Vers un monde plus productif et plus inclusif

Secrétaire général de l’OCDE

Malgré presque une décennie d’efforts politiques, l’économie mondiale reste convalescente. Les séquelles de la crise sont toujours visibles : croissance atone, chômage obstinément élevé dans plusieurs pays, échanges et investissement en berne, et perte de confiance profonde de la part des citoyens. Toute perspective de voir les économies avancées ou émergentes renouer résolument avec la croissance s’éloigne depuis un an. Toutefois, revenir sur les causes de nos difficultés pourrait nous aider à trouver des solutions.

La crise qui perdure a révélé deux tendances à long terme qui freinent nos économies et altèrent le tissu social : un recul de la croissance de la productivité, celle de la productivité horaire du travail étant passée de 2 % en 1990-2000 à 0,9 % en 2007-14 ; et un creusement durable des inégalités des chances, de patrimoine, de revenu et de bien-être. Tandis que les riches sont devenus plus riches, les classes moyennes, presque partout en diminution, n’ont enregistré au mieux qu’une faible amélioration de leurs revenus, et de nombreux bas salaires ont sombré dans la pauvreté. Depuis trente ans, jamais la croissance de la productivité n’a été aussi faible et les inégalités salariales aussi importantes. 

Les responsables publics doivent prendre des mesures pour établir les bases d’une croissance économique durable et de sociétés plus justes. Une approche audacieuse et de vaste envergure est nécessaire.

La Semaine de l’OCDE 2016, qui s’articule autour du Forum de l’OCDE, les 31 mai et 1er juin, et de laRéunion du Conseil de l’OCDE au niveau des ministres (RCM), les 1er et 2 juin, explorera ces questions pour améliorer les politiques au service de sociétés plus productives et plus inclusives. Je souscris pleinement à ce qu’écrit dans L’Annuel de l’OCDE la Présidente du Chili, Mme Michelle Bachelet, dont je me réjouis de la présidence de la RCM : l’amélioration de la productivité doit viser à assurer à nos économies une croissance plus intelligente et à réduire les inégalités.

Comment les politiques favorables à l’inclusivité et la productivité se renforcent-elles mutuellement ? Il faut d’abord relancer le moteur de la croissance, notamment par l’investissement et par une baisse du chômage, obstinément élevé dans de nombreux pays. Il faut également regarder du côté de l’innovation. D’après l’OCDE, la croissance de la productivité s’est essoufflée, et le problème n’est pas tant un déficit d’innovation qu’une mauvaise diffusion de celle-ci dans l’économie. Les innovations ne circulent pas des entreprises performantes « à la frontière », où la productivité croît effectivement, vers les autres entreprises de l’industrie et des services. Cela redonne espoir, car des mesures peuvent aider à relancer la dynamique de la diffusion de l’innovation, notamment par une plus forte concurrence sur les marchés des produits – en particulier dans les services, afin que les entreprises en place ne soient pas favorisées par rapport aux nouveaux entrants –, en incitant les entreprises à adopter de meilleures technologies et à améliorer leurs performances managériales, et en favorisant un investissement privé plus productif.

Cependant, la diffusion de l’innovation et l’amélioration de l’accès aux marchés ne représentent qu’une partie de la solution. Comme l’indiquent de plus en plus d’analyses de l’OCDE, la productivité et les inégalités dépendent aussi d’aspects réglementaires concernant les marchés immobilier et du travail, le financement par l’endettement plutôt que sur fonds propres, l’affectation des capitaux, la dispersion de la productivité au sein des entreprises, ou les rémunérations excessives dans le secteur financier.

Il faut donc moderniser constamment nos cadres économiques, réformer le système de prélèvements et de transferts, et rendre la fiscalité plus équitable. Il faut revoir nos réglementations afin de promouvoir l’accès aux marchés et la diffusion de l’innovation. Femmes et jeunes doivent être plus nombreux à occuper des emplois de qualité, et il faut intensifier les efforts pour réduire l’écart inacceptable de rémunération entre hommes et femmes dans nos pays. Il faut de plus renforcer l’action dans le domaine des migrations, et intégrer les nouveaux arrivants dans nos sociétés pour qu’ils puissent mettre pleinement à profit leurs compétences, au bénéfice de tous.

L’on ne saurait trop insister sur l’importance des compétences. Si la productivité signifie « travailler plus intelligemment », plus de productivité implique plus de qualifications pour tous. Il ne s’agit pas seulement d’élargir l’offre de compétences dans la population, mais aussi de recycler et d’améliorer l’utilisation des compétences.

J’ai eu l’occasion de rappeler, lors du Forum sur l’avenir du travail en janvier, que l’inadéquation des compétences dans nos économies risquait de suivre une courbe exponentielle si nous n’introduisions pas d’urgence des mesures propres à améliorer les qualifications, afin d’assurer les conditions d’une croissance inclusive. La révolution numérique bouleverse profondément la nature du travail, accroissant la demande en emplois hautement qualifiés ainsi qu’en certains emplois peu qualifiés. Elle se traduit aussi par l’automatisation et la disparition d’emplois impliquant des tâches routinières.

Mais les travailleurs qualifiés sont également vulnérables, comme le montrent plusieurs articles de cetAnnuel de l’OCDE. Chauffeurs ou concepteurs d’autobus, employés ou directeurs de banques, ou encore professions libérales emblématiques de la classe moyenne tels les médecins ou les avocats : la révolution de la production promet de transformer la vie de chacun. Il est aujourd’hui plus important que jamais de mettre en place des mesures aidant chacun à parer aux incertitudes et à renforcer la confiance et les compétences.

La productivité ne doit donc pas être considérée isolément. Productivité et inclusivité ont de nombreuses racines communes. L’enjeu pour les responsables publics est de déterminer les mesures « gagnant-gagnant » aptes à favoriser les deux et à enclencher un cercle vertueux d’amélioration de l’inclusivité et de la productivité. La cohésion sociale et la durabilité environnementale sont également cruciales dans cette nouvelle équation. En s’efforçant d’accroître la productivité, on ne peut négliger l’impératif de la sauvegarde de notre planète, ni notre devoir d’édifier des sociétés plus équitables et plus performantes. De fait, la durabilité ouvre une nouvelle frontière qui peut contribuer à stimuler tant la productivité que l’inclusivité.

D’importants accords internationaux – les Objectifs de développement durable aux Nations Unies en septembre à New York, l’Accord de Paris sur le climat à la COP21 en décembre (officiellement signé en avril), et la conférence de Nairobi sur le commerce multilatéral en décembre – ont été conclus en 2015, année où a également été présenté le projet OCDE/G20 sur l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices (BEPS), conçu pour favoriser la transparence financière à l’échelle mondiale et réduire la fraude fiscale internationale.  

Notre bien-être futur dépend du respect de ces engagements, et 2016 doit être l’année où commence leur mise en œuvre et où doivent être saisies ces opportunités historiques. Nous devons redoubler d’efforts pour rétablir la confiance et la cohésion sociale, et guérir les fractures nationales ou internationales qui menacent notre avenir.

La collaboration internationale est donc plus que jamais décisive. L’inclusivité concerne tout autant les pays que les individus : ni les uns ni les autres ne doivent être laissés pour compte.

Mettre en œuvre les accords et avancer ensemble vers un monde plus fort, plus propre et plus sûr : c’est ce que les citoyens du monde entier attendent, et ce que leurs dirigeants peuvent et doivent leur offrir. Les turbulences économiques et politiques peuvent rendre la progression difficile, mais ensemble, nous pouvons relever ce défi. Ensemble, nous devons être plus productifs et inclusifs en contribuant à concevoir des politiques meilleures pour une vie meilleure.

www.oecd.org/fr/apropos/secretairegeneral

www.observateurocde.org/angelgurria

©L'Annuel de l'OCDE 2016

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