Surmonter le changement climatique et s’ouvrir à une économie dynamique zéro carbone

Secrétaire général de l’OCDE

La Conférence des Nations Unies (COP21) qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre offre une occasion unique de parvenir à un nouvel accord international pour combattre le changement climatique et accélérer notre transition vers une économie bas carbone. Les participants à ce sommet sont conscients de l’urgence de la situation. Cependant, au vu des contributions nationales annoncées jusqu’ici, il nous faudra redoubler d’ambition pour que la hausse des températures mondiales ne dépasse pas la limite convenue des 2ºC. L’« imbroglio du carbone » dont sont tributaires nos économies menace de nous faire entrer en collision avec la nature. 

Nous devons et pouvons changer de trajectoire. Les pays doivent aller plus loin que les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) fixés à l’horizon 2030 et viser l’objectif commun de zéro émission nette d’ici la fin du siècle.

L’OCDE participe depuis plusieurs décennies à la lutte contre le changement climatique à travers ses analyses transversales et une réflexion approfondie entre experts et parties prenantes, au sein et à l’extérieur de l’organisation. Nous savons qu’une transition bas carbone ne sera pas facile, mais elle est possible. D’ailleurs nous n’avons pas le choix.

Le message de l’OCDE à la COP21 est clair : pour surmonter le changement climatique et s’ouvrir à une économie dynamique zéro carbone, les dirigeants doivent agir sur trois fronts. Il leur faut premièrement, éliminer les aides dommageables et inutiles aux combustibles fossiles ; deuxièmement, stimuler l’innovation et promouvoir les conditions nécessaires à des investissements et un développement respectueux du climat ; et troisièmement, collaborer pour suivre les progrès et s’entraider pour aller de l’avant, à travers la coopération, l’investissement, les échanges et le partage des idées.

Commençons par ces combustibles fossiles qui nous empoisonnent. Le charbon, le pétrole et le gaz peuvent être remplacés par des sources moins polluantes porteuses de richesse, d’emploi et de bien-être. Les décideurs doivent intensifier leurs efforts pour y parvenir.

L’élimination des subventions aux combustibles fossiles sera immédiatement payante. Le dernier inventaire des quelque 800 mesures publiques de soutien aux combustibles fossiles montre qu’entre 2010 et 2014, les pays de l’OCDE et les économies émergentes ont accordé entre 160 et 200 milliards USD de subventions par an, principalement aux produits raffinés, sous forme de crédits et d’exonérations d’impôt notamment. Signalons que deux tiers de ces mesures ont été introduites avant 2000, certaines pendant la crise pétrolière des années 1970. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) indique un chiffre encore plus élevé, estimant à 500 milliards USD le soutien des prix à la consommation. Ces deux estimations dépassent largement les 100 milliards USD par an que les pays développés se sont engagés à consacrer aux pays pauvres pour les aider à se préparer au changement climatique. Les subventions aux combustibles fossiles profitent aux nantis et détournent les ressources de priorités telles que la santé, l’éducation et le développement d’énergies plus propres. Elles n’ont plus lieu d’être.

Face à la résistance de certains intérêts profondément ancrés dans les secteurs impliqués, il ne sera pas facile de les supprimer. Bien des pays comme les Pays-Bas, le Mexique, l’Inde et l’Indonésie sont néanmoins passés à l’action, avec parfois des résultats étonnamment bons en termes de finances publiques, d’incitations économiques et d’équité. D’autres pays devraient les suivre.

Les décideurs devraient en outre attribuer au carbone un prix crédible et régulièrement révisé, en recourant à des taxes vertes et/ou des systèmes d’échange mondiaux bien conçus. Cela contribuera à réduire les émissions en favorisant des alternatives plus propres que, par exemple, le charbon, relativement peu taxé.

Venons-en au second front, à savoir l’ouverture vers un avenir bas carbone. Deux combats seront à mener : concevoir et aligner les politiques pour établir un cadre innovant et dynamique propice aux technologies et systèmes bas carbone, et financer l’infrastructure et la transition.

La dépense publique consacrée à la R-D&D (recherche, développement et démonstration) sur les énergies propres représente en moyenne 0,05 % du PIB dans les pays de l’OCDE. Selon l’AIE, il nous faut tripler cet investissement public et intensifier la collaboration entre entités publiques et privées.

Parallèlement, les recherches de l’OCDE montrent que, bien qu’elles encouragent l’innovation dans les technologies et systèmes bas carbone, les nouvelles entreprises sont pénalisées par les cadres existants (crédits d’impôt et normes, notamment) qui favorisent les entreprises polluantes bien implantées. Cette situation doit être corrigée.

D’autres paramètres doivent également être recadrés. La transition bas carbone concerne toute la société, et les politiques dans des domaines comme les échanges en valeur ajoutée, les règles d’investissement, les exigences de contenu local, les normes de construction, les réseaux d’électricité, les marchés publics de transport, les compétences ou les taxes devraient toutes viser la sobriété carbone.

Le financement est un point particulièrement important. Dans les 20 prochaines années, un total d’environ 53 000 milliards USD (soit le PIB de la zone OCDE) devra être consacré aux approvisionnements et à l’efficacité énergétiques pour respecter la limite des 2°C. Cela semble énorme, mais c’est à peine 10 % de plus que les 48 000 milliards USD d’investissements énergétiques projetés dans le scénario de statu quo. Ce léger surcoût sera plus que compensé par les économies massives d’énergie et de santé que procurera l’adoption d’infrastructures bas carbone.

Mais comment payer ? Il conviendra de faire appel à de nouvelles sources de financement (marchés en plein essor des obligations vertes, notamment) et aux investisseurs institutionnels : assureurs, fonds de pension, fonds de placement. Ceux-ci détiennent plus de 90 000 milliards USD d’actifs dans les pays de l’OCDE, mais n’en investissent qu’une minuscule fraction dans l’infrastructure énergétique. Des mesures et partenariats adéquats permettraient d’améliorer cette situation.

Le troisième front retenu pour la COP21 concerne la collaboration pour suivre les progrès. Les pays développés doivent commencer par honorer l’engagement de 100 milliards USD d’aide aux pays plus pauvres, condition indispensable pour mettre en œuvre les Objectifs de développement durable de l’ONU et susciter la confiance. Un suivi systématique des mesures climatiques permettra de garantir que nous avançons tous ensemble, et que personne ne reste derrière.

Les entreprises et les ménages, du Chili au Japon et du Gabon à la Nouvelle-Zélande, montrent ce qui est possible en termes de technologie, de marchés du carbone et de réglementations vertes, de même que les décideurs et les experts de l’OCDE ayant participé à cette édition. Les villes sont aussi les premiers laboratoires du changement, notamment Paris. Son maire, Anne Hidalgo, l’affirme : un autre monde est à portée de main.

Le compte à rebours du carbone est enclenché et continuera inexorablement au-delà de la COP21. En agissant sur ces trois fronts, les dirigeants peuvent renforcer la dynamique pour bâtir un monde plus propre, plus sain et plus juste.

www.observateurocde.org/angelgurria  

www.oecd.org/fr/apropos/secretairegeneral  

Twitter @A_Gurria 

©L'Observateur de l'OCDE n°304 november 2015




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