Paris, le modèle français de l'électromobilité

Responsable communication, Association nationale pour le développement de la mobilité électrique

Jackie Naegelen/Reuters

Confrontée à des problèmes de pollution et de congestion automobile, la capitale a fait de la mobilité électrique son cheval de bataille pour la reconquête d’une bonne qualité de l’air. Sa politique incitative sur tous les modes de transport a de quoi inspirer de nombreuses villes du monde entier.

L’année 2015 restera pour la France cruciale dans la lutte contre le changement climatique : le gouvernement a promulgué pendant l’été la loi sur la transition énergétique, et Paris accueille les dirigeants du monde entier pour parvenir à un accord sur le climat.

La France n’a cependant pas attendu l’organisation de la COP21 pour agir. Depuis déjà de nombreuses années, les collectivités se sont engagées sur la voie du changement, en particulier sur la mobilité. Le secteur des transports est en effet le premier émetteur de CO2 en France avec 36 % des émissions nationales, sans compter une importante contribution aux émissions de particules fines et de polluants.

Face à cet enjeu de santé publique, il devient donc urgent de se déplacer autrement. La mobilité électrique fait partie des réponses technologiques privilégiées car elle allie d’évidents atouts environnementaux à l’introduction de nouveaux usages. Un tournant que la Ville de Paris a pris avec succès.

La capitale est en effet une pionnière de l’électromobilité. Elle a mis en place la gratuité du stationnement pour les véhicules électriques depuis 1993, et installé dans la foulée des bornes de recharge sur l’espace public, un fait peu connu aujourd’hui. La raison en est simple : pour beaucoup, la mobilité électrique a démarré à Paris avec Autolib’ en 2011.

Dans le paysage français de l’électromobilité, Autolib’ a incontestablement joué le rôle de catalyseur. Le premier service public de location de véhicules électriques en autopartage a permis de démocratiser l’image de la voiture électrique et de lui donner le coup de jeune dont elle avait besoin.

Les utilisateurs ont été conquis. Ils ont à la fois découvert un service pratique et les bienfaits de la voiture électrique : silence, couple immédiat, zéro pollution à l’usage. Le succès de l’initiative s’est rapidement étendu aux communes limitrophes et, quatre ans après son lancement, le service est aujourd’hui ancré sur 82 communes de la Région Île-de-France. Il compte plus de 93 000 abonnés pour quatre millions de locations enregistrées en 2014.

La force du service, c’est d’offrir à ses utilisateurs une possibilité de circuler à toute heure, y compris lorsque l’offre de transport en commun est réduite, tout en abaissant le taux de possession de véhicules des ménages. D’un point de vue environnemental, grâce à ses 3 000 voitures en circulation, Autolib’ a permis d’économiser 12 500 tonnes de CO2 depuis son ouverture. La recharge se veut également exemplaire : les véhicules sont alimentés à 100 % par de l’énergie d’origine renouvelable.

Depuis, la municipalité n’a cessé de renforcer son engagement en faveur du véhicule électrique. Les images de la tour Eiffel masquée par une épaisse couche de pollution ont incontestablement accéléré la mise en place d’un vaste plan d’amélioration de la qualité de l’air.

La réponse de la Ville passe par une politique incitative sur l’électromobilité, à commencer par le développement de la recharge publique et privée, passage obligé pour garantir l’accès à l’électromobilité pour tous.

En effet, si un utilisateur en France peut invoquer son droit à la prise pour installer une borne individuelle dans un parking d’habitation collective, la réalité est plus complexe. De nombreux Parisiens ne disposent pas de garage dans leur immeuble, et les procédures à engager peuvent paraître décourageantes. En réponse à cette situation, la Ville propose aux copropriétés une aide financière pour les inciter à s’équiper d’infrastructures de recharge.

En outre, à partir de novembre 2015, la Ville étendra l’offre de recharge publique en complétant les stations du réseau Autolib’ par 120 bornes à 22 kW et quelques points de recharge rapide qui, selon le besoin, pourront être complétés.

Les professionnels ne sont pas non plus oubliés. En 2014, la municipalité a inauguré Utilib’, la version utilitaire d’Autolib’, et créé pour les opérateurs privés un service de véhicules partagés comprenant 50 % d’hybrides et d’électriques.

Les artisans et commerçants de Paris et de la petite couronne, encouragés à montrer l’exemple, bénéficient également d’une aide pour remplacer leur véhicule thermique par un électrique. Le marché de Rungis, le plus vaste au monde sur la vente de produits agricoles, est aussi décidé à s’engager sur cette voie.

Ces intentions sont rassurantes pour la filière de l’utilitaire électrique. Car, qui de l’offre ou de la demande doit faire le premier pas est une question cruciale qui paralyse l’innovation et ralentit la sortie du tout thermique. Cet enjeu, la Ville de Paris en a conscience. C’est pourquoi elle a lancé avec une dizaine de métropoles européennes un groupement de commandes sur l’achat de solutions à faible impact carbone : de quoi stimuler les constructeurs à sortir de nouveaux modèles.

Si le dispositif est aujourd’hui largement incitatif, les automobilistes n’auront bientôt plus le choix. Paris a en effet délimité en septembre 2015 une zone à circulation restreinte où, à terme, seuls les véhicules les plus vertueux seront autorisés à circuler.

Une réussite sur le papier, à quelques conditions près : la préfecture de police doit avant tout verbaliser les contrevenants. Dès 2016, le contrôle devrait être facilité par l’adoption de certificats « Qualité de l’air » que le propriétaire d’un véhicule habilité à rouler devra apposer sur son parebrise. Il convient également d’associer les collectivités de la grande agglomération à adopter des mesures similaires pour ne pas déporter la pollution automobile vers les zones périphériques.

Reste que la mobilité électrique ne saurait se résumer à la voiture. Encombrement des rues, partage de l’espace public… Les raisons de soutenir les déplacements doux et le transport en commun sont nombreuses.

La Ville de Paris accompagne ainsi depuis 2011 les Parisiens à s’équiper d’un vélo à assistance électrique. Cette mesure connaît un vif succès, puisque plus de 10 000 dossiers de subvention ont été validés. Alors que la Ville souhaite pacifier la circulation en diminuant la vitesse à 30 km/h, le vélo à assistance électrique est devenu le moyen de transport le plus rapide de la capitale. Rien d’étonnant donc à ce que la municipalité réfléchisse à l’intégration de ce type de technologie dans la prochaine génération de Vélib’.

Longtemps en retrait, le transport collectif est quant à lui en train de combler son retard à marche forcée. La loi sur la transition énergétique oblige en effet les opérateurs de transport à convertir leur flotte aux motorisations alternatives d’ici 2025. Ainsi, la RATP inaugurera au début de l’année 2016 sa première ligne de bus 100 % électrique. Dans le même temps, les tests de modèles différents vont se succéder dans la capitale. Car en effet, tout reste à construire pour remplacer les véhicules actuels de grande capacité à des prix équivalents. De la simple batterie au biberonnage, en passant par l’induction, il faut expérimenter pour trouver la technologie la plus adaptée.

Face à des choix déterminants pour l’avenir de nos villes, force est de constater que Paris est le laboratoire d’initiatives de la France entière. Avec un savant mélange d’incitations et de contraintes, la Ville pousse les particuliers comme les entreprises à repenser leur mobilité et ainsi choisir des solutions plus économiques et respectueuses de l’environnement.

Références

Rapport d’activité Autolib’ Métropole 2014 : www.autolibmetropole.fr/le-rapport-dactivite-2014-est-disponible  

Mesures d’accompagnement contre la pollution de l’air à Paris : www.paris.fr/actualites/lutte-contre-lapollution- de-l-air-les-mesures-d-accompagnement-sontlancees-2601  

Loi sur la transition énergétique : ce qui va changer pour la mobilité électrique:  www.avere-france.org/Site/Article/?article_id=6241    

©L'Observateur de l'OCDE n°304, Novembre 2015




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