’impact économique de 2015 sur l’aéroport de Dublin, une deuxième piste améliorerait la connectivité de l’Irlande et créerait 31 200 emplois et 2,2 milliards d’euros en valeur ajoutée brute d’ici 2043. Si elle est construite, la priorité pour les contribuables et des compagnies comme Ryanair sera d’en maintenir le coût à un niveau peu élevé. De plus, comme le soulignent les riverains, toute extension doit prendre en compte les problématiques environnementales : aménagement du territoire, biodiversité, pollution atmosphérique et sonore.

Les mêmes inquiétudes entourent les projets d’adaptation des ports maritimes au tourisme de croisière, un marché de plus en plus convoité par l’est de l’Irlande. L’annonce d’un projet visant à augmenter le mouillage du port de Dun Laoghaire près de Dublin (d’où partaient jadis les ferries pour le Royaume-Uni), afin d’y accueillir des bateaux de croisière, attire l’intérêt des entreprises mais suscite également des protestations, certaines organisations comme Save Our Seafront portant la bataille sur le front politique. Comme l’ont souligné certains rapports de l’OCDE, ces navires peuvent être une source de revenus, mais aussi entraîner d’importants coûts économiques et environnementaux. Parallèlement, l’afflux d’une main-d’œuvre internationale augmente la demande d’espaces de bureaux et de logements. L’expansion des géants de la technologie rend les locaux sur les Silicon Docks de moins en moins abordables pour les start-up. Les loyers ont augmenté de 12 % depuis 2007, faisant du quartier l’un des plus chers de Dublin. Certains ont su imaginer des solutions innovantes, comme Graham Barker, jeune entrepreneur qui vient d’ouvrir un espace de travail partagé dans une péniche sur les docks, au pied des grandes entreprises. L’adhésion à Dospace.ie commence au prix modique de 50 € par mois, et peut être gratuite pour certaines start-up à but non lucratif.

La mise en place de mesures visant à atténuer les loyers exorbitants pourrait améliorer la situation. En mai 2014, la mairie a autorisé la construction de nouveaux bureaux et de plus de 2 500 logements dans le quartier des docks. Néanmoins, l’agence irlandaise pour le développement industriel, qui promeut les investissements en provenance de l’étranger, a rappelé que la pénurie d’espaces de bureaux risquait de dissuader les entreprises multinationales de venir investir à Dublin, entraînant la perte de milliers d’emplois.

La multinationale PayPal attire de nombreux salariés en Irlande, mais peine à les loger. Louise Phelan, vice-présidente du groupe à l’international, a demandé aux salariés de louer des chambres aux nouvelles recrues. Elle ajoute que d’autres domaines sont touchés par le manque de capacité : écoles, soins de santé, transports. « Sans un suivi complet, nous ne pouvons pas créer d’emplois ici », affirme-t-elle. Mme Phelan pense également que perdre des investissements est un risque. Les fondateurs de Web Summit, conférence qui a longtemps réuni les geeks les plus influents du secteur à Dublin, invoquent ainsi le manque de capacité pour justifier le transfert de l’événement au Portugal en 2016.

Aujourd’hui, les entreprises fondées sur la connaissance sont indéniablement mobiles, tout comme leurs salariés. Il est donc essentiel de toujours veiller à l’adéquation de l’offre en termes de télécommunications, d’accueil, de centres de conférences, d’hébergement et d’autres services de soutien. Les pouvoirs publics doivent créer des conditions propices, sans quoi l’Irlande deviendra victime de son propre succès. Claire MacDonald

Voir www.saveourseafront.net/, www.dospace.ie/ et www.idaireland.com/

Clarke, Rory (2005), « Rythme de croisière », L’Observateur de l’OCDE n° 250, juillet, voir http://www.observateurocde.org/news/fullstory.php/aid/1377/Rythme_de_croisi_E8re.html

Flanagan, Peter (2015), « PayPal asking its staff for spare rooms in rental crisis », Independent.ie, 2 octobre, www.independent.ie/business/irish/paypal-asking-its-staff-for-spare-rooms-in-rental-crisis-31575796.html

InterVISTAS Consulting Ltd. (2015), Dublin Airport Economic Impact Study, avril, www.daainternational.ie/wp-content/uploads/2015/06/Dublin-Airport-Economic-Impact-Study-April-2015.pdf

Patnaude, Art (2015), « Tech workers flock to Dublin’s Silicon Docks », The Wall Street Journal, 28 mai

©L'Observateur de l'OCDE No 305 T1 2016




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