2016, année de la mise en œuvre

Secrétaire général de l’OCDE

Si l’année 2015 a été marquée par des accords durement acquis, 2016 sera sous le signe de la mise en œuvre. Les accords font l’actualité, leur mise en œuvre améliore la vie des populations. 

Comme je l’écrivais dans ces pages l’an dernier, les espoirs mondiaux étaient en 2015 fixés sur les dirigeants de la planète, qui préparaient des sommets historiques. Ces espoirs n’ont pas été déçus. De manière inédite, le monde a parlé à l’unisson pour conclure des accords sur le financement du développement à Addis-Abeba en juillet, sur les Objectifs de développement durable à New York en septembre, et lors de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP21) à Paris en décembre. Nous avons aussi nettement progressé en matière de réduction des risques de catastrophe à Sendai (mars), et de commerce à Nairobi (décembre). L’OCDE a contribué sans relâche à ces réunions essentielles. Désormais, nous devons veiller à l’application adéquate de ces accords.

Prenons l’exemple du climat. L’engagement pris à Paris, à la fin de l’une des années les plus chaudes jamais enregistrées, définit des cibles claires et ambitieuses pour contenir la hausse des températures mondiales en dessous de 2°C, un cycle de révision quinquennal, des règles de transparence et un cadre pour soutenir les pays en développement. Il trace la voie vers un avenir plus résilient au changement climatique, voie que les États doivent désormais emprunter en traduisant les accords en actions.

L’OCDE soutiendra ces efforts en fournissant données, analyses, suivi et conseils, et en aidant les décideurs à agir face aux défis et aux opportunités. Une occasion unique se présente aujourd’hui : vu la faiblesse des cours du pétrole, les pays de l’OCDE devraient prendre immédiatement des mesures de réduction drastique des subventions aux combustibles fossiles. Ces mesures, positives en termes d’émissions de carbone, dégageraient aussi des ressources pour d’autres priorités, notamment les conséquences de la crise et l’atonie de l’économie mondiale.

Avec le G20, nous avons réalisé de grands progrès dans l’amélioration de la gouvernance mondiale. Un accord international majeur sur la fiscalité a été conclu en 2015 avec l’approbation du projet BEPS (lutte contre l’érosion de la base d'imposition et le transfert de bénéfices). En 2016, nous nous attacherons à l’appliquer au moyen d’un cadre inclusif associant davantage de pays en développement. Et nous continuerons à faire progresser la transparence fiscale, au titre de l’initiative pour l’échange automatique de renseignements.

Nous soutiendrons aussi d’autres efforts du G20 visant à bâtir une économie mondiale innovante, inclusive et interconnectée. Sous la présidence chinoise du G20, nos travaux sur l’innovation, la corruption, les échanges et l’investissement seront au cœur des débats. De plus, nous collaborons étroitement avec le Japon afin de l’appuyer dans sa présidence du G7.

Le moteur de la croissance mondiale est encore en réparation. Nos prévisions économiques du printemps 2015 étaient teintées d’un certain optimisme, altéré au fil de l’année par des révisions à la baisse. Les Perspectives économiques de l’OCDE de novembre témoignaient d’un nouvel assombrissement des perspectives de croissance mondiale : le ralentissement s’accentuera sur les marchés émergents, pesant sur l’activité et les échanges mondiaux, et les investissements et dépenses seront timides dans les économies avancées. Existe-t-il une lueur d’espoir susceptible de nous conduire à revoir nos prévisions à la hausse, pour changer ?

La création d’emplois se redresse lentement dans de nombreux pays, grâce aux efforts résolus des responsables politiques, et la faiblesse des cours des produits de base pourrait favoriser la demande. Toutefois, dans les pays de l’OCDE, plus de 40 millions de personnes restent sans emploi, dont un tiers depuis un an ou plus, et risquent d’être piégées au bas de l’échelle économique et sociale. Une approche multidimensionnelle est nécessaire, avec de vigoureuses mesures d’activation de la main-d’œuvre, étayées par des politiques sociales couvrant les compétences, l’égalité hommes-femmes, la jeunesse et l’égalité des chances.

Dans cette optique, l’OCDE a accueilli un Forum stratégique, jumelé à une Réunion ministérielle sur l’emploi et le travail (14-15 janvier). Y furent examinées les transformations qui façonnent le travail de demain. Notre Organisation étudie minutieusement ces tendances, via nos travaux sur les compétences, l’innovation et le bien-être, et dans le cadre de notre initiative NAEC (Nouvelles approches face aux défis économiques). Ainsi, le numérique ouvre des opportunités et marchés nouveaux, et les compétences, le capital et l’organisation du lieu de travail évoluent profondément. D’après nos données, s’agissant de création d’emplois, qualité et quantité peuvent aller de pair dès lors que les politiques et cadres institutionnels adéquats sont en place.

L’un des défis fondamentaux en 2016 consiste à inverser le déroutant ralentissement de la croissance de la productivité qui a marqué les pays de l’OCDE, même les plus avancés, depuis le début des années 2000. Des mesures ciblant l’inclusivité pourraient-elles simultanément stimuler la productivité ? Après tout, les inégalités de revenus se sont creusées au cours de la dernière décennie, pour être aujourd’hui à leur plus fort en 30 ans dans la plupart des pays de l’OCDE. Suivant notre démarche NAEC, nous devons avoir une vision globale de ces questions, dans le cadre de notre effort pour rendre nos économies et nos sociétés plus dynamiques, résilientes et inclusives. Existe-t-il une relation entre égalité et productivité ? Fonctionne-t-elle dans les deux sens ?

Productivité et croissance inclusive occuperont une place centrale dans le programme de notre Réunion annuelle du Conseil au niveau des Ministres (RCM) les 1er et 2 juin, organisée conjointement au Forum de l’OCDE (31 mai-1er juin) durant la Semaine de l’OCDE, désormais bien établie. La RCM sera présidée par le Chili, ce qui permettra de mettre en lumière l’énorme potentiel de l’Amérique latine. De fait, durant la RCM, nous lancerons un Programme régional de l’OCDE pour l’Amérique latine et les Caraïbes, qui accroîtra la cohérence et l’homogénéité de nos travaux et de notre engagement vis-à-vis de cette région.

Plusieurs conférences ministérielles marqueront aussi 2016 : sur la lutte contre la corruption (mars), le renforcement du système alimentaire mondial (avril), l’économie numérique (juin) et l’environnement (septembre). Nous serons également actifs sur d’autres fronts. Avec la crise des réfugiés en Europe, nos travaux sur les migrations et l’intégration ont acquis une pertinence exceptionnelle. Et nous continuerons de progresser sur l’égalité hommes-femmes, le bien-être des enfants, l’éducation et les compétences, comme sur bien d’autres sujets. Nous nous réjouissons de faire avancer le processus d’adhésion de la Colombie, du Costa Rica, de la Lettonie et de la Lituanie, et de continuer de déployer nos différents programmes régionaux et nationaux.

Le programme est chargé. Mais je suis sûr que nous serons à la hauteur des attentes et que nous saurons le mener à bien. Maintenant, plus que jamais, nous devons veiller à ce que les accords importants que la communauté internationale a conclus en 2015 soient correctement mis en œuvre. Nous le devons à nos concitoyens, à notre planète et aux générations futures.

www.observateurocde.org/angelgurria

www.oecd.org/fr/apropos/secretairegeneral


©L'Observateur de l'OCDE n°305 T1 2016




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