Table ronde ministérielle : Lutte contre le changement climatique : les décideurs publics agissent

Les dirigeants mondiaux présents à la Conférence des Nations Unies sur le climat à Paris savent qu’ils ont une occasion unique de forger un nouvel accord international pour combattre le changement climatique et tracer la voie vers un monde décarboné. Tous les acteurs devront relever leurs ambitions pour éviter que le réchauffement global ne dépasse 2°C, seuil convenu au-delà duquel le changement climatique serait catastrophique. Au-delà de cet objectif, un avenir sobre en carbone présente aussi d’autres avantages, en termes de santé, de coût et de développement durable.

Que font les décideurs publics ? Lors de notre dernière Table ronde de l’Observateur de l’OCDE, nous avons posé la question suivante à un éventail représentatif de ministres :

Quelles mesures concrètes votre gouvernement prend-il pour combattre le changement climatique et promouvoir une économie sobre en carbone ?  

Allemagne, ChiliÉtats-Unis, Japon, Nouvelle-Zélande


Allemagne

Ne pas se limiter aux engagements

Barbara Hendricks, ministre fédéral de l’Environnement

Entre 1990 et 2013, l’Allemagne a abaissé sensiblement ses émissions de gaz à effet de serre. En les réduisant de 24 %, elle est même allée au-delà de son engagement au titre du Protocole de Kyoto (diminution moyenne de 21 % sur 2008-2012 par rapport au niveau de 1990). En outre, elle s’est fixé dès 2007 pour objectif de porter cette baisse à 40 % minimum d’ici 2020, ce qui est bien plus ambitieux que l’objectif défini pour l’UE dans son ensemble.

Pour y parvenir, le gouvernement allemand a adopté le 3 décembre 2014 son Programme d’action pour la protection du climat 2020, qui énonce plus d’une centaine de mesures ciblant tous les secteurs.

L’un des piliers du programme est le Plan d’action national pour l’efficacité énergétique (NAPE), qui vise à améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments, promeut les économies d’énergie comme modèle économique et fait appel au sens des responsabilités individuel. Pour favoriser l’efficacité énergétique, il prévoit des appels d’offres, une aide à la passation de marchés, le renforcement des programmes existants en la matière et la création de réseaux spécialisés pour les entreprises en coopération avec les associations professionnelles.

La stratégie pour des bâtiments et logements respectueux du climat est tournée vers l’objectif de neutralité climatique du parc immobilier à l’horizon 2050, mais jette aussi des bases solides pour 2020, intégrant l’efficacité énergétique dans les autres mesures climatiques. Dans les transports, nous encourageons le recours à des modes de transport de biens et de personnes respectueux du climat (rail, transports publics, vélo…), l’électromobilité et des moteurs automobiles efficients.

Pour obtenir les réductions voulues dans l’industrie de l’énergie, outre la nécessaire réforme des échanges de quotas d’émission, le Programme d’action 2020 privilégie le développement des énergies renouvelables, la cogénération et d’autres mesures ciblant le secteur électrique, destinées notamment à faire baisser la consommation.

Ainsi, en 2014, la part des renouvelables – principalement l’éolien, la biomasse et le photovoltaïque – dans la consommation brute d’électricité a atteint 27,4 %, ce qui a contribué à éviter l’émission de quelque 110 millions de tonnes d’équivalent CO2.

Moins d’un an après l’adoption du Programme d’action 2020, un premier rapport officiel montre que la planification de la mise en œuvre de quasiment toutes les mesures adoptées est bien avancée ou déjà achevée.

La participation de l’ensemble des parties prenantes et groupes cibles est essentielle à la réalisation des objectifs climatiques du gouvernement. L’Alliance pour l’action climatique, composée de représentants de tous les groupes issus de la société civile, aidera le gouvernement allemand à mettre en œuvre les mesures adoptées et à déterminer les aspects qui appellent de nouvelles mesures, notamment dans l’optique du Plan d’action climat 2050.

Voir www.bmub.bund.de/en


Chili

Trois actions pour la démocratie environnementale

Pablo Badenier Martínez, Ministre de l’Environnement

Je voudrais citer trois actions, en exemple des efforts que nous déployons actuellement pour relever les défis du changement climatique au Chili. Premièrement, comme le proposait la Présidente Bachelet dans son programme de gouvernement, nous avons renforcé le cadre institutionnel en créant un organe de décision interministériel chargé du changement climatique, baptisé Conseil des ministres pour la Durabilité et le Changement climatique, qui porte au plus haut niveau décisionnel le programme d’action sur le climat. Notre contribution prévue déterminée au niveau national (INDC), récemment annoncée, et auparavant notre Plan d’action national en matière d’adaptation, ont tous deux été revus et approuvés par ce Conseil.

Deuxièmement, nous appliquerons à partir de 2017, en étroite coordination avec les ministères des Finances et de l’Énergie, une taxe carbone de 5 USD par tonne de CO2 émis à toutes les centrales thermiques du pays d’une puissance supérieure à 50 MW. Le Chili est le premier pays d’Amérique du Sud à instaurer ce type de taxe, et la Présidente Bachelet a affirmé à cet égard, en octobre 2015, que le Chili soutient la Coalition pour le leadership en matière de tarification du carbone qui sera lancée à la COP21 à Paris.

Troisièmement, le ministère de l’Environnement dirige l’élaboration du prochain Plan d’action nationale sur le changement climatique (2016-2021), fondée sur une approche participative ouverte aux acteurs de tous les secteurs et domaines, conformément aux engagements du Chili vis-à-vis de la démocratie environnementale. Ce plan sera particulièrement axé sur les mesures nécessaires à la réalisation de l’INDC du Chili.

Nous œuvrons aussi, bien entendu, à l’application d’un programme ambitieux dans d’autres domaines clés comme l’adaptation, les inventaires des gaz à effet de serre ou le partage des meilleures pratiques au niveau régional. Nous travaillons pour un accord mondial à la COP21, mais notre travail ne s’arrêtera pas à Paris : nous nous engageons pleinement pour un programme climatique à long terme.

Voir http://portal.mma.gob.cl/cambio-climatico/  


États-Unis

Stimuler une économie de l’énergie propre

Gina McCarthy, Administratrice, Agence des États-Unis pour la protection de l’environnement

Tout en réduisant les émissions de polluants qui alimentent le changement climatique, les États-Unis s’emploient à favoriser la transition vers une économie de l’énergie propre.

En 2013, le Président Obama a lancé un Plan d’action pour le climat visant à abaisser les émissions de carbone, renforcer la résilience du pays face au changement climatique, et prendre la tête des efforts internationaux déployés pour relever ce défi d’ampleur mondiale. Pour y parvenir, l’Administration des États-Unis a pris ces dernières années une série de mesures.

Grâce aux normes historiques d’émissions de gaz à effet de serre et de consommation de carburant que nous avons fixées, nos véhicules parcourront deux fois plus de distance qu’actuellement par litre d’essence au milieu de la prochaine décennie : une économie à la pompe pour les familles et un moyen de relancer notre secteur automobile.

Les États-Unis produisent actuellement trois fois plus d’énergie éolienne et 20 fois plus d’énergie solaire qu’à l’arrivée au pouvoir du Président Obama – et l’industrie solaire crée des emplois dix fois plus vite que les autres secteurs de notre économie.

Nous avons aussi engagé des investissements sans précédent pour lutter contre le gaspillage énergétique dans les logements, les immeubles et les appareils électroménagers — actions qui permettront aux consommateurs d’économiser des milliards de dollars. Le secteur privé participe aussi aux efforts, s’engageant à investir plus de 4 milliards USD dans l’innovation au service d’une énergie propre.

Au cours de l’année passée, nous avons pris des dispositions pour réduire la consommation d’hydrofluorocarbures (HFC), gaz à haut potentiel de réchauffement global, de plus de 100 millions de tonnes d’équivalent CO2 à l’horizon 2025. Et les entreprises américaines travaillent à développer la prochaine génération d’alternatives économiquement viables.

En août, l’Agence pour la protection de l’environnement a publié un Plan pour une énergie propre qui vise à réduire de 32 %, d’ici 2030, les émissions de carbone des centrales électriques par rapport aux niveaux de 2005. Outre ses effets bénéfiques majeurs sur la santé et les économies qu’il permet aux familles de réaliser, ce plan favorisera l’innovation en confiant aux États la responsabilité d’utiliser des technologies bas carbone pour produire de l’électricité et satisfaire leurs besoins énergétiques.

La lutte contre le changement climatique offre d’immenses possibilités d’améliorer la santé publique et de parvenir à une économie de l’énergie propre. Avec chaque mesure prise, les États-Unis tirent parti de ces possibilités.

www.epa.gov


Japon

L’énergie renouvelable et l’efficacité sont cruciales

Tamayo Marukawa, ministre de l’Environnement

La COP21 marque un tournant majeur dans la lutte contre le changement climatique, symbolisant le début de l’engagement mondial à long terme de créer une société bas carbone et résiliente au climat. Le Japon se consacre au succès de la COP21 et à l’adoption d’un nouvel accord juridique juste et efficace, applicable à tous.

L’accord de Paris devrait donner un signal au monde entier pour accélérer la transition vers une société bas carbone et atteindre l’objectif de 2ºC. Il importe donc d’établir un système de suivi pour veiller efficacement à l’exécution de la contribution de chaque pays, et d’en accroître progressivement l’ambition, compte tenu des résultats du Sommet de 2015 du G7, favorable à des réductions situées dans le haut de la fourchette de 40-70 % d’ici à 2050 par rapport au niveau de 2010.

La contribution prévue déterminée au niveau national (INDC) du Japon vise à réduire les émissions de GES de 26 % à l’exercice 2030 par rapport à l’exercice 2013 (25,4 % par rapport à l’exercice 2005). Pour atteindre cet objectif, le Japon élaborera dès que possible un plan de lutte contre le changement climatique.

L’énergie renouvelable est cruciale pour l’atténuation. Sa part dans la production totale d’électricité sera portée à 22-24 % à l’horizon 2030. Le solaire sera multiplié par sept, l’éolien et la géothermie par quatre. La réalisation de l’INDC exige l’instauration de tarifs d’achat ainsi que le développement et la démonstration d’énergies renouvelables nouvelles, dont l’éolien flottant.

L’efficacité énergétique joue aussi un rôle fondamental. Le Japon entend réduire sa consommation totale d’énergie d’environ 50 millions de kL (équivalent pétrole brut) d’ici à 2030, en promouvant notamment les voitures de prochaine génération et l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments grâce à des normes d’économies d’énergie.

Le Japon met déjà en œuvre son Mécanisme de crédit conjoint (JCM) pour réduire les émissions de GES à l’aide de technologies bas carbone de pointe. Actuellement, 52 projets sont en cours dans 15 pays partenaires, et nous cherchons à en lancer d’autres. En mai 2016, j’accueillerai la réunion des ministres de l’Environnement des pays du G7 qui se tiendra à Toyama, belle ville respectueuse de l’environnement. Je me réjouis à la perspective d’y accueillir des débats sur diverses questions environnementales, notamment le changement climatique. En tant que présidente, je soutiendrai les actions individuelles et collectives ouvrant la voie à une société durable.

Voir www.env.go.jp/fr


Nouvelle-Zélande

Miser sur nos atouts

Tim Groser, ministre chargé des Négociations internationales sur le Changement climatique

Notre pays bénéficie d’abondantes sources d’énergie renouvelables (80 %, et nous visons les 90 %), mais la moitié de nos émissions sont issues de processus biologiques, et les solutions pour les réduire sont limitées. Nous avons donc décidé de miser sur nos atouts. Notre engagement est de réduire les émissions de 30 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2005. La sortie du charbon est prévue d’ici 2018, avec la fermeture programmée des générateurs de notre plus grande centrale électrique. L’énergie géothermique a plus que doublé depuis une dizaine d’années et en 2014, pour la première fois en 40 ans, sa part dans la production d’électricité a dépassé celle du gaz naturel. Nous exportons partout notre expertise en matière de géothermie, de l’Indonésie à l’Afrique, et consacrons 100 millions NZD de financements climatiques à aider les Îles du Pacifique à passer du gazole aux énergies propres.

L’agriculture est notre deuxième atout. Fidèles à notre tradition d’innovation en agronomie et politique agricole, nous avons lancé une Alliance mondiale de recherche regroupant 46 pays développés et en développement pour trouver des moyens de produire plus de nourriture sans accroître les émissions. Les résultats des premiers essais sont encourageants, un nouvel aliment composé ayant réduit de 30 à 90 % les émissions de méthane des moutons testés.

Nous avons progressivement réduit les subventions agricoles dans les années 1980 et, forts de cette expérience, nous menons maintenant une coalition de pays appelant à éliminer les subventions inefficaces aux combustibles fossiles. Le pétrole bon marché et la dynamique de la COP21 produisent une logique implacable : on ne peut à la fois préconiser la tarification du carbone et verser des subventions qui encouragent les gaspillages et désavantagent les renouvelables. L’élimination des subventions aurait des effets bénéfiques pour la santé et réduirait les émissions mondiales de 10 %. Nous publierons à cet effet un communiqué solidement étayé lors de la Journée d’ouverture à Paris.

Notre quatrième atout réside dans les marchés du carbone, et nous avons un Système d’échanges de quotas d’émissions (SEQE) depuis 2008. Nous collaborons avec les nombreux pays qui comptent sur le transfert international d’unités pour respecter leurs objectifs nationaux. Les systèmes de tarification du carbone existent et vont se multiplier. L’importance du projet chinois de création prochaine d’un SEQE national ne saurait être sous-estimée. Nous devons concevoir des systèmes pour orienter les investissements, maximiser l’atténuation et mettre à profit les avantages connexes liés aux marchés, comme les transferts de technologie. Il est essentiel de fixer des normes pour assurer l’intégrité environnementale et éviter les doubles comptages, et nous avons un rôle déterminant à jouer à cet égard.

Voir www.climatechange.govt.nz et www.mfe.govt.nz/climate-change

©L'Observateur de l'OCDE n°304 novembre 2015




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