Nous avons l’ingéniosité et les moyens financiers pour lutter contre le changement climatique

Président, Banque asiatique de développement

Une usine géothermique en Indonésie Reuters/ Beawiharta Beawiharta

Le changement climatique est le plus grand défi de notre temps. Il faut mobiliser des financements pour l’atténuer et s’adapter à ses conséquences. 

Le changement climatique transcende la plupart des Objectifs de développement durable adoptés par les leaders mondiaux à New York en septembre dernier. La concrétisation d’objectifs de développement comme l’éradication de la pauvreté, la sécurité alimentaire et de l’eau, et la croissance économique durable, passe en effet par une action en faveur du climat mondial. Par ailleurs, la COP21, qui se tiendra en décembre à Paris, devrait aboutir sur un nouvel accord mondial sur le climat.

La Banque asiatique de développement (BAD) a annoncé en septembre qu’elle doublerait les ressources financières consacrées chaque année au climat, pour les porter à 6 milliards USD d’ici 2020 – soit environ 30 % de ses apports financiers globaux. Cet engagement reflète l’importance de la lutte contre le changement climatique en Asie- Pacifique, où la hausse du niveau des mers, la fonte des glaciers et les phénomènes météorologiques extrêmes (inondations, sécheresses, tempêtes tropicales) détériorent les moyens de subsistance et provoquent de nombreux décès.

L’annonce de la BAD s’inscrit dans le contexte de l’engagement pris par les pays développés de mobiliser 100 milliards USD par an à partir de 2020 pour lutter contre le changement climatique dans les pays en développement. La décision de la BAD témoigne de ses priorités stratégiques, mais aussi de l’accroissement de 50 % de sa capacité de financement globale grâce à une utilisation plus efficace de son bilan.

Cependant, l’argent seul ne suffit pas à relever les grands défis. Il faut aussi des technologies plus intelligentes, des partenariats renforcés et des connaissances approfondies.

Technologie. La région Asie-Pacifique est responsable de 37 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Ces émissions augmenteront encore en l’absence d’interventions volontaristes pour une transition vers les technologies solaires, éoliennes et géothermiques, des transports durables et des villes plus vertes et plus intelligentes. Des technologies d’adaptation (systèmes de drainage perfectionnés, asphalte résistant à la chaleur, meilleure irrigation) peuvent aussi contribuer à protéger les communautés contre les effets du dérèglement climatique.

En Indonésie, le plus grand pays du sud-est asiatique, la BAD soutient un projet géothermique qui renforcera la sécurité énergétique du pays et servira de modèle pour la prochaine génération de centrales géothermiques. Aux Maldives, l’un des pays les plus vulnérables au changement climatique, 160 des 192 îles habitées ont été équipées d’installations solaires hybrides permettant de réduire les émissions des gaz à effet de serre, de baisser le coût de l’électricité et de renforcer la sécurité énergétique.

Des initiatives de cette ampleur nécessitent une planification rigoureuse et une connaissance approfondie du contexte local pour assurer la mise en œuvre des meilleures technologies. C’est pourquoi la BAD veut modifier ses mécanismes de passation de marché afin d’intégrer des technologies plus propres et plus perfectionnées dans ses projets.

Pour assurer la viabilité économique de ces technologies, il faut des dispositifs réglementaires et financiers adaptés, faute de quoi les pays en proie à des restrictions budgétaires opteront pour des énergies fossiles, moins chères mais plus polluantes.

Partenariats. Dans les pays en développement où les budgets publics et les moyens d’action des gouvernements sont limités, de solides partenariats sont essentiels.

Le secteur privé peut s’associer à l’effort mondial en apportant des financements, des technologies et une expertise. Mais les entreprises se montrent parfois réticentes vis-à-vis des technologies liées au climat, considérées comme risquées.

Le partage des risques peut encourager les financements privés, mais il implique que l’État joue un rôle moteur en apportant des capitaux ou des garanties. Les partenariats public-privé constituent un instrument utile pour associer le secteur privé à des projets respectueux du climat.

Il faut multiplier les initiatives telle Asia Climate Partners, lancée par la BAD, une coentreprise dotée de 400 millions USD, spécialisée dans le capital-investissement dans les entreprises et les opérations liées à l’environnement et au climat (énergies renouvelables, technologies propres, efficience de l’utilisation des ressources naturelles, eau, agriculture et forêts).

Connaissances. Enfin, la réussite de l’action climatique mondiale dépendra de l’accès à des connaissances et des informations liées au climat, qui passe par une coopération accrue entre institutions financières et organisations produisant de la connaissance.

Les futurs partenariats pourraient se nouer sur le modèle du Climate Services for Resilient Development, qui rassemble des gouvernements, des banques multilatérales de développement comme la BAD, des institutions philanthropiques et des entreprises privées pour élaborer de nouveaux outils, services et approches propres à renforcer la résilience climatique des pays en développement. Ce partenariat diversifié offre une large palette de savoir-faire grâce à la participation d’organisations comme la NASA, Google et Skoll Global Threats Fund.

Nous avons l’ingéniosité et les moyens financiers pour lutter contre le changement climatique. Forts de technologies, de partenariats et de connaissances adaptés, nous pouvons faire de réels progrès tant qu’il en est encore temps.

Voir www.adb.org  

©L'Observateur de l'OCDE n°304 novembre 2015




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