Croissance et développement local : l'ère des nouveaux arbitrages

PDG, Sodexo

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Nouvelle révolution technologique, vieillissement massif de la population mondiale, raréfaction des ressources naturelles, urbanisation galopante... Dans un monde en mutation accélérée, la valeur se déplace et questionne en permanence les business model des entreprises. Hier, délocaliser tout ou partie de son activité permettait de regagner en compétitivité. Aujourd'hui, cette logique a vécu, et s'implanter sur un territoire apparaît désormais comme le fruit d'arbitrages bien différents, alliés à une vision plus durable.

Je vois deux raisons à cette évolution. Tout d’abord, les entreprises reconsidèrent la rentabilité de ces investissements. En effet, entre 2000 et 2011, les salaires ont doublé en Asie et augmenté seulement de 5 % dans les pays développés. Et, entre les surcoûts liés à une qualité de fabrication parfois médiocre ou inégale, l'explosion des coûts de transport, ou encore les risques de contrefaçons, l'avantage compétitif apporté par une délocalisation s'amoindrit considérablement. Aux États-Unis, par exemple, la relocalisation prend ainsi de plus en plus d'ampleur : 54 % des dirigeants interrogés envisagent de relocaliser leur production dans les cinq ans à venir.

Ensuite, il y a une indéniable demande des consommateurs, dont les décisions d’achat prennent de plus en plus souvent en compte les impacts environnementaux et les conditions « sociales » de production. L'acquisition de produits provenant de « circuits courts » devient un véritable acte citoyen, et se double d'une exigence de transparence de la part des entreprises. Malgré la crise, les consommateurs sont prêts à acheter à un prix plus élevé : en France, près des deux tiers des consommateurs français (contre moins de la moitié en 2005) sont prêts à payer plus pour du « Made in France ». Cette prise de conscience sociétale, culturelle et environnementale touche également le fonctionnement des entreprises : leurs dirigeants et collaborateurs sont aussi des citoyens concernés, des consommateurs avisés et des clients exigeants. Au-delà des cadres réglementaires, beaucoup d'entre nous ont pris conscience des excès qui ont pu avoir cours dans les années 1990-2000.

Aujourd'hui, nombre de dirigeants sont convaincus qu'il est indispensable d'inscrire leur activité dans les territoires dans lesquels ils opèrent de façon respectueuse. Cette vision, complexe à mettre en œuvre mais constructive, vise certes l'efficacité et la performance. Mais pas seulement : elle crée et nourrit une dynamique de long terme avec les talents du territoire, avec les producteurs locaux, avec des communautés qui ont leurs propres enjeux et attentes.

Je suis convaincu qu'allier ancrage territorial et empreinte mondiale n'est en rien paradoxal : ces deux dimensions sont inextricablement liées si l'on recherche une croissance durable. Cette approche est intrinsèquement liée au cœur de métier d’une entreprise de services comme Sodexo, implantée dans 80 pays. Tous les secteurs dans lesquels nous délivrons nos services de qualité de vie sont impactés par ces mutations mondiales : la santé, l'éducation, l'entreprise, l'aide à domicile... Parce que la valeur d’un service se construit, par définition, au plus près de ses clients, nous cultivons cette proximité. Le développement local fait donc partie intégrante de notre mission et contribue à notre propre croissance.

Lors de chaque nouvelle implantation, nous veillons donc à adapter notre organisation et nos méthodes aux spécificités du territoire. La majorité de nos collaborateurs sont locaux, et nous sommes très souvent le principal employeur de la région. Pour attirer les meilleurs talents et les retenir, nous leur offrons un emploi stable et des formations, afin de garantir la mobilité et l’ascenseur social.

Nous sommes également très fortement engagés auprès des PME locales. Nous avons tout intérêt à les faire grandir – c'est une question de bon sens entrepreneurial ! Être proche des fournisseurs locaux et construire dans la durée avec eux nous permet de mieux contrôler la qualité de nos prestations et les conditions de production, d'être plus agiles et mieux intégrés au tissu économique dans lequel évoluent nos clients, nos partenaires et nos consommateurs, de garantir la traçabilité et de limiter nos impacts environnementaux. Notre Supply Chain Inclusion Program incite ainsi nos filiales à intégrer davantage de PME parmi leurs fournisseurs et à les faire bénéficier de formations pour développer la qualité et la compétitivité de leur offre. Ces entreprises peuvent ainsi accéder à des marchés auxquels elles n'auraient pas pu répondre auparavant. Lors de la dernière conférence annuelle de la Clinton Global Initiative, nous avons également pris l'engagement d'investir, d’ici à 2017, 1 milliard de dollars auprès de 5 000 PME. Cet engagement devrait conduire à la création de plus de 250 000 emplois locaux.

En synergie avec les États et les ONG, les entreprises internationales ont un rôle nouveau à jouer, par leurs engagements et leurs arbitrages, dans le développement économique, social et environnemental des territoires. L'explosion de l'économie numérique, qui redéfinit la notion de lieu de production et met à mal les règlementations ainsi que les fiscalités nationales, sera un défi supplémentaire à relever. Plus que jamais, nos choix et notre conduite devront être irréprochables pour construire durablement une relation de confiance avec nos clients et les communautés dans lesquelles nous opérons.

Sodexo est un partenaire du Forum de l’OCDE 2016

Landel, Michel (2015), « Pour une économie plus humaine », L’Annuel de l’OCDE 2015

Landel, Michel (2013), « La Nouvelle frontière de la performance », L’Annuel de l’OCDE 2013

www.fr.sodexo.com

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