Construire plus, construire bien : financement du développement, infrastructures et changement climatique

Direction de la coopération pour le développement de l’OCDE

La Conférence sur le changement climatique tenue à Paris en novembre et décembre marque le point d’orgue d’une année où plusieurs jalons ont été posés pour assurer un meilleur avenir à tous. La prise en charge du changement climatique occupe une place déterminante dans les 17 objectifs de développement durable (ODD) convenus à New York en septembre 2015 ; la signature d’un accord à Paris pourrait non seulement appuyer les efforts qui ont conduit à ces ODD historiques, mais aussi redonner espoir à tous les habitants de la planète, surtout les plus vulnérables.

Plus de 800 millions de personnes vivent toujours avec moins de 1,25 USD par jour et ont besoin d’aliments de base, d’eau, d’énergie, d’un toit et de transports ; cela nécessite une infrastructure adéquate, inclusive et résiliente au climat. Que faire pour concrétiser en 2030 la vision d’un monde idéal dans lequel les ODD et le développement inclusif bas carbone seraient finalement devenus réalité ? La question n’est pas tant de savoir ce qui nous bloque, mais ce qui manque.

Pour répondre aux besoins d’infrastructures conformes aux ODD, il nous faut assurément construire plus. Or, nous manquons cruellement de financements. Un rapport de la CNUCED estime que les investissements nécessaires dans les pays en développement entre 2015 et 2030 seraient de 3 600 à 3 900  milliards USD par an. Les niveaux annuels d’investissement avoisinent aujourd’hui les 1000 milliards, soit moins d’un tiers des besoins.

Parallèlement, les changements climatiques et les événements météorologiques extrêmes menacent partout dans le monde les infrastructures énergétiques, hydriques et de transport, tout comme la rentabilité des investissements nécessaires dans les pays les plus pauvres. Il nous faut donc disposer d’infrastructures propres à réduire la pauvreté et encourager la compétitivité, mais aussi nous affranchir de notre dépendance aux combustibles fossiles et rendre tous les investissements résilients au climat. La bonne nouvelle est qu’investir dans une infrastructure bas carbone résiliente au climat coûterait 5 % de plus que maintenir le statu quo pendant la même période. Cela exigerait cependant de revoir complètement la conception et la construction des nouvelles infrastructures dans les pays en développement.

À cet égard, les partenaires du développement ont un rôle à jouer. Alors que l’importance globale du financement du développement alloué aux infrastructures dans les pays en développement est relativement faible (6-7 % des dépenses totales d’infrastructure) dans les pays à faible revenu où les risques pour les autres investisseurs sont élevés et la rentabilité basse, l’aide publique au développement (APD) continue de financer une grande partie des infrastructures de base. L’APD peut aussi jouer un rôle déterminant pour mobiliser et intensifier les apports privés dont les pays à revenu intermédiaire et émergents ont grand besoin.

Le financement du développement a encore toutefois bien des progrès à faire pour « bien construire ». En 2013, quelque 37 % du financement bilatéral et multilatéral du développement alloué aux infrastructures pouvaient être considérés comme bas carbone et/ou résilients au climat, ce qui signifie que la majorité de ces ressources continue d’enfermer les pays en développement dans des projets d’infrastructure qui ne présagent rien de bon pour le climat et l’environnement. Tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne. Dans celui de l’énergie, le changement climatique semble trouver sa place dans la majorité des financements (57 %), ce qui n’est pas le cas pour les transports ou l’eau, où l’on peut considérer qu’un tiers seulement des financements du développement vont à des infrastructures bas carbone résilientes au climat.

Mais tout n’est pas sans espoir. Les pourvoyeurs de coopération pour le développement reconnaissent de plus en plus que le changement climatique doit être intégré dans le financement du développement. Le programme d’action d’Addis-Abeba, adopté par les pays en 2015, souligne la nécessité d’inscrire le financement du développement dans un cadre mondial écologiquement viable couvrant l’aide, l’investissement privé et la fiscalité. Les partenaires du développement mobilisent d’importants financements climatiques – environ 62 milliards selon les estimations récentes de l’OCDE – dont le montant total augmente chaque année.

Le financement du développement doit réellement être porteur de transformations. Les pourvoyeurs de coopération devront rendre leurs portefeuilles d’infrastructures plus respectueux de l’environnement dans les pays en développement, et notamment s’assurer que les infrastructures de distribution d’eau et d’assainissement sont à l’épreuve du changement climatique. De même, face à l’urbanisation rapide des pays en développement, les efforts de financement devraient être réorientés pour encourager les systèmes de transport durables et les liaisons multimodales.

Les partenaires du développement devraient faire davantage pour mobiliser également le secteur privé. Le financement du développement lié au climat peut jouer un rôle important en stimulant l’investissement privé, et en tirant profit des savoirs et compétences pour stimuler l’innovation dans le domaine du changement climatique.

Pour construire plus et construire bien, il importe tout autant de savoir comment sont dépensés les financements du développement affectés aux infrastructures vertes que ce qu’ils servent à financer. L’alignement des investissements sur les priorités des pays, l’implication d’un large éventail d’acteurs et de partenaires du développement afin de produire un effet maximum, et le suivi pour s’assurer que les investissements réduisent effectivement les émissions et améliorent la résilience, sont autant d’ingrédients nécessaires pour faire du financement du développement un instrument efficace de la lutte contre le changement climatique.

Références

Commission mondiale sur l’économie et le climat (2014), « Better growth, better climate: The New Climate Economy report », The Global Commission on the Economy and Climate, Washington DC, http://newclimateeconomy.report/wp-content/uploads/2014/08/NCE_GlobalReport.pdf

Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (2014), World Investment Report 2014, United Nations Publications, Genève, http://unctad.org/en/PublicationsLibrary/wir2014_en.pdf

Miyamoto, K. et E. Chiofalo (2015), « Official development finance for infrastructure: Support by multilateral and bilateral development partners », OECD Development Cooperation Working Papers, No. 25, Editions OCDE, http://dx.doi.org/10.1787/5jrs3sbcrvzx-en

OCDE (2015), « Climate finance in 2013-14 and the USD 100 billion goal », en collaboration avec Climate Policy Initiative, www.oecd.org/environment/cc/OECD-CPI-Climate-Finance-Report.htm

Quatrième Forum de haut niveau sur l'efficacité de l'aide (2011), Partenariat de Busan pour une coopération efficace au service du développement, Busan, www.oecd.org/fr/cad/efficacite/49650184.pdf

©L'Observateur de l'OCDE n°304 novembre 2015




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