La culture financière, un enjeu pour le développement

« Quasiment tous nos problèmes sont financiers. L’argent, c’est toujours un problème. Je dois encore m’occuper de mes parents qui ne travaillent pas et m’assurer qu’ils ont de quoi manger ; c’est moi qui paie leur assurance car ils n’en ont plus les moyens. Je ne gagne pas assez pour tout cela. » 

Ce témoignage d’un homme de 35 ans originaire du Lesotho a été recueilli dans le cadre de l’initiative Making Access Possible de l’UNCDF. Les consommateurs à faibles revenus doivent prendre des décisions financières complexes encore plus souvent que les autres, car leur marge de manœuvre est plus étroite et leurs revenus, modestes et irréguliers. Au Lesotho et au Swaziland, de nombreux travailleurs consacrent jusqu’à 40 % de leurs revenus au remboursement de lourds emprunts. Sur le marché informel de la consommation, l’endettement est souvent un indicateur de pauvreté, mais aussi de connaissances financières trop limitées.

Ces problèmes ne se limitent pas aux consommateurs ou aux pays pauvres. Face aux inquiétudes grandissantes liées au surendettement, les dirigeants du monde entier s’intéressent aux prêts « prédateurs », qui exploitent l’inculture financière des consommateurs pour les pousser à contracter des emprunts qu’ils ne pourront rembourser. Certaines réformes de bon sens, notamment en France, obligent les prêteurs à inscrire des mentions légales (« Un crédit vous engage et doit être remboursé » et « Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager ») sur leurs supports publicitaires, qui doivent aussi contenir des explications claires et précises sur le coût du crédit à long terme (taux d’intérêt, montant total dû, coût final). La loi sud-africaine Broad-Based Black Economic Empowerment contient des dispositions spécifiques sur l’éducation financière et l’autonomisation des consommateurs. L’objectif de ce type de réglementations est d’améliorer les compétences et l’inclusion financières. Mais, si ces réformes ont contribué à renforcer la protection financière des consommateurs, elles ne règlent qu’une partie du problème.

De nombreuses personnes, dans les pays développés comme en développement, ont une connaissance médiocre des notions financières élémentaires et n’ont pas un comportement financier avisé. Selon un document de travail de l’OCDE rédigé par Adele Atkinson et Flore-Anne Messy, dans près des 14 pays de quatre continents ayant participé à l’étude, la moitié au moins des adultes ne connaissent pas l’impact des intérêts composés sur leur épargne, et moins d’un sur cinq compare les produits financiers avant d’y souscrire. La situation n’est hélas guère plus brillante chez les jeunes. Le rapport Students and Money montre que dans les 13 pays et économies de l’OCDE ayant pris part à l’évaluation de la culture financière (rapport PISA 2012 de l’OCDE), environ un étudiant sur sept est incapable de prendre des décisions simples s’agissant de dépenses de la vie quotidienne, et seulement un sur dix peut résoudre des questions financières complexes. Ces résultats surprenants appellent une action rapide afin que les adultes de demain comprennent leurs relevés de compte, les coûts à long terme des crédits à la consommation et le fonctionnement des assurances, entre autres services et produits financiers de base. En effet, améliorer la culture financière des jeunes contribuera à faire en sorte qu’ils puissent bénéficier de l’épargne, de la retraite et d’une couverture maladie, autant de filets de sécurité indispensables lorsqu’assistance parentale et systèmes sociaux font défaut.

Pour aider les États à concevoir et appliquer des politiques favorables aux compétences financières, notamment des jeunes, l’OCDE et son Réseau international pour l’éducation financière (INFE) ont élaboré des Principes de haut niveau sur les stratégies nationales d’éducation financière, approuvés par les dirigeants des pays du G20 en 2012. Ils encouragent les pays à élaborer des cadres de politique d’éducation financière, coordonnés au niveau national, et à fournir des lignes directrices générales sur les principaux éléments d’une stratégie nationale efficace, par exemple un mécanisme de coordination avec la société civile et le secteur privé.

Les pouvoirs publics peuvent impliquer des prestataires de services financiers et d’autres acteurs clés pour développer, par divers moyens, les capacités financières des jeunes et des adultes. La stratégie nationale du Rwanda souligne par exemple l’importance de diffuser l’éducation financière non seulement par les écoles, mais aussi par d’autres canaux novateurs pour atteindre les jeunes vulnérables et non scolarisés. Umutanguha Finance, l’une des dix institutions soutenues par l’initiative YouthStart de l’UNCDF, forme des adolescents à l’éducation financière pour qu’ils apprennent à leurs cadets à épargner, par exemple. Cet apprentissage par les pairs est particulièrement utile, car les jeunes ont tendance à écouter davantage leurs semblables que les adultes, et cette approche participative contribue à faire d’eux des agents du changement dans leur communauté.

Les programmes en faveur de la culture financière peuvent jouer un rôle important pour réduire les inégalités sociales, autonomiser les citoyens et diminuer les asymétries de l’information entre intermédiaires financiers et clients. Il est de la responsabilité des pouvoirs publics d’élaborer des politiques d’éducation financière et d’instaurer des cadres solides de protection des consommateurs pour veiller à ce que ceux-ci soient informés et puissent comprendre les produits financiers disponibles. Des innovations comme les paiements électroniques font pencher la balance en faveur de ceux qui ont été, trop longtemps, exclus du système. Mais toutes les innovations du monde ne pourront changer la donne si les consommateurs ne sont pas armés pour prendre les bonnes décisions financières.

 

Liens et références

Atkinson, A. et F.-A. Messy (2012), « Measuring financial literacy: Results of the OECD/International Network on Financial Education (INFE) pilot study », Documents de travail de l'OCDE sur la finance, l'assurance et les pensions privées n° 15, Éditions OCDE, http://oe.cd/11y.

Centre de développement de l’OCDE (2014), Good Practices in Development Communication, Éditions OCDE, disponible sur www.financial-education.org/home.html.

Fonds d’équipement des Nations Unies, voir www.uncdf.org/fr.  

Government Gazette n° 37271, Afrique du Sud, 27 janvier 2014.

Légifrance, Loi n° 2010-737 du 1er juillet 2010 portant réforme du crédit à la consommation, www.legifrance.gouv.fr.

OCDE (2014), Les élèves et l’argent : Les compétences en culture financière au XXIe siècle (Volume VI), Éditions OCDE, disponible sur www.oecd.org/pisa

©L'Observateur de l'OCDE n°303 septembre 2015




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