Éducation post-2015 : un investissement sûr

Directeur, Direction de l’éducation et des compétences de l’OCDE

©Issei Kato/REUTERS

La division du monde entre pays riches et bien éduqués d’une part et pays pauvres et peu instruits d’autre part appartient au passé.

Pour ce qui est de l’éducation, il importe de noter que le programme de développement durable pour l’après-2015 ne vise plus simplement à ce que davantage de personnes poursuivent plus longtemps leurs études, mais à s’assurer qu’elles acquièrent un socle de connaissances solide dans des disciplines majeures, aiguisent leur réflexion critique et créative, développent leurs compétences collaboratives et renforcent leurs qualités personnelles comme la sensibilité, la curiosité, le courage et la résilience.

Il ressort en premier lieu de notre rapport de 2015, Universal Basic Skills: What Countries Stand to Gain, que la qualité de l’éducation dans un pays est un puissant facteur prédictif de la richesse produite par ce pays à long terme. En termes inverses, le manque à gagner économique dû aux mauvaises politiques et pratiques éducatives laisse de nombreux pays dans ce qui constitue un état permanent de récession économique, laquelle peut s’avérer plus vaste et plus profonde que celle qui a suivi la crise financière du début du millénaire, dont beaucoup de pays peinent encore à s’extraire.

Parmi les pays comparés, le Ghana enregistre le plus bas taux de scolarisation dans le secondaire (46 %), mais également les plus mauvais résultats scolaires des élèves de 15 ans (291 points au test PISA, dans le cadre du Programme international de l’OCDE pour le suivi des acquis des élèves). Il semble difficile que le Ghana atteigne l’objectif des compétences universelles de base dans un avenir proche, mais s’il y parvenait, il pourrait multiplier, sur toute la durée de vie de ses enfants nés aujourd'hui, en valeur actualisée, son PIB courant par 38. Cela équivaut à tripler son futur PIB actualisé tous les quatre ans au cours de la vie active des élèves dotés de compétences renforcées. Pour les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, la valeur actualisée des gains futurs resterait 13 fois supérieure au PIB courant et représenterait en moyenne une progression de 28 % sur les 80 prochaines années. Pour les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, qui affichent en général des retombées accrues de l’enseignement, elle correspondrait à une hausse de 16 % du PIB.

L’objectif des compétences universelles de base a également un sens pour les pays à revenu élevé, notamment les pays producteurs de pétrole. Beaucoup ont aujourd'hui réussi à transformer leurs ressources naturelles en capital physique et en consommation matérielle, mais ont échoué à les convertir en capital humain capable de générer les résultats économiques et sociaux nécessaires pour assurer leur avenir. Le rapport montre que les pays à revenu élevé hors zone OCDE, en tant que groupe, bénéficieraient d’une valeur économique ajoutée équivalente à presque cinq fois la valeur de leur PIB courant s’ils dotaient tous leurs élèves des compétences fondamentales au moins. Un message important est donc adressé aux pays riches en ressources naturelles : la richesse qui se cache dans les compétences non développées de leur population est beaucoup plus importante que celle qu’ils puisent actuellement dans leurs ressources naturelles. En outre, le PISA met en évidence une forte corrélation négative entre d’une part l’argent que les pays obtiennent en exploitant leurs ressources naturelles et d’autre part les connaissances et compétences de leurs effectifs scolaires. Le pétrole et le PISA ne font donc pas vraiment bon ménage.

Cela peut s’expliquer par le fait que dans les pays pauvres en ressources naturelles, l’éducation est fortement valorisée et donne d’excellents résultats, au moins en partie parce que la majorité de la population a compris que le pays dépend des connaissances et des compétences, et que celles-ci reposent sur la qualité de l’éducation. En d’autres termes, la valeur qu’un pays accorde à l’éducation peut dépendre, du moins partiellement, de la façon dont il considère que les connaissances et les compétences participent à sa croissance.

Il est tentant de penser que les pays à revenu élevé disposent de tous les moyens pour éliminer les résultats très médiocres dans l’éducation et auraient déjà dû atteindre l’objectif et les cibles du programme pour l’éducation post-2015. Cependant, ce n’est pas ce que montre le rapport. Par exemple, 24 % des jeunes de 15 ans aux États-Unis échouent même aux exercices de base du niveau 1 du PISA. Si les États-Unis faisaient en sorte que tous les élèves atteignent l’objectif des compétences universelles de base, les gains économiques pourraient dépasser 27 milliards USD en revenu supplémentaire pour l’économie américaine au cours de la vie active de ces élèves. Même les pays de l’OCDE à revenu élevé ont donc beaucoup à gagner à doter tous les élèves des compétences fondamentales d’ici 2030. Pour ce groupe de pays, le PIB moyen futur s’en trouverait augmenté de 3,5 %. Ce chiffre est proche de ce que dépensent actuellement ces pays dans l’éducation. En d’autres termes, les gains économiques consécutifs à l’élimination des résultats scolaires très médiocres dans les pays de l’OCDE à revenu élevé d’ici 2030 suffiraient à financer l’éducation primaire et secondaire de tous les élèves.

Le message de ces analyses plutôt complexes est simple : il n’existe pas de formule pour améliorer les résultats de l’apprentissage dans une économie mondiale post-2015 où les connaissances et les compétences sont devenues une monnaie internationale garante d’emplois meilleurs et de vies meilleures. Et aucune banque centrale ne frappe cette monnaie. On ne peut ni en hériter, ni la produire par spéculation ; on peut uniquement la développer en investissant durablement dans l’humain.

Se pose alors la question suivante : la progression des résultats scolaires évoquée dans notre rapport de 2015 est-elle réaliste, et comment peut-elle être mise en œuvre d’ici 2030 ? La réponse à la première question est clairement affirmative. Le PISA indique que les pays les plus performants dans l’éducation, comme la Corée, Singapour et Shanghai (Chine), ont renforcé leur position dominante ces dernières années, et que les pays comme le Brésil, le Mexique, la Tunisie et la Turquie ont beaucoup progressé depuis les faibles niveaux de performance enregistrés précédemment – tout ceci à un rythme qui dépasse, de loin, l’évolution décrite dans le rapport. Le monde regorge donc d’exemples de progrès éducatifs, et il n’y a pas de temps à perdre. Sans les compétences appropriées, les individus finissent en marge de la société, le progrès technologique ne se traduit pas par la croissance économique, et les pays ont beaucoup de mal à conserver une longueur d’avance dans notre monde hyper-connecté. Dans ce scénario, le ciment social qui unit nos sociétés finit par se désagréger. Le monde est devenu indifférent aux réputations passées et impitoyable envers la fragilité. Les individus, institutions et pays qui réussiront seront ceux qui s’adapteront vite, se plaindront rarement et seront ouverts au changement. La mission des gouvernements est d’aider leurs citoyens à relever ce défi en s’assurant que, d’ici 2030, ils possèdent tous les connaissances et les compétences dont ils ont besoin pour poursuivre leurs études, travailler et vivre leur vie.

Adapté de l’article publié en mai 2015 sur le blog OECD Education Today.

Références

Voir http://fr.unesco.org/world-education-forum-2015/declaration-dincheon et https://blogs.worldbank.org/education

Voir www.oecd.org/pisa

OCDE (2015), Universal Basic Skills: What Countries Stand to Gain, Éditions OCDE

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©L'Observateur de l'OCDE n°303, septembre 2015




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