Lutte contre le changement climatique: les maires des grandes villes agissent

Les combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon), qui représentent encore environ 80 % des dépenses énergétiques mondiales, sont à l’origine de la grande majorité des polluants, gaz ou particules. Ils sont notamment utilisés pour le transport, l’industrie, le chauffage et se concentrent donc en toute logique dans les agglomérations urbaines.

Si les villes, et en particulier les modes de transport qu’elles génèrent, représentent une source très importante de pollution et participent donc grandement au réchauffement planétaire, elles doivent nécessairement aussi faire partie de la solution. C’est pourquoi de plus en plus de municipalités prennent conscience des enjeux de la lutte contre le réchauffement climatique et de leur responsabilité à cet égard, et s’engagent dans l’action. Pour cette Table ronde de L’Observateur, nous avons donc posé la question suivante aux maires de grandes villes à travers la planète :

« Dans quelle mesure votre ville est impliquée et engagée dans la lutte contre le changement climatique? »

Leurs réponses témoignent d’une volonté affirmée d’être en première ligne de la lutte contre le changement climatique, et de travailler en coopération afin que leurs actions s’étendent à l’échelle de la planète.

Table Ronde de L’Observateur de l’OCDE n°14 

Libreville, Madrid, Montréal, Rio de Janeiro, Séoul, Stockholm

Libreville: Une priorité de l'action

Rose Christiane Ossouka Raponda
Maire de Libreville

En décembre, la 21e Conférence des Parties (COP-21) à la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) est appelée à mettre sur pied un accord universel de lutte contre le dérèglement climatique.

Depuis septembre 2002, le Gabon a pris des décisions allant dans ce sens, à l’instar de celle érigeant 27 % du territoire national en parcs. L’adoption d’un plan climat, présenté le 1er avril dernier à la CCNUCC, vise à intégrer cette dimension dans toutes les politiques publiques nationales.

L’action de Libreville en matière de lutte contre les changements climatiques s’inscrit à ce jour dans le sillage de l’action du gouvernement, dans le cadre du contexte juridique et institutionnel actuel. La commune de Libreville a intégré la dimension environnementale dans son programme de développement local. Son action se concentre, pour l’instant, sur les questions de salubrité, de végétalisation et d’accompagnement de l’État central dans la mise en œuvre du plan de restructuration de la ville de Libreville.

La dimension environnementale doit être au cœur de chaque décision prise par les autorités locales. L’enjeu pour chacun d’entre nous est d’informer les populations sur les dangers auxquels est exposée l’humanité si nos comportements ne changent pas afin d’enrayer la tendance actuelle au réchauffement de la biosphère. En tant qu’autorités locales, il est de notre responsabilité d’accorder une priorité particulière à la prise en charge des facteurs de vulnérabilité dans les plans d’actions locaux. Nous devons faire l’objet d’un suivi spécifique et d’une évaluation propre. Mais, il s’agit aussi et surtout de mobiliser et de responsabiliser les citoyens des villes sur l’urgence d’adopter des comportements écoresponsables. La pérennité de l’espèce humaine en dépend largement.

Voir www.mairielibreville.org


Madrid: Construire une volonté

Manuela Carmena
Maire de Madrid

La municipalité de Madrid est consciente des conséquences du changement climatique et de la faible volonté politique de la plupart des gouvernements de s’attaquer à ce défi d’ampleur mondiale. Les villes sont à l’origine de la plus grande partie des émissions de gaz à effet de serre, et les autorités locales doivent mener la transition vers une économie bas carbone.

Nous partageons l’objectif de parvenir à une économie locale économe en ressources, moyennant une consommation d’énergie 100 % renouvelable en 2050. Madrid est loin de cet objectif. Notre métropole est très gourmande en énergie, essentiellement fossile, alors qu’elle n’en produit presque pas.

Nous recyclons moins de 30 % de nos déchets urbains. Au cours des dernières décennies, la priorité de nos dirigeants a été de construire des autoroutes pour encourager l’utilisation de la voiture comme moyen de transport principal. Aujourd’hui, nous payons les conséquences de cette politique : une dette publique équivalant à la dette totale de toutes les communes espagnoles réunies, et une pollution importante, avec toutes ses conséquences sur la santé.

Mais aujourd’hui, nous disposons de la volonté politique pour opérer la transition nécessaire vers une ville plus propre, plus respectueuse de l’environnement et plus économe en énergie. La rénovation énergétique des logements constitue une priorité. Nous devons également faire baisser l’utilisation de la voiture au profit des transports en commun et du vélo.

Nous devons renforcer notre autonomie énergétique en tirant parti de notre climat ensoleillé. Le gouvernement espagnol doit permettre et encourager la production d’énergies renouvelables. Nous devons transformer les déchets urbains en valeur et en emplois, dans le cadre d’une stratégie « zéro déchet ».

Enfin, nous devons encourager la participation, la coopération et la compréhension de la population. L’éducation de nos enfants aux valeurs du développement durable constitue notre meilleure alliée pour amorcer le bouleversement culturel que nous recherchons.

Voir www.madrid.es  


Montréal: Vers un modèle de durabilité

Denis Coderre*
Maire de Montréal

La Ville de Montréal est engagée depuis longtemps dans la voie du développement durable et dans la lutte contre les changements climatiques. Elle est membre du Pacte des maires et est la seule ville canadienne membre du Réseau des 100 villes résilientes. Notre objectif est de réduire, d’ici 2020, nos émissions de gaz à effet de serre (GES) de 30 % par rapport à leur niveau de 1990.

Mais à lui seul, ce chiffre ne traduit pas l’étendue et la profondeur des mesures, trop nombreuses pour toutes les citer ici, que nous mettons en place pour faire de notre ville un modèle de durabilité dans des secteurs comme le transport, l’aménagement ou la gestion des déchets. Mentionnons seulement notre réseau de vélos en libre-service Bixi, la plantation prévue de 300 000 arbres, ou encore la construction d’usines de traitement des matières organiques et de biométhanisation, qui permettront d’éliminer l’enfouissement des déchets dans quelques années.

Ce qui fait toutefois la particularité de Montréal est notre volonté d’appuyer concrètement les efforts d’acteurs publics et privés afin qu’ils contribuent à la transition écologique de l’économie montréalaise. Dans cette optique, le programme « Transition Montréal 21 » vise à transformer certains de nos passifs environnementaux en actifs productifs, tout en générant des occasions d’affaires au passage.

Plus précisément, nous développons en priorité deux industries innovantes : la chimie verte, dont les produits serviront à réduire notre dépendance aux énergies fossiles et à dépolluer nos terrains contaminés ; et l’électrification des transports, grâce à la grande capacité de production hydroélectrique du Québec et à la volonté de la Ville de Montréal d’électrifier l’ensemble de sa flotte de véhicules, d’instaurer un réseau de véhicules électriques en libre-service ainsi qu’un réseau de bornes de recharge sur son territoire.

Cette transition écologique ne réussira qu’avec l’appui et l’engagement de nos citoyens. C’est pourquoi, en parallèle à tous nos efforts, une vaste consultation publique sera menée afin d’en faire un véritable projet de société.

*M. Coderre est ambassadeur désigné de l’association Metropolis pour les changements climatiques.

Voir http://ville.montreal.qc.ca     


Rio de Janeiro: L'action pour le climat protège les pauvres

Eduardo Paes
Maire de Rio de Janeiro

L’action pour le climat, qui vise à protéger les populations pauvres, n’est pas une option mais un devoir pour les dirigeants mondiaux. Nous ne pouvons laisser la population à la merci du changement climatique, qui menace en premier chef les citoyens les plus vulnérables.

Rio possède une topographie particulière, faite de collines où se sont établies les favelas. Lors des pluies tropicales, les habitants de ces quartiers sont exposés à des coulées de boue, qui ont déjà causé des décès par le passé. Ces pluies vont s’intensifier avec le changement climatique, et notre ville sera alors encore plus sujette aux glissements de terrain et aux inondations.

Avec 635 km de côtes et de plages, Rio a pour autre particularité de faire face à l’océan Atlantique. Nous connaissons d’ores et déjà les dangers liés à l’élévation du niveau de la mer, qui constitue l’une de nos préoccupations principales. Afin de nous y préparer et d’éviter le terrible scénario qui nous menace, nous sommes actifs sur plusieurs fronts. Premièrement, nous cherchons à atténuer les risques, avec pour objectif de décarboner notre économie et d’enrayer l’aggravation du problème. Pour cela, nous devons découpler la croissance urbaine de nos émissions de carbone. Nous ne pouvons plus différer notre lutte contre le changement climatique, qui pourrait bien se concrétiser dès 2020. À Rio, nous agissons dès maintenant et modifions notre schéma de mobilité en délaissant la voiture au profit des transports en commun via la création de quatre lignes de bus à haut niveau de service (BHNS), de couloirs de circulation réservés aux bus articulés et d’une ligne de métro léger dans le quartier du port, récemment réhabilité.

Rio possède également le plus grand réseau de pistes cyclables d’Amérique latine. Par ailleurs, nous préparons la ville à affronter le changement climatique avec le programme « Rio résilient », qui élabore des solutions face aux phénomènes comme les vagues de chaleur, les coulées de boue et les inondations. Nous avons déjà mis en place un centre d’opérations, qui rassemble tous les acteurs au même endroit dans un souci de réactivité, et instauré un système d’alerte dans les favelas en cas de fortes pluies. En tant que Président du Groupe des grandes villes pour le climat (C40), j’ai supervisé le processus par lequel Rio est devenue la première ville du monde à s’aligner sur les principes du Pacte des maires.

J’invite les villes désireuses de suivre notre exemple à poursuivre des objectifs de réduction des gaz à effet de serre et à partager leur expérience avec le reste du monde. Grâce aux réseaux tels que le C40, les villes peuvent s’entraider et susciter l’adhésion du reste de la société.

Voir www.rio.rj.gov.br


Séoul: Envoyer un message clair sur le climat

Park Won-soon, Maire de Séoul

À l’heure où le Pape François nous invite à unir nos efforts pour sauvegarder notre « maison commune » en luttant contre le changement climatique et en protégeant l’environnement, l’une des missions déterminantes de notre génération consiste à parvenir à un nouvel accord sur le climat pour la période post-2020.

Depuis 2012, Séoul montre clairement, avec son plan d’action « Une centrale nucléaire en moins », que les économies d’énergie, la réduction des émissions de gaz à effet de serre et un développement urbain durable sont des objectifs compatibles. Lors du congrès mondial de l’ICLEI (Conseil international pour les initiatives écologiques locales) en avril 2014, nous avons dévoilé la « Promesse de Séoul », par laquelle les citoyens, les entreprises et les pouvoirs publics s’engagent à réduire leurs émissions de CO2 de 40 % en 2030 par rapport au niveau de 2005, opérant ainsi la transition vers une ville bas carbone et économe en énergie.

Lors du Sommet de l’ONU 2014 sur le Climat, Michael Bloomberg, envoyé spécial des Nations Unies pour les villes et le changement climatique, Eduardo Paes, Maire de Rio de Janeiro et moi-même avons présenté le Pacte des maires, initiative de l’ICLEI (www.ICLEI.org), du réseau C40 des villes pour le climat (www.C40.org) et de Cités et gouvernements locaux unis (www.UCLG.org/fr), destinée à promouvoir l’action climatique locale en toute transparence. Séoul s’est engagée à s’y conformer pleinement d’ici novembre 2015.

J’encourage vivement d’autres villes à rejoindre les 106 signataires de ce pacte pour empêcher l’aggravation du réchauffement climatique. J’espère en outre que toutes les villes ont abandonné leur ancienne démarche axée sur le développement au profit d’une optique bas carbone privilégiant la protection de l’environnement et les économies d’énergie. J’invite enfin les maires à élaborer des stratégies pragmatiques et orientées sur des objectifs, afin de concrétiser leurs promesses.

Voir http://french.seoul.go.kr/


Stockholm: Précurseurs de solutions pour l'avenir

Karin Wanngård, Maire de Stockholm

Les Stockholmois se sentent concernés par les problématiques environnementales et climatiques, c’est pourquoi ils font preuve d’une grande exigence et me poussent, en tant que dirigeant politique, à m’investir toujours plus dans ces domaines.

Stockholm est une ville côtière, construite sur plusieurs îles. À ce titre, l’élévation du niveau de la mer consécutive au changement climatique représente une menace bien réelle, à laquelle nous devons nous attaquer, parallèlement à d’autres problèmes, sous un angle à la fois local et mondial.

J’ai fixé des objectifs ambitieux pour notre ville. Stockholm sera non seulement neutre en carbone d’ici 2040, mais également exempte de combustibles fossiles ! Pour y parvenir, nous devons exceller dans tous les domaines : notre système de chauffage urbain doit être encore plus performant, les logements neufs ou rénovés doivent être très économes en énergie voire, dans le meilleur des cas, présenter un bilan carbone positif [c’est-à-dire que toute énergie supplémentaire produire ne sera pas perdue mais utilisée ailleurs].

La question des transports représente un défi de taille pour Stockholm comme pour la plupart des autres villes. Nous voulons veiller à ce que les piétons, cyclistes et usagers des transports publics soient pris en compte en priorité.

En tant que chef de file reconnu de l’économie verte mondiale, Stockholm a de nombreuses expériences et bonnes pratiques à partager. Nous souhaitons et pouvons être les précurseurs en matière de solutions pour l’avenir et servir de laboratoire aux nombreuses entreprises de l’économie verte ayant élu domicile dans notre ville. Cette démarche nous ouvre également des perspectives commerciales intéressantes.

Nous sommes également impatients de tirer profit de l’expérience des autres villes et de nous inspirer de leurs meilleures pratiques pour les adapter à notre situation.

Je suis sûre que les villes détiennent une grande partie des solutions à la crise climatique. L’heure n’est plus à l’attentisme, bien au contraire : il est grand temps de faire preuve d’audace et de prendre les bonnes décisions. Je veux pouvoir dire à mes enfants que notre génération de dirigeants a dû relever le plus grand défi jamais rencontré, et que nous avons tenu bon. L’inverse serait tout simplement inconcevable.

Voir http://international.stockholm.se/

©L'Observateur de l'OCDE n°304, Novembre 2015




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