Le Myanmar et l’inclusion financière : un pas de géant pour le développement

U Chit Po a 49 ans et tient une épicerie au Myanmar. Il a une épouse et deux enfants à charge. Il a récemment connu un grave ennui de santé et souhaiterait prendre prochainement sa retraite. Or, il n’a pas de couverture maladie car il n’y a pas de licence pour le marché de l’assurance santé au Myanmar. Ses revenus sont constitués des bénéfices de son petit commerce et des intérêts sur les sommes qu’il prête au taux de 20 % par jour. Il n’a jamais épargné dans un établissement bancaire officiel, mais ses connaissances sur la valeur et les complexités de l’épargne sont de très haut niveau. Il trouve la bureaucratie bancaire trop pesante, en particulier pour les retraits à très bref délai, et estime que les taux d’intérêt proposés par les banques n’en valent pas le coup.

À l’image d’U Chit Po, la plupart des adultes au Myanmar n’utilisent pas les services financiers officiels. Plus de la moitié du crédit vient de sources informelles, de personnes qui prêtent leur épargne afin de compléter leur revenu. Si cette intermédiation joue un rôle important dans l’économie locale, sous l’angle de l’action publique, elle pénalise l’investissement national.

Les individus qui ont recours aux services financiers officiels se limitent en général à un service. Quelque 30 % de la population adulte totale ont accès à un service financier régulier d’un établissement réglementé, mais seuls 6 % ont accès à plusieurs services (crédits, épargne, assurance et paiements) ; ce taux est supérieur chez les adultes vivant en milieu urbain.

Le développement du système financier rural est particulièrement crucial. De tous les segments de l’économie nationale, le secteur rural est le plus mal desservi par le système financier officiel : seuls 2,5 % de tous les prêts lui sont octroyés, alors même qu’il représente 30 % du PIB et deux tiers des emplois. Améliorer l’accès au secteur financier dans les régions rurales pourrait enclencher un processus de modernisation de l’agriculture et la création d’emplois non fermiers, ce qui serait déterminant pour l’avenir.

En raison de cet accès insuffisant, des adultes utilisent des services financiers « inadaptés » pour satisfaire un besoin de financement particulier. Au Myanmar, 31 % des adultes ont été confrontés, dans leur ménage ou leur famille, à une maladie qui a engendré des frais médicaux. En l’absence d’une assurance santé, 47 % des adultes ont eu recours au crédit, 27 % ont vendu des actifs ou diminué leurs dépenses, 22 % ont puisé dans leur épargne et 4 % ont renoncé à ces dépenses. Tous ont été contraints de déprécier leur patrimoine, accroissant ainsi leur vulnérabilité face aux chocs futurs, et de nuire ainsi à une affectation productive des ressources.

Le programme MAP (Making Access Possible) de l’UNCDF rend compte de la réalité de la vie d’adultes de divers groupes économiques sur la base de leurs revenus, afin de comprendre les besoins de différents segments de la population et d’adapter les réponses apportées par l’offre aux défis posés par le contexte actuel et le marché. Ceux-ci incluent notamment une forte dépendance à l’égard des systèmes bancaires sur support papier, une économie politique en évolution rapide et un secteur financier en pleine modernisation, qui nécessitera des compétences et des approches nouvelles pour répondre aux besoins sur le terrain.

Le programme MAP cible les consommateurs à faible revenu, ainsi que les petites et micro-entreprises. Au Myanmar, il aide ainsi le gouvernement à atteindre ses objectifs d’amélioration de l’accès aux services financiers, de réduction de la pauvreté et de stimulation de l’emploi et de l’activité économique.

À cette fin, l’UNCDF, en partenariat avec le ministère des Finances du Myanmar, a élaboré une feuille de route à l’appui de l’inclusion financière. Celle-ci étudie les différentes solutions envisageables, le calendrier et les ressources nécessaires, et aidera le ministère à définir son action et ses priorités en matière d’inclusion financière à court, moyen et long termes, et à inciter des partenaires au développement à soutenir des domaines spécifiques de besoins financiers ou autres.

Cette feuille de route a été présentée lors de la Conférence sur l’inclusion financière de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est qui s’est tenue à Rangoun en octobre 2014, et qui a abouti aux Yangon Outcomes for Financial Inclusion, un ensemble de recommandations destinées à accélérer l’inclusion financière dans la région de l’ASEAN.

La conférence de Rangoun s’inscrivait dans le cadre du programme de l’UNCDF intitulé Shaping Inclusive Finance Transformations (SHIFT), dont l’objectif est de doubler le niveau d’inclusion financière dans la région de l’ASEAN d’ici 2020.

Avec les changements récents de gouvernement et le nouvel intérêt manifesté par les investisseurs, le Myanmar est bien placé pour connaître la croissance. Dans ses Economic Outlook for Southeast Asia, China and India 2015, le Centre de développement de l’OCDE prédit à l’économie nationale une croissance de près de 7,8 % au cours des cinq prochaines années, qui pourrait faire sortir des millions de personnes de la pauvreté. Il apparaît de plus en plus clairement que l’inclusion financière peut contribuer à l’instauration de politiques équitables en faveur de la croissance, susceptibles de réduire la pauvreté et les inégalités.

Compte tenu du niveau actuel de développement du secteur financier du Myanmar, beaucoup reste à faire pour accroître l’accès et, chose importante, améliorer la qualité et l’étendue des services proposés à ceux qui sont parvenus à l’inclusion financière. La feuille de route fournira une approche structurée, garante d’une répartition des fruits de la croissance économique entre les populations démunies et marginalisées.

Références

Conférence sur l’inclusion financière de l’ASEAN, http://myanmar2014afic.wix.com/home.

OCDE (2015), Economic Outlook for Southeast Asia, China and India 2015: Strengthening Institutional Capacity, Éditions OCDE

OCDE (2015), Multi-dimensional Review of Myanmar, Volume 2, Éditions OCDE

Fonds d’équipement des Nations Unies, www.uncdf.org

Voir www.oecd.org/fr/dev

©L'Observateur de l'OCDE n° 303, septembre 2015




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