Changement climatique : investir dans les énergies propres et encourager la transparence

Directeur, Direction des affaires financières et des entreprises de l’OCDE

©REUTERS/Paul Darrow

Pour atteindre l’objectif de 2oC, il faut passer à une économie sobre en carbone en réduisant l’investissement dans les options très carbonées pour privilégier les actifs infrastructurels et les technologies bas carbone, résilients au changement climatique. Plus de 90 000 milliards USD seront nécessaires dans les 15 prochaines années pour répondre aux besoins mondiaux d’infrastructures de réseaux de transport, d’énergie et d’eau, indépendamment du changement climatique, selon la Commission mondiale sur l’économie et le climat. Celle-ci estime cependant que « décarboner » ces investissements ne coûtera que 4,5 % de plus que la poursuite des politiques actuelles, et procurera des avantages tels qu’une réduction de la pollution atmosphérique locale, l’amélioration de la sécurité énergétique et moins d’encombrements. 

La période de stagnation économique actuelle offre l’occasion d’orienter l’investissement vers des options bas carbone, comme les énergies propres, en délaissant des industries caractérisées par leurs capacités excédentaires. Les obstacles sont cependant considérables : les rendements des investissements en énergies propres restent faibles au regard du coût de mobilisation de capitaux, voire de prêts, notamment sur les marchés émergents, comme le souligne l’analyse récente de 10 000 des plus grandes entreprises du monde dans Les Perspectives de l’OCDE 2015 sur l’entreprise et la finance.

La bonne nouvelle est la baisse, dans plusieurs pays, des coûts de production de l’électricité renouvelable par rapport à celle d’origine fossile. Le prix des cellules photovoltaïques (PV) en silicium cristallin a chuté de 80 % depuis 2008, et de 99 % depuis 1977. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), on peut acheter de l’électricité à une nouvelle grande centrale PV solaire au prix moyen actualisé de 80-100 USD/MWh, voire à 60 USD/MWh, prix déjà compétitif vis-à-vis de la production de pointe au gaz dans certains pays.

Un soutien public vigoureux a accompagné cette évolution dans la décennie écoulée, pendant laquelle l’investissement en énergies renouvelables a sextuplé. L’investissement annuel dans la production d’électricité renouvelable a atteint 270 milliards USD en 2014, et il devrait augmenter à 400 milliards USD en 2030 pour atteindre un pic d’émissions mondiales liées à l’énergie en 2020, d’après l’AIE.

Si le déficit d’investissement à combler dans les énergies renouvelables pour atteindre l’objectif de 2oC se résorbe progressivement, ce n’est pas le cas pour les technologies bas carbone – captage et stockage du carbone, stockage de l’électricité, réseaux intelligents, etc. –, surtout en R-D&D (recherche, développement et démonstration). Même les technologies renouvelables relativement matures se heurtent encore à des obstacles : investissement initial élevé ; défaillances des marchés et des politiques publiques, dont la tarification inefficace du carbone ; cadre peu propice aux entreprises, notamment en cas d’incertitude réglementaire ; absence d’instruments de financement appropriés.

L’OCDE possède une expertise de longue date sur l’amélioration de l’environnement des entreprises pour aider les décideurs publics à favoriser les investissements infrastructurels dans leur pays, surtout dans les énergies propres, comme en témoigne sa publication Lignes directrices pour l'investissement dans une infrastructure énergétique propre. Les questions clés que les décideurs doivent prendre en compte sont notamment : l’application de principes éprouvés de politique d’investissement comme la non-discrimination, la transparence et la protection des investisseurs ; un soutien public prévisible et ciblé aux énergies propres et à la réforme des subventions aux combustibles fossiles ; la garantie d’une concurrence équitable entre les producteurs indépendants d’électricité propre et les électriciens historiques utilisant des combustibles fossiles ; et la lutte contre les obstacles aux échanges et investissements internationaux. Par exemple, les décideurs publics devraient régler le problème des exigences de contenu local touchant au solaire PV et à l’éolien, plus courantes depuis la crise financière et susceptibles d’alourdir les coûts des producteurs d’électricité en aval et d’empêcher ce secteur très mondialisé et novateur de profiter pleinement des chaînes de valeur mondiales.

Améliorer la transparence

Il est également essentiel de mesurer les performances pour évaluer des résultats et, s’agissant du climat, la communication d’informations de la part des entreprises est particulièrement importante. Elle permet de classer et de comparer leurs performances, de construire des indicateurs environnementaux, sociaux et de gouvernance, et mieux gérer les risques. Une étude conjointe de l’OCDE et du Climate Disclosure Standards Board montre que seulement 15 pays du G20 obligent les grandes entreprises et les principaux émetteurs de gaz à effet de serre à rendre publiques des informations relatives au changement climatique.

De plus, la plupart de ces mécanismes obligatoires ne concernent que les informations liées aux émissions générées à l’intérieur des frontières nationales, même si la majorité des émissions de gaz à effet de serre se produit tout au long de leurs chaînes logistiques, dans d’autres secteurs et pays. En outre, la surveillance est difficile, car la vérification des données par des tiers est rarement imposée ou préconisée, et on demande encore plus rarement aux entreprises de communiquer leur exposition aux risques climatiques et leur stratégie pour y faire face. D’ailleurs, les données sont d’autant plus difficilement utilisables et comparables que les méthodes de calcul, les seuils et les systèmes de notification diffèrent d’un mécanisme à l’autre.

Pour vérifier que la lutte contre le changement climatique progresse, les autorités et les acteurs concernés doivent à l’évidence resserrer leur collaboration afin d’améliorer et de rationaliser les normes de communication d’informations des entreprises et la publication de données relatives au changement climatique. Mieux renseignés, nous pourrons passer des discours sur l’investissement bas carbone à des actions mesurables.

Références

AIE (2015), Medium-term Renewable Energy Market Report, Éditions OCDE/AIE

AIE (2015), World Energy Outlook Special Report: Energy and Climate Change, Éditions OCDE/AIE

OCDE (2015), Lignes directrices pour l'investissement dans une infrastructure énergétique propre - Faciliter l'accès aux énergies propres en faveur du développement et de la croissance verte, Éditions OCDE

OCDE (2015), Overcoming Barriers to International Investment in Clean Energy, Green Finance and Investment, Éditions OCDE

OCDE (2015), OECD Business and Finance Outlook 2015, Éditions OCDE

OCDE /CDSB (2015), « Climate change disclosure in G20 countries: Stocktaking of corporate reporting schemes »

©L'Observateur de l'OCDE n°304 novembre 2015




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